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Repenser la mission de paix de l'UA en Somalie

La fin de l'AUSSOM, donne à l'UA l’opportunité de mettre en place une mission politique axée sur une stabilisation à long terme.

Après près de 20 ans d'activité, la Mission d’appui et de stabilisation de l'Union africaine en Somalie (AUSSOM) n'est plus tenable. Le 1er juillet, les États-Unis ont informé l’Union africaine (UA) que leur financement s’arrêterait au 31 décembre.

L’AUSSOM dépend des fonds américains pour sa logistique. Les États-Unis ont également apporté un soutien bilatéral aux pays fournisseurs de troupes et aux forces de sécurité somaliennes.

L’incapacité du gouvernement fédéral somalien à assumer pleinement ses responsabilités en matière de sécurité et à pérenniser les progrès réalisés contre al-Shabaab et d’autres groupes terroristes est en partie à l’origine de cette décision. Les États-Unis ont déclaré qu’ils n’utiliseraient pas leur droit de veto pour empêcher le Conseil de sécurité des Nations unies de renouveler le mandat de l’AUSSOM à la fin de l’année 2026, mais qu’ils bloqueraient tout soutien logistique ou opérationnel de l’ONU.

Cela n’est pas surprenant. En décembre 2024, les États-Unis se sont opposés au recours à la résolution 2719 du Conseil de sécurité des Nations unies pour financer l'AUSSOM, affirmant que « les conditions nécessaires à une transition immédiate vers l'application de la [résolution] 2719 en Somalie n'étaient pas réunies ». La résolution autorise le financement par l'ONU des opérations de soutien à la paix qu’elle autorise et qui sont dirigées par l'UA.

L’UA a déployé trois opérations de ce type depuis mars 2007. Toutes dépendaient grandement du soutien financier et logistique de l’ONU, de l’Union européenne (UE) ainsi que d’autres partenaires. Ce soutien concernait le transport des troupes, l’aviation, le carburant, la nourriture, l’eau, les services médicaux et la logistique sur le terrain pour près de 12 000 membres du personnel de la mission de l’UA et 20 900 membres des forces de sécurité somaliennes.

20 ans d’opération de soutien à la paix à forte composante militaire devaient finir par poser problème

En janvier 2025, le Conseil de sécurité des Nations unies a approuvé la stratégie en quatre phases de l’UA pour l’AUSSOM, qui prévoyait le transfert des responsabilités en matière de sécurité aux forces de sécurité somaliennes et un retrait complet le 31 décembre 2029.

La réalité est qu’aujourd’hui, quel que soit le soutien de l’UA à la Somalie, il ne pourra pas s’agir d’une approche militaire de grande envergure. Non seulement les fonds sont insuffisants, mais la mission a également atteint les limites de ce qu’une intervention militaire seule peut accomplir.

Entre 2007 et 2012, les opérations de la Mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM), qui a précédé l’AUSSOM, ont été marquées par des combats intenses et une phase initiale de stabilisation, qui ont abouti à la mise en place officielle du gouvernement fédéral somalien. L’autorité a été étendue à cinq États fédérés, ce qui a constitué une avancée politique majeure.

De 2012 à 2018, la pression militaire de l’AMISOM a atteint son apogée, contraignant al-Shabaab à adopter une position essentiellement défensive. Cependant, cette période a été marquée par une grande confusion dans les mandats et par des contraintes de moyens, la mission opérant sans soutien politique solide de l’UA sur le terrain. Elle manquait également de stratégie de sortie jusqu’à ce que l’UE menace de retirer son financement en 2018.

Ces menaces pesant sur le financement, conjuguées à la lassitude des donateurs et à la relative faiblesse d’al-Shabaab à l’époque, ont conduit l’UA à décider de retirer l’AMISOM au plus tard en décembre 2021. Cependant, la situation sécuritaire globale du pays et le manque de préparation politique des autorités somaliennes ont bloqué le transfert des responsabilités en matière de sécurité aux forces de sécurité somaliennes.

Les forces de sécurité somaliennes pourraient avoir du mal à assumer les responsabilités sécuritaires

Le compromis a été, en 2022, de remplacer l’AMISOM par la Mission de transition de l’UA en Somalie (ATMIS) avec un mandat presque identique, limité à décembre 2024. Cette période a été considérée comme marquée par une stagnation, sans nouvelles avancées significatives dans le domaine de la sécurité. Il y a même eu certains reculs face à al-Shabaab.

L’attitude des autorités somaliennes à l’égard des missions de l’UA a également découragé leur poursuite. Au fil des ans, le gouvernement fédéral a expulsé des hauts responsables des missions de l’ONU et de l’UA, invoquant des « fautes professionnelles » et une « ingérence dans les affaires intérieures ». Il a joué un rôle plus affirmé, mais contesté, dans la planification, le déploiement et le rapatriement, portant atteinte à l’indépendance opérationnelle des missions et les entravant dans leurs tâches.

On peut affirmer que les autorités fédérales et les États membres de la Somalie ont considéré l’apport de la mission de l’UA à la sécurité comme acquis, ce qui les a peu incitées à résoudre leurs différends politiques. Cette démarche aurait permis d’atteindre des objectifs plus larges en matière de consolidation de l’État et de renforcement de la paix. 

L’UA doit désormais passer d’une configuration fortement axée sur le militaire à une mission orientée vers le politique, notamment au vu de la stagnation des résultats de l’AUSSOM. Le maintien d’une opération à forte composante militaire pendant vingt ans allait inévitablement poser problème. La mission aurait dû prendre fin en 2021, après avoir permis à la Somalie d’édifier des structures de gouvernance et des institutions de sécurité, et d’affaiblir les capacités d’al-Shabaab.

L’augmentation de la pression financière vient s’ajouter aux arguments contre la poursuite de la mission. L’ATMIS a accumulé des dettes colossales, ce qui démontre l’incapacité structurelle de l’UA à financer ou à assurer le soutien logistique d’opérations à grande échelle.

Le Conseil de paix et de sécurité pourrait créer une mission de soutien aux processus politiques

Néanmoins, sortir de la sphère militaire ne doit pas signifier abandonner la Somalie. L’UA devrait opérer une transition vers une mission politique spécialisée, assortie d’un calendrier précis, axée sur la stabilisation à long terme. Cela nécessite un retrait prudent et stratégique de l’AUSSOM. Ce retrait créera un vide sécuritaire, car les forces de sécurité somaliennes auront probablement du mal à assumer toutes les responsabilités en matière de sécurité.

La Commission de l’UA consulte actuellement les parties prenantes et les pays contributeurs afin de proposer des options au Conseil de paix et de sécurité (CPS), qui déterminera le sort de l’AUSSOM après 2026, ainsi que la future présence de l’UA en Somalie. Pour prendre sa décision, le Conseil devrait envisager deux voies parallèles.

Premièrement, le soutien pourrait prendre la forme d’une mission de coopération régionale sur le plan de la sécurité. En 2021, les équipes d’évaluation de l’ONU et de l’UA ont suggéré de remplacer l’AMISOM par la Force en attente de l’Afrique de l’Est (EASF). Les pays qui fournissent actuellement des troupes, le Burundi, Djibouti, l’Éthiopie, le Kenya et l’Ouganda, en sont membres. La plupart d’entre eux ont des intérêts sécuritaires en Somalie et souhaiteraient préserver les acquis durement gagnés. Une telle mission aurait besoin du soutien politique et technique du CPS pour la planification, les opérations et la mobilisation des ressources.

Deuxièmement, la politique est au cœur du problème de la sécurité en Somalie. Le CPS pourrait créer une mission technique qui accompagnerait à la fois les processus politiques du pays et la mission de coopération régionale en matière de sécurité.

La fin du financement américain ne devrait pas signifier l’abandon de la mission de l’UA. Au contraire, elle offre l’occasion de passer d’un rôle militaire à un rôle politique, ce qui relève des capacités de l’UA. En renforçant son engagement politique, l’UA pourrait mieux soutenir la Somalie.

 

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