Les consultations informelles du CPS ont-elles un impact sur les transitions post-coup d’État ?
Malgré l’organisation régulière de réunions informelles, l’Union africaine peine à réaffirmer son autorité dans la gestion des transitions post-coup d’État.
Au cours de la vague de coups d’État survenus entre 2019 et 2025, le Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’Union africaine (UA) a systématiquement suspendu les États membres fautifs, conformément à l’article 30 de l’Acte constitutif de l’UA.
Néanmoins, si ces suspensions mettent fin aux échanges officiels, les consultations informelles se poursuivent, conformément à l’article 25 (3) de la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance (CADEG) et à l’article 8 (11) du Protocole du CPS.
Organisées principalement au niveau des ambassadeurs à Addis-Abeba, en Éthiopie, elles permettent au CPS de maintenir des relations diplomatiques avec les pays touchés par des coups d’État, notamment le Mali, le Burkina Faso, le Niger, le Gabon, la Guinée, le Soudan, Madagascar et la Guinée-Bissau. La 18e série de discussions informelles s’est tenue le 27 février 2026.
En parallèle de ces consultations, des envoyés spéciaux de l’UA ont été déployés pour leurs bons offices et le CPS a effectué des visites sur le terrain.
Pourtant, les autorités de transition continuent d’ignorer les feuilles de route et les normes de l’UA, remettant en question l’efficacité des consultations informelles du CPS en tant qu’outil de gestion des transitions post-coup d’État. Le Mali et le Burkina Faso ont ainsi unilatéralement reporté les élections prévues par les feuilles de route de transition conjointes, conclues avec l’UA.
Dans le même temps, les auteurs des coups d’État au Gabon et en Guinée se sont présentés aux élections, malgré l’article 25 (4) qui interdisait leur participation afin de permettre le rétablissement de l’ordre constitutionnel.
Le CPS vise à fournir une plateforme d’échanges fiable concernant les feuilles de route de transition
Ces deux pays ont recouvré tous leurs droits à participer aux activités de l’UA après la levée des sanctions postélectorales qui leur avaient été imposées. Certains pays ayant subi un coup d’État ont refusé l’accès de leur territoire aux responsables de l’UA, bien que ces visites pour contrôler le respect des feuilles de route aient été discutées lors des réunions.
L’utilité des réunions du CPS
Malgré l’échec des bons offices de Sambo Sidikou entre 2021 et 2025 et des visites de terrain, le CPS a organisé des réunions informelles post-coup d’État avec le Burkina Faso, la Guinée, le Mali et le Soudan, les seuls pays alors touchés par un coup d’État. Seize autres pays se sont depuis ajoutés à cette liste. D’après des sources diplomatiques, le CPS a d’emblée clairement défini les objectifs qu’il souhaitait atteindre avec les pays en transition.
Son objectif principal était de fournir une plateforme fiable pour échanger sur les feuilles de route et les défis à relever. Son but ultime était de veiller à ce que les auteurs de coups d’État se conforment aux normes continentales à l’encontre des changements anticonstitutionnels de gouvernement (CAG) inscrites dans l’Acte constitutif de l’UA, la CADEG, le Protocole du CPS et d’autres instruments.
Compte tenu de la cohérence du CPS et de la participation des pays, les consultations informelles n’ont que partiellement atteint leurs objectifs, à savoir fournir une plateforme de dialogue, renforcer les contacts diplomatiques avec les pays ayant connu un coup d’État et suivre leurs progrès et leurs difficultés. Cela est important, car la plupart des pays en transition se sont régulièrement plaints de ne pas être admis aux sessions formelles du CPS consacrées à l’examen de leur situation ou de n’y être pas entendus.
Certains diplomates ont confirmé à l’Institut d’études de sécurité que les réunions informelles leur donnaient l’occasion d’exprimer leurs points de vue et de discuter des écueils, ce que les visites irrégulières du CPS sur le terrain et les discussions avec les envoyés spéciaux ne permettaient pas nécessairement.
Sans coercition, il n’y aura pas de changements de comportement chez les dirigeants des transitions
De même, les représentants des États membres du CPS ont déclaré au Rapport sur le CPS que cette approche avait contribué à aligner les interventions du Conseil sur les cadres pertinents et favorisé un suivi efficace des feuilles de route de transition. Ces consultations ont fourni au CPS des données détaillées à l’aide desquelles il a pu approfondir sa compréhension des défis et mettre en place des interventions sur mesure.
Des limites structurelles
Comme mentionné précédemment, cette approche permet de contrôler le respect des normes de l’UA afin d’inciter les dirigeants des transitions à modifier leur comportement, de sorte que les prises de pouvoir anticonstitutionnelles cèdent la place à la cession du pouvoir à des gouvernements civils démocratiquement élus. À cet égard, il était nécessaire de combiner dialogue et mesures coercitives coordonnées.
Cependant, en l’absence de ce type de mesures, les changements de comportement escomptés ne se sont pas concrétisés.
Trois éléments pourraient permettre d’y remédier. Le premier est d’exercer une pression diplomatique coordonnée par le CPS et les communautés économiques régionales (CER). Cependant, malgré les contacts du CPS avec les pays, les CER n'ont guère été impliquées, ce qui a entravé les progrès. En outre, les approches de l’UA et des CER en matière de gestion des transitions sont divergentes, voire parfois concurrentes, comme on l’a vu au Niger (en août et en septembre 2023) et au Soudan (depuis avril 2023).
Le deuxième élément consiste à maintenir une menace collective d’intervention militaire contre les pays défaillants. Une position ferme et unifiée de l’UA et des CER inciterait davantage les dirigeants de transition à mettre en œuvre les feuilles de route convenues et renforcerait leur volonté de se conformer aux normes continentales de lutte contre les CAG. Malheureusement, aucun consensus n’a été trouvé entre l’UA et les CER quant aux réponses à apporter aux prises de pouvoir militaires et à la gestion des transitions post-coup d’État.
Par exemple, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest a envisagé une intervention militaire à la suite du coup d’État de 2023 au Niger, mais le CPS ne l’a pas soutenue. Ce désaccord entre les deux institutions s’est ajouté à celui concernant les ultimatums adressés aux dirigeants putschistes pour qu’ils regagnent leurs casernes et rétablissent l’ordre constitutionnel. Cela a eu pour conséquence directe l’érosion du consensus continental sur la politique de tolérance zéro à l’égard des CAG et une approche fragmentée de la gestion des transitions ultérieures.
Consultations et moyens coercitifs coordonnés n’étant pas solidement associés, le dialogue seul a eu un impact limité sur le comportement des dirigeants des transitions. Cependant, au Mali (2012), au Burkina Faso (2015), en Gambie (2017) et au Niger (2010), la menace d’une intervention militaire et l’offre d’un dialogue ont été combinées efficacement
Les dirigeants des transitions au Sahel veulent que les réunions informelles se concentrent sur la sécurité
Le troisième consiste à lutter fermement contre le mépris affiché par les dirigeants des transitions à l’égard des décisions prises lors de réunions informelles. Si, selon des sources diplomatiques, les ambassadeurs rendent régulièrement compte des résultats des réunions à leurs capitales, les recommandations en faveur d’un retour rapide à l’ordre constitutionnel ne sont pas suivies. En témoignent les dérapages répétés au Mali, au Niger et au Burkina Faso, ainsi que les restrictions imposées par leurs dirigeants à l’espace civique.
Les dirigeants des transitions du Sahel, par exemple, insistent pour que les réunions informelles se concentrent sur les questions de sécurité plutôt que sur le retour à l’ordre constitutionnel, qui, selon eux, ne sera pas durable. Le principal défi réside donc davantage dans le refus de se conformer que dans le décalage avec les représentations diplomatiques à Addis-Abeba, ce qui renforce la nécessité de mettre en place des mécanismes coercitifs efficaces pour soutenir les réunions.
Des pistes d’amélioration
Des sources provenant de l’UA et des États membres affirment que le CPS serait en mesure de renforcer ses réunions informelles s’il exerçait une pression minimale. Cela pourrait inclure, à court et moyen terme, la création d’un organe de contrôle opérant chargé de veiller au respect des normes continentales par les dirigeants. Le sous-comité des sanctions du CPS nouvellement créé, en collaboration avec les CER, serait à même de remplir ce rôle s’il était doté des capacités et des moyens nécessaires.
À long terme, l’UA doit rétablir le consensus institutionnel et politique qui a contribué à soutenir la politique de tolérance zéro à l’égard des CAG de 2003 à 2019. Ce consensus devrait se faire au sein de l’UA et avec les CER, étant donné que les difficultés rencontrées par l’organisation panafricaine avec les CER ont entravé leur coordination.
Si ces conditions ne sont pas remplies, les efforts diplomatiques pour gérer les transitions post-coup d’État continueront d’être sapés et les prises de pouvoir militaires finiront par être normalisées, c’est-à-dire « blanchies ». Comme l’a souligné le président angolais, président sortant du bureau de la Conférence de l’UA, le « blanchiment » des coups d’État par le biais d’élections et de prises de pouvoir militaires ne doit pas être normalisé. Il s’agit là d’une menace sérieuse pour la démocratie en Afrique et pour la pérennité des normes de l’UA.