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L’examen des opérations de paix de l’ONU : quelles promesses pour l’Afrique ?

Le rapport d’étude reflète certaines revendications de l’Afrique, mais ses recommandations se heurtent à d’importants obstacles.

Le rapport tant attendu du Secrétaire général des Nations unies (ONU) sur l’avenir des opérations de paix a suscité un vif intérêt. Ces dernières, et le maintien de la paix en particulier, sont confrontées à une crise chronique de financement et à une réduction du soutien des États membres, des pays hôtes et des acteurs régionaux.

Le rapport, publié le 22 juillet, a des implications spécifiques pour l’Afrique. Le continent accueille environ la moitié des opérations de maintien de la paix de l’ONU et est confronté à des conflits aigus, notamment au Soudan, au Sahel, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) et en Somalie.

Cependant, la mise en œuvre de ses 15 priorités et de ses 47 recommandations ne sera pas aisée. Le nouveau Secrétaire général, qui prendra ses fonctions en janvier 2027, pourrait notamment ne pas accorder la priorité à l’appel en faveur d’une refonte des opérations de paix de l’ONU. Cette tendance n’est pas nouvelle au sein de l’ONU. Elle explique en partie la mise en œuvre limitée du rapport très salué de 2015 du Groupe indépendant de haut niveau sur les opérations de paix.

Les pénuries de financement, l’absence de consensus sur le rôle de l’ONU dans un ordre multilatéral de plus en plus fragmenté, ainsi que les blocages bureaucratiques au sein du système onusien constituent également des obstacles.

Le rapport reconnaît la nécessité de remédier aux limites persistantes des opérations de paix de l’ONU qui concernent directement l’Afrique, en particulier des missions de maintien de la paix. Il met en évidence des lacunes dans les domaines tels que la protection des civils et la surcharge des mandats, et réaffirme le rôle central des acteurs régionaux africains en proposant des mécanismes susceptibles de redéfinir le maintien de la paix sur le continent.

Le rapport a des implications spécifiques pour les opérations de maintien de la paix de l’ONU en Afrique

Les souffrances infligées aux civils dans les conflits constituent un défi majeur en Afrique, exacerbé par les transitions entre des missions qui créent des déficits sécurité lorsque les capacités nationales n’ont pas été suffisamment développées avant le retrait des forces de maintien de la paix. La fin abrupte de la Mission intégrée des Nations unies pour l’assistance à la transition au Soudan en 2023, par exemple, a créé un vide sécuritaire et entraîné de nombreuses violences à l’encontre des civils.

Le rapport réaffirme que la protection des civils constitue une priorité à l’échelle de la mission, indissociable de la planification, de la définition des mandats, de l’exécution et de l’allocation des ressources.

Il met également en avant deux anciennes revendications de l’Afrique. La première concerne l’importance d’appliquer la résolution 2719 (2023), qui prévoit un financement de 75 % des opérations mandatées par l’ONU et dirigées par l’Union africaine (UA) grâce aux contributions obligatoires des États membres de l’ONU. La seconde appelle à un système multilatéral plus juste et plus représentatif, notamment un Conseil de sécurité de l’ONU plus représentatif.

La critique portée aux mandats surchargés, irréalistes et inadaptés est un thème récurrent dans l’ensemble des opérations de paix de l’ONU, y compris en Afrique. Par exemple, la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) a  opéré sans mandat de lutte contre le terrorisme, et ce, malgré la menace que représentent les extrémistes violents et les insurgés dans le pays.

Le rapport préconise des mandats axés sur des missions politiques et de sécurité dans lesquelles l’ONU dispose d’un avantage comparatif, dotés d’objectifs assortis de délais, de résultats finaux clairs et d’une allocation réaliste des ressources. Il préconise des présences plus légères et plus mobiles, adaptées à l’instabilité des théâtres d’opérations, et met l’accent sur l’ajustement continu du mandat à l’évolution des contