Présidence de la République du Mali

La Force de l’AES fera-t-elle mieux que celle du G5 Sahel ?

La réussite de la Force repose sur l’établissement de synergies structurées avec les États voisins.

La nouvelle Force unifiée de l’Alliance des États du Sahel (FU-AES), composée de 6 000 hommes, vise à consolider les capacités militaires du Burkina Faso, du Mali et du Niger face au terrorisme et à renforcer la coordination opérationnelle transfrontalière.

Lancée en décembre 2025, cette force est basée à Niamey, au Niger. Il s’agit de la troisième tentative des États du Sahel central de mettre en place un mécanisme de sécurité commun. Elle fait suite à la Force multinationale mixte chargée de sécuriser la région du Liptako-Gourma, annoncée en janvier 2017 mais restée lettre morte, et à la Force conjointe du G5 Sahel mise en place en juillet 2017.

La Force conjointe du G5 Sahel réunissait des contingents du Burkina Faso, du Mali, de la Mauritanie, du Niger et du Tchad. Elle est devenue inopérante après le retrait des pays aujourd’hui membres de l’AES (Mali, Burkina Faso et Niger) entre 2022 et 2023. Ces trois pays ont connu des coups d’État et leurs gouvernements militaires ont rejeté le cadre du G5, considéré comme emblématique de l’influence occidentale, en particulier française, dont ils souhaitaient s’affranchir.

Contrairement aux précédentes initiatives, la FU-AES repose sur la volonté des États membres de préserver leur souveraineté. Elle bénéficie également d’un alignement politique solide et d’une coordination étroite entre les trois gouvernements.

La force pourra s’appuyer sur la coordination efficace dont les armées des États de l’AES ont fait preuve lors de l’opération tripartite Yéréko 2. Cette opération s’est déroulée entre février et mars 2025 dans la région du Liptako-Gourma, au point de convergence des frontières des trois pays.

En cinq ans, la Force conjointe du G5 Sahel n’a jamais réussi à établir une présence opérationnelle décisive

Les gouvernements de l’AES pourraient avoir tiré les enseignements de l’expérience de la Force conjointe du G5 Sahel , qui, en cinq ans d’existence, n’a pas réussi à établir une présence opérationnelle décisive.

Cette force a mené 25 opérations de sécurité qui, selon le général Oumarou Namata, son commandant en 2021, ont permis de neutraliser des centaines de terroristes ainsi que de saisir et détruire d’importants volumes d’équipements. Mais en définitive, elle n’est pas parvenue à freiner l’expansion de la menace terroriste ni à en réduire l’intensité.

La Force conjointe du G5 Sahel a souffert d’un sous-financement chronique. Son budget opérationnel annuel, initialement fixé à 423 millions d’euros, dépassait largement les contributions de ses États membres, ce qui créait une forte dépendance vis-à-vis des partenaires extérieurs.

De plus, le manque de moyens aériens adaptés et de système de renseignement fonctionnel, deux éléments indispensables aux opérations de lutte contre le terrorisme, a considérablement affaibli ses capacités. Ces lacunes ont rendu les États du Sahel dépendants de la France et de son opération Barkhane, tant pour la mobilisation du soutien financier que pour la conduite d’opérations militaires conjointes, ce qui a limité leur autonomie.

Les États membres de l’AES sont, quant à eux, déterminés à préserver l’indépendance de leur nouvelle force. Les détails des contributions financières respectives des trois pays n’ont pas été rendus publics. On sait toutefois qu’ils mobilisent des ressources nationales à travers trois mécanismes centraux : le Fonds de soutien patriotique du Burkina Faso, le Fonds de solidarité pour la sauvegarde de la patrie du Niger et le Fonds de soutien aux projets d’infrastructures de base et de développement social du Mali.

Grâce à des partenariats diversifiés, la force unifiée ne dépend pas d’un seul pays extérieur

Cet engagement en faveur de l’autonomie financière est conforme à la charte fondatrice de l’AES, qui stipule que “le financement de l’Alliance repose sur les contributions des États membres” . Le 28 mars 2025, les trois pays ont décidé d’instaurer un prélèvement de 0,5 % sur les importations pour financer les institutions confédérales, dont la FU- l’AES.

En parallèle, les pays de l’AES diversifient leurs partenariats militaires afin d’éviter que la force unifiée devienne dépendante d’un seul partenaire extérieur.

L’équipement et les armes proviennent de Russie, de Turquie, d’Iran et de Chine. La Russie, à travers Africa Corps, est le partenaire de sécurité privilégié de l’AES, même si les modalités d’engagement sont très variables. Au Mali, la Russie fournit des équipements militaires et l’Africa Corps participe aux opérations de combat. Au Burkina Faso et au Niger, l’engagement russe se limite à la formation.

Sur le plan opérationnel, les bataillons de la Force conjointe du G5 Sahel étaient limités à des secteurs géographiques déterminés, avec un droit de poursuite dans un rayon de 100 km de part et d’autre des frontières nationales. À l’inverse, les unités de la Force unifiée de l’AES sont destinées à intervenir librement sur l’ensemble du territoire des trois pays.

Le commandement de la FU-AES dispose d’une autorité opérationnelle totale sur les troupes, ce qui lui permet de déployer et d’employer des unités sans l’approbation préalable des états-majors nationaux – une contrainte structurelle majeure qui avait handicapé la Force conjointe du G5 Sahel.

Les États de l’AES doivent éviter une approche cloisonnée traitant le Sahel isolément des pays voisins

Cependant, il est essentiel d’intégrer cette autonomie opérationnelle régionale aux structures de sécurité nationales. Pour être efficace, la Force unifiée de l’AES devra se mettre en phase avec les opérations des forces nationales de défense et de sécurité, y compris les composantes qui ne relèvent pas officiellement de son commandement.

Les États membres de l’AES devront également éviter le principal écueil qui a marqué les interventions internationales au Sahel ces dix dernières années : une approche cloisonnée traitant la région comme un espace isolé du reste de l’Afrique de l’Ouest.

L’efficacité de la force dépendra de sa capacité à coopérer avec les armées des pays voisins, dont beaucoup sont aussi confrontés à la menace de l’extrémisme violent et des réseaux criminels. Les circuits de contrebande et d’approvisionnement illicite en ressources opérationnelles (armes, motos, carburant, drones, etc.) destinées aux groupes armés traversent en effet de nombreuses frontières dans la région.

Malgré leurs divergences politiques avec les États non membres de l’AES, la stabilité de la région impose aux trois pays de maintenir ou de renforcer leur coopération militaire et sécuritaire avec leurs voisins immédiats, notamment le Nigéria, le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Togo, le Ghana, la Guinée et le Sénégal. Il serait judicieux, dans ce cadre, d’adopter une approche pragmatique, en tirant les enseignements de l’exercice Tarha Nakal auquel ont participé les forces armées du Burkina Faso, du Mali, du Niger, du Tchad et du Togo en mai 2024 à Tillia, au Niger. Ces pays y ont démontré leur capacité à mutualiser leurs moyens et à coordonner leurs opérations.

L’Union africaine devrait œuvrer à l’apaisement des tensions entre les pays de l’AES et leurs voisins ouest-africains dans le golfe de Guinée. Un travail de médiation pourrait rétablir la confiance et aplanir la situation. En ce qui concerne la lutte contre le terrorisme, l’UA pourrait promouvoir la coopération entre la force antiterroriste de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et la Force unifiée de l’AES.

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