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La nouvelle Commission de la CEDEAO peut-elle retrouver sa pertinence au niveau régional ?

Les nouveaux dirigeants pourraient insuffler de nouvelles idées et proposer des stratégies novatrices pour redéfinir la CEDEAO.

Le 69e sommet de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), qui s’est tenu en Sierra Leone le 19 juillet 2026, a marqué le début d’une transition à la tête de l’organisation. Le Sénégal, représenté par le président Bassirou Diomaye Faye, a succédé à la Sierra Leone à la présidence de l’Autorité des chefs d’État et de gouvernement de la CEDEAO pour une durée d’un an. Cette passation intervient alors que la région est confrontée à une escalade des menaces sécuritaires, à un recul de la démocratie et à une fragmentation croissante.

La présidence de M. Faye coïncidera avec la première année du mandat du général sénégalais Birame Diop à la tête de la Commission de la CEDEAO, ce dernier ayant été nommé à ce poste pour la période 2026-2030. La Sierra-Léonaise Francess Piagie Alghali a quant à elle été nommée commissaire aux affaires politiques, à la paix et à la sécurité.

Composition de la nouvelle équipe dirigeante de la Commission de la CEDEAO
 

 

Les nouveaux dirigeants de la Commission, dont le mandat débutera en septembre 2026, héritent d’une organisation confrontée à une double crise de confiance et de pertinence, suite à des changements successifs et anticonstitutionnels de gouvernement et à l’aggravation de l’extrémisme violent au Sahel et de ses répercussions. Ces bouleversements ont entraîné la fragmentation de l’organisation lorsque le Mali, le Burkina Faso et le Niger se sont retirés de la CEDEAO en janvier 2025 pour fonder l’Alliance des États du Sahel (AES) en septembre 2025. Si la CEDEAO a enregistré des succès notables grâce à son programme de mobilité régionale et à ses efforts d’intégration économique, la nouvelle Commission doit améliorer ses relations avec les membres de l’AES et renforcer la pertinence du bloc en s’attaquant à l’extrémisme violent et à l’instabilité politique dans ses États membres.

Repenser les projets mis à mal par la fragmentation

L’une des décisions majeures prises lors du 69e sommet a été l’adoption de la feuille de route révisée pour la mise en place d’une brigade antiterroriste de 1 650 hommes au sein de la Force d’intervention de la CEDEAO, qui devrait être pleinement opérationnelle en juillet 2027. La création d’une telle force se fait attendre, mais elle se heurte à des défis structurels que la nouvelle Commission devra surmonter en collaboration avec l’autorité de la CEDEAO.

Tout d’abord, la CEDEAO a tendance à cloisonner l’extrémisme violent en fonction des frontières sous-régionales plutôt que de l’appréhender comme un défi régional. Cela a contraint les États dits « touchés » à déployer des troupes et des ressources, tandis que ceux considérés comme « non touchés » restent réticents à fournir une contribution. Il importe de noter que l’extrémisme violent au Mali, au Burkina Faso et au Niger a longtemps été considéré comme un problème propre au Sahel plutôt qu’à l’Afrique de l’Ouest.

Ce cadre a étouffé la volonté d’une réponse collective de la CEDEAO et a poussé les États touchés, ainsi que la Mauritanie et le Tchad, à créer en 2017 la Force conjointe du G5 Sahel. Souffrant d’un manque chronique de ressources, cette force n’a pas donné de résultats et a finalement été remplacée par l’AES et sa Force unifiée, un mécanisme lancé en décembre 2025 pour lutter contre le terrorisme dans les pays de l’AES. Cependant, celle-ci est confrontée à des difficultés similaires.

La CEDEAO traite l’extrémisme violent à l’échelle sous-régionale plutôt qu’à l’échelle régionale

L’Initiative d’Accra, également mise en place en 2017, mais restée en dormance, visait à faire face à la propagation des menaces extrémistes vers les pays côtiers que sont le Ghana, la Côte d’Ivoire, le Togo et le Bénin. Cette initiative est restée à l’état de projet, car elle n’abordait pas la menace de manière globale.

Les crises liées à Boko Haram ont suivi le même schéma. Bien que touchant le Nigeria et le Niger, ainsi que le Cameroun et le Tchad, elles ont été gérées comme un problème propre au bassin du lac Tchad plutôt que comme un enjeu nécessitant une réponse à l’échelle de la CEDEAO en partenariat avec la CER voisine, à savoir la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC). Cela a conduit à la réactivation de la Commission du bassin du lac Tchad et de la Force multinationale mixte.

Dans chacun de ces cas, la CEDEAO a apporté son soutien politique et diplomatique pour mobiliser des ressources, mais le cadre sous-régional et le partage limité des renseignements ont empêché la mise en place d’une stratégie globale.

La brigade antiterroriste prévue offre une occasion de rompre avec ce schéma, mais uniquement si les troupes et le financement sont fournis de manière collective. Le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Nigeria, le Sénégal et la Gambie ont manifesté leur volonté d’y contribuer. Les autres États membres doivent leur emboîter le pas, car la menace pourrait s’étendre au-delà des pays pour l’heure directement concernés. Alors que l’extrémisme violent se propage à travers le continent, l’Union africaine doit finaliser la mise en place de l’unité spécialisée de lutte contre le terrorisme de la Force africaine en attente afin de soutenir la brigade de la CEDEAO.

Deuxièmement, la CEDEAO doit aller au-delà du simple renforcement de sa brigade et s’associer à l’Union africaine pour apporter un soutien technique et financier à la Force unifiée de l’AES. La CEDEAO a déjà identifié la coopération avec l’AES comme essentielle au maintien de la mobilité régionale et des échanges économiques, ainsi qu’au succès de sa brigade. Cette évolution est toutefois ironiquement perçue par l’AES, qui a longtemps dû faire face à l’extrémisme sans véritable intervention de la CEDEAO.

L’UA doit finaliser la mise en place de l’unité spécialisée dans la lutte contre le terrorisme

La mise en place de la brigade est devenue une priorité de la Commission de la CEDEAO en 2023 à la suite des coups d’État au Mali, au Burkina Faso et au Niger. Ces événements ont rapidement eu des répercussions, avec l’implantation d’activités extrémistes s’étendant du Sahel aux pays côtiers et une convergence croissante avec les groupes extrémistes du bassin du lac Tchad.

Un envoyé spécial de la CEDEAO pour la lutte contre le terrorisme a été nommé en juillet 2023, la situation étant devenue critique. Mais cette mesure est intervenue trop tard, puisque le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont annoncé leur retrait de la CEDEAO un mois après le sommet de décembre 2023, avant de créer l’AES le 16 septembre 2024. La brigade pourrait donc apparaître aux yeux des États de l’AES comme une force d’endiguement, ce qui ne ferait qu’aggraver leur mécontentement à l’égard de la CEDEAO.

Par conséquent, la brigade ne pourra obtenir de succès que si sa stratégie opérationnelle s’aligne sur celle de la Force unifiée de l’AES, forte de quelque 6 000 hommes. Cela implique d’apporter un soutien technique et financier à cette force afin d’affaiblir les extrémistes de l’intérieur, et ainsi de répondre aux griefs profondément ancrés à l’encontre de la CEDEAO, qui s’est refusée à intervenir au Sahel jusqu’au retrait des pays de l’AES. Il faut en effet tenir compte du fait que le théâtre d’opérations de la brigade est limitrophe de pays dans lesquels les problèmes trouvent leur origine et sur lesquels la CEDEAO n’exerce aucun contrôle.

Empêcher que les atteintes à la démocratie ne soient présentées comme bénéfiques

La nouvelle Commission doit rétablir la crédibilité des cadres normatifs et des interventions de la CEDEAO. En effet, la création de l’AES a fait perdre à la CEDEAO une partie de sa fermeté dans sa réponse aux changements anticonstitutionnels de gouvernement et aux atteintes à la démocratie.

