Département d'État des États-Unis : Bureau des affaires africaines

L’Afrique peut-elle s’approprier l’accord sur les infrastructures entre l’UA et les États-Unis ?

L’élan amorcé doit se traduire par l’adhésion des États membres de l’UA et des investisseurs privés américains.

Depuis que la Commission de l’Union africaine (CUA) et le gouvernement des États-Unis ont donné leur feu vert au Groupe de travail sur les infrastructures stratégiques et les investissements (SIWG) en janvier, la plateforme a commencé à prendre forme. Des projets sont en cours d’identification et des mécanismes institutionnels ont été mis en place, tandis que les deux parties testent leur capacité d’exécution mutuelle.

Le Groupe de travail est une nouvelle initiative prometteuse visant à garantir les flux d’investissements et à développer le commerce en Afrique, notamment en provenance du secteur privé américain.

Parmi les signes de progrès, on peut citer un accord conclu entre le président de la CUA, Mahmood Ali Youssouf, et le Secrétaire d’État adjoint américain, Christopher Landau, selon lequel le Groupe de travail alignera les capitaux et les outils de financement américains sur les infrastructures soutenues par l’UA. Cette démarche s’appuiera sur l’Agenda 2063 de l’UA, le Programme de développement des infrastructures en Afrique (PIDA) et la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).

Côté américain, le Bureau des Affaires africaines, la Société américaine de financement du développement international (IDFC) et la Banque d’import-export des États-Unis (EXIM Bank) mettent en place un groupe de travail interministériel réunissant des entreprises américaines souhaitant investir en Afrique. Du côté de l’UA, le cabinet du président organise la participation de l’institution au Groupe de travail.

Les partenaires ont également convenu d’une première liste de projets, délibérément restreinte. Il s’agit de l’extension du quai et du port de Nacala, ainsi que d’un quai pétrolier tous situés au Mozambique ; du pôle intégré d’hydrogène de Walvis Bay, en Namibie ; du projet hydroélectrique d’Inga, en République démocratique du Congo, longtemps resté au point mort ; et d’un centre de données absent du portefeuille de projets du PIDA.

Le Groupe de travail exige des méthodes plus innovantes, en rupture avec la bureaucratie de l’UA

L’ancrage des initiatives du Groupe de travail dans les 69 projets prioritaires du PIDA n’est pas le fruit du hasard. Durant sa première décennie d’existence, le PIDA a mobilisé 82 milliards de dollars US, alors que son objectif initial était de 68 milliards. La deuxième phase est chiffrée à 161 milliards de dollars, un montant que les capitaux privés sont réticents à fournir. Il incombe donc aux gouvernements africains et à l’emprunt souverain – ce dernier étant en partie responsable du surendettement de l’Afrique – d’assumer la majeure partie de la charge.

Le déficit de financement des infrastructures en Afrique est estimé entre 68 et 108 milliards de dollars US par an. Le Groupe de travail mise sur les capitaux américains pour combler partiellement ce déficit. La sélection des projets du PIDA renforce également l’appropriation du Groupe de travail par l’Afrique, car ces projets s’inscrivent dans une logique de corridors intégrés, où les infrastructures de transport, d’énergie, des technologies de l’information et de la communication, ainsi que de l’eau, sont conçues simultanément.

L’UA a mis en place une organisation interne originale afin de répondre aux exigences du Groupe de travail. Les départements chargés des infrastructures et de l’énergie, ainsi que du développement économique, du tourisme, du commerce, de l’industrie et des mines, pilotent ce partenariat sous la direction du président. L’Agence de développement de l’UA – qui assure la mise en œuvre technique du PIDA – se charge de l’exécution.

Ce premier partenariat commercial de la CUA financé par le secteur privé représente un tournant inédit, mais aussi un grand défi pour l’UA.

L’UA n’est pas un État. Contrairement à un ministère, l’institution définit les orientations stratégiques mais ne contrôle pas les agences spécialisées chargées de leur mise en œuvre. Le succès du Groupe de travail repose sur des méthodes rapides et innovantes, en rupture avec les pratiques bureaucratiques habituelles de l’UA.

L’accélération des réformes liées aux corridors pourrait garantir un accès prioritaire aux financements

Si les structures de l’UA soutiennent le Groupe de travail, les États membres devront être tenus informés des progrès réalisés. Il faudra concevoir des démarches innovantes pour s’assurer le soutien des communautés locales dont les moyens de subsistance se trouvent sur le tracé des corridors du PIDA.

La mobilisation du secteur privé étant essentielle, la CUA devra élaborer une stratégie pour associer certaines entreprises africaines à la coordination public-privé requise par le Groupe de travail. Le soutien des institutions financières africaines – la Banque africaine de développement, la Banque africaine d’import-export, la Société financière africaine et Africa50 – pourrait se révéler essentiel, car elles sont suffisamment crédibles pour co-investir et réduire les risques pour leurs homologues américains.

Le Groupe de travail donne l’opportunité à l’UA d’offrir des incitations concrètes alignées sur les priorités continentales telles que le PIDA et la ZLECAf. Tout gouvernement accélérant les réformes relatives aux corridors obtiendrait un soutien financier et technique prioritaire du Groupe de travail, offrant ainsi à la Commission de l’UA un levier considérable pour stimuler l’intégration.

Côté américain, les défis demeurent structurels. La méfiance des investisseurs américains à l’égard de l’État de droit et de la durabilité des contrats, ralentit les flux financiers même dans des secteurs stratégiques tels que les terres rares.

Il faut espérer que le nouveau Programme d’investissement stratégique États-Unis-Afrique, doté de 500 millions de dollars et proposant des subventions pouvant atteindre les 50 millions de dollars pour réduire les risques des transactions privées, accordera la priorité aux partenaires engagés dans le renforcement de l’État de droit et de conditions commerciales prévisibles. C’est la prévisibilité – plus que les montants – qui permettra aux entreprises américaines de rivaliser pour les infrastructures africaines face à des constructeurs chinois et turcs, plus rapides et enclins aux risques.

Les entreprises américaines s’appuieront sur des intermédiaires familiers des attentes des États-Unis

Les efforts de Washington pour promouvoir les opportunités en Afrique auprès du secteur privé devraient impliquer plusieurs acteurs extérieurs au gouvernement. Cela revêt d’autant plus d’importance que la présence diplomatique américaine sur le continent s’amenuise. La diminution du nombre d’ambassadeurs et la fermeture envisagée de plusieurs services de visas, réduiront la présence diplomatique sur le terrain au détriment des négociations et des investisseurs.

Les entreprises américaines s’appuieront davantage sur des intermédiaires qui comprennent les attentes des États-Unis et les réalités africaines. Les communautés de la diaspora africaine aux États-Unis et des organisations telles que la Chambre de commerce américaine et le Corporate Council on Africa (CCA) pourraient jouer ce rôle. Le CCA organise chaque année le Sommet des affaires États-Unis-Afrique, une occasion idouane d’approfondir cette compréhension.

Le Groupe de travail est une plateforme innovante qui positionne l’UA comme un partenaire diplomatique et commercial face à une grande puissance. Pour qu’il porte ses fruits, l’UA devrait rapidement mobiliser des capitaux privés et institutionnels africains et veiller à ce que les projets pilotes s’appuient sur le consentement des pays concernés.

Les États-Unis, quant à eux, devraient considérer l’État de droit et le déclin de leur propre capacité diplomatique comme les principaux obstacles au Groupe de travail. Les deux parties ont déclaré vouloir changer la donne, les douze prochains mois testeront leur crédibilité.

 

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