Garde côtière du Yémen

Retour de la piraterie somalienne dans l’océan Indien occidental

Aujourd’hui affaiblies par la crise au Moyen-Orient, les patrouilles navales conjointes ont toujours été insuffisantes pour éradiquer la piraterie.

La piraterie a ressurgi au large de la Somalie. En avril et en mai, plusieurs boutres et plus grands navires marchands ont été pris pour cible. Certains d’entre eux ont été retenus contre rançon avec leurs équipages. À la suite de ces événements, le Centre d’information maritime conjoint a réévalué le niveau de risque de piraterie pour le porter à « grave ».

Pour empêcher une résurgence durable de la piraterie sur leur littoral, la Somalie et ses voisins doivent s’attaquer de toute urgence aux facteurs qui alimentent ce phénomène.

Parmi eux figure la pêche illégale, non déclarée et non réglementée, qui menace les écosystèmes, les économies et le tissu social des populations côtières. L’effondrement quasi total des moyens de subsistance liés à la mer, combiné au manque d’alternatives économiques, pousse de nombreux habitants à partir pour échapper à la pauvreté ou à se tourner vers la piraterie pour survivre.

Plusieurs attaques commises fin 2025 avaient déjà suscité des inquiétudes. La mousson du nord-est, qui survient de décembre à mars, a limité les possibilités des pirates d’opérer loin des côtes et ainsi offert un bref répit lié aux conditions météorologiques. Les incidents se sont ensuite multipliés pendant la période inter-mousson d’avril à mai, marquée par des vents plus faibles et une mer moins agitée.

Le 2 mai, le pétrolier Eureka a été capturé alors qu’il était au mouillage dans les eaux yéménites. Selon les forces de sécurité du Puntland, les pirates auraient appareillé depuis une zone côtière isolée près de la ville de Qandala, sur le golfe d’Aden. Ils auraient demandé une rançon de 10 millions de dollars, tout en retenant le navire et son équipage près du Puntland.

Le détournement du 2 mai fait craindre l’émergence d’un troisième groupe de pirates

Le détournement s’est produit loin du rivage, signe d’une sophistication supérieure à celle des deux autres groupes de pirates opérant dans la région, ce qui fait craindre l’émergence d’un troisième groupe.

 

L’intensification du trafic le long des côtes du nord de la Somalie permet aux pirates d’exploiter les vulnérabilités du transport maritime, créant un problème de sécurité plus large avec des répercussions mondiales. Les pétroliers transportant du brut vers Yanbu, en Arabie saoudite, ou en provenance de ce port, constituent des cibles de choix du fait des fortes rançons que peuvent rapporter leurs équipages et leurs cargaisons, notamment au regard des perturbations dues à la fermeture du détroit d’Ormuz.

Les pirates n’ont ni les infrastructures ni les débouchés illicites nécessaires pour débarquer les conteneurs, le pétrole ou les cargaisons. Plutôt que le vol de marchandises, ils privilégient donc le détournement de navires et la prise d’otages contre rançon.

Les piratages des navires marchands Honour 25 et Sward en avril ont été facilités par leur proximité avec les côtes somaliennes. La plupart des bateaux commerciaux évitent de passer aussi près du littoral. De plus, aucun des deux bâtiments ne disposait de personnel de sécurité armé à bord, alors que cette protection avait contribué à empêcher des détournements par le passé.

La piraterie a massivement sévi au large de la Somalie dans les années 2000, atteignant son point culminant en 2011 avec des centaines d’attaques. Des déploiements navals internationaux coordonnés, de nouvelles tactiques de sécurité et des mesures préventives prises par la marine marchande ont ensuite réduit significativement ces chiffres. Les communautés somaliennes et la police maritime locale ont également fermé les zones côtières qui permettaient aux pirates d’opérer.

Ceux-ci se sont alors tournés vers des activités illicites moins risquées, telles que le trafic de migrants, d’armes et de stupéfiants, la pêche illégale ou le financement des circuits criminels liés au charbon de bois. Dans son rapport de 2022 sur la piraterie et les vols armés en mer au large des côtes somaliennes, le secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, soulignait toutefois que les réseaux et les savoir-faire opérationnels soutenant la piraterie étaient toujours présents.

Pour enrayer le problème, la Somalie doit s’attaquer à la pêche illégale et aux autres difficultés locales

Pour enrayer le problème dès maintenant, la Somalie doit s’attaquer à la pêche illégale et aux autres difficultés rencontrées par la population. Outre les pêcheurs qui se tournent vers la piraterie car ils ont perdu leurs sources de revenus, les pirates justifient leurs actes en affirmant qu’ils contribuent à dissuader les navires pratiquant la pêche illégale. De fait, les eaux somaliennes sont extrêmement lucratives. Elles recèlent de précieuses réserves de poissons, insuffisamment protégées en raison des capacités de sécurité maritime très restreintes du pays.

Les patrouilles navales multinationales déployées dans la région depuis 2008 sont aujourd’hui affaiblies par les redéploiements en mer Rouge et dans le détroit d’Ormuz. L’opération Atalanta de l’Union européenne se poursuit, mais elle se limite à la mobilisation simultanée d’environ deux navires et moyens aériens.

La Combined Task Force 151 (CTF-151), force multinationale de lutte contre la piraterie, reste active ; elle s’inscrit toutefois dans un dispositif de sécurité maritime dirigé par les États-Unis et basé à Bahreïn. Compte tenu de ses liens étroits avec le Commandement central des forces navales américaines, la CTF-151 est entravée par le conflit entre les États-Unis et l’Iran.

La coopération navale internationale a permis de contenir la piraterie, mais pas de l’éradiquer — une tâche qui exige du gouvernement fédéral somalien et de ses partenaires qu’ils comblent les déficits de gouvernance et renforcent les capacités de sécurité maritime.

La police maritime somalienne, aux niveaux fédéral et régional, assure des activités limitées de garde-côtes. Le gouvernement fédéral dispose d’une petite marine et d’une garde côtière opérant dans et autour du port de Mogadiscio, avec une capacité d’action réduite au-delà des eaux territoriales.

Les patrouilles navales multinationales sont redéployées en mer Rouge et dans le détroit d’Ormuz

Par ailleurs, la priorité de l’État est la menace d’al-Shabaab dans le sud du pays, et non la piraterie dans les zones reculées au nord de Mogadiscio. Dans les faits, des entités régionales comme la Puntland Maritime Police Force constituent le principal instrument national de lutte contre la piraterie.

En matière de sécurité maritime, la Turquie apparaît comme un acteur géopolitique clé à surveiller. Présentant des intérêts et des responsabilités croissants dans ce domaine, elle a signé plusieurs accords avec le gouvernement fédéral somalien depuis 2024. L’un d’eux confère à la marine turque la mission de protéger les eaux territoriales somaliennes.

En février 2026, le Parlement turc a prolongé d’un an le mandat des forces navales du pays dans le golfe d’Aden, les eaux territoriales somaliennes, la mer d’Arabie et les régions adjacentes.

Les côtes du Galmudug dans le centre de la Somalie, où les récents détournements ont eu lieu, accueillent plusieurs équipements maritimes turcs de haute importance, notamment la première mission turque de forage en eaux profondes à l’étranger, arrivée en avril. Dans sa lutte contre la piraterie, la marine turque donnera probablement la priorité à la protection de ces actifs plutôt qu’à celle des eaux somaliennes.

La recrudescence des attaques de pirates rappelle que la sécurité maritime dans l’océan Indien occidental reste fragile. Ce phénomène s’installera-t-il dans la durée ? Tout dépendra du paiement effectif des rançons et de l’effet d’entraînement que cela pourrait avoir.

Mais en fin de compte, l’enjeu est de savoir si les acteurs régionaux et internationaux considèrent cette situation comme un problème de gouvernance à long terme ou comme une simple question de protection des navires contre les attaques.

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