La CEDEAO a contrevenu à son acte complémentaire en levant les sanctions contre la Guinée

Lorsque le coup d’État en Guinée-Bissau s’est produit en novembre 2025, après le retrait officiel des membres de l’AES, la CEDEAO n’a pas affiché sa fermeté habituelle. Lors de son sommet de décembre 2025, la CEDEAO a rejeté la proposition de transition d’un an présentée par la junte et a menacé d’imposer des sanctions économiques et financières si celle-ci n’était pas retirée. La junte a résisté et a maintenu sa feuille de route pour la transition. Un référendum constitutionnel est prévu le 30 août 2026 et des élections législatives le 6 décembre 2026. Lors du sommet de la CEDEAO qui vient de s’achever, aucune sanction ni menace de sanction n’a été évoquée pour dissuader ce genre de violations. La CEDEAO a plutôt pris note des « efforts en cours en Guinée-Bissau pour mener à bien la transition politique du pays ».

Bien que le président militaire par intérim et le Premier ministre aient été exclus de la course aux prochaines élections, certains éléments de l’armée et leurs soutiens pourraient présenter leur candidature grâce au précédent guinéen qui a ouvert la voie à la normalisation d’une transition débutant par un coup d’État militaire pour aboutir à l’élection des putschistes.

La CEDEAO, à l’instar de l’UA, a en effet levé toutes les sanctions contre la Guinée après que la junte s’est présentée aux élections et les a remportées. Cela constitue pourtant une violation de l’article 12 de l’Acte supplémentaire A/SP.13/02/12 relatif aux sanctions à l’encontre des États membres qui ne respectent pas leurs obligations envers la CEDEAO. Cet acte stipule que les auteurs d’un coup d’État et leurs complices sont inéligibles à la présidence dans leur pays et que la CEDEAO et ses États membres ne doivent pas reconnaître les gouvernements ayant accédé au pouvoir de cette manière.

Par le passé, la CEDEAO a fait pression sur les juntes pour qu’elles organisent des élections, auxquelles elles ne se sont jamais présentées, laissant ainsi la place à des civils. Le précédent créé par la Guinée sape la crédibilité du cadre normatif de la CEDEAO et met en lumière la prudence d’une organisation, désormais plus soucieuse de préserver ses relations avec les dirigeants en place.

L’incapacité de la CEDEAO à faire face aux coups d’État militaires peut être attribuée à l’incapacité des démocrates au pouvoir à remédier de manière proactive aux déficits de gouvernance. Depuis juillet 2024, les sommets successifs de la CEDEAO n’ont fait aucune référence à la révision du Protocole additionnel de 2001 sur la démocratie et la bonne gouvernance, un processus qu’elle avait lancé en 2021 après le coup d’État en Guinée.

À l’issue de plusieurs consultations, un projet final a été rédigé en 2023. De hauts responsables de la Commission confirment que la finalisation du protocole révisé est au point mort en raison des objections des États membres concernant la limitation des mandats présidentiels, les injonctions contre les manipulations constitutionnelles et les mécanismes d’application. Ce sont ces mêmes questions qui avaient bloqué la révision du protocole en 2015.

La nouvelle commission doit collaborer avec les dirigeants de la CEDEAO pour dissiper le sentiment croissant de deux poids deux mesures, en imposant des mécanismes de responsabilisation strictes tant pour les dirigeants démocratiques en place que pour les juntes militaires. L’efficacité de la nouvelle commission dépendra entièrement du soutien dont elle bénéficiera de la part de la CEDEAO. Elle a toutefois le potentiel d’apporter de nouvelles idées et des stratégies novatrices aux efforts actuels de la CEDEAO visant à se redéfinir et à parvenir à créer une communauté pleinement intégrée de peuples au sein d’une région pacifique et prospère.

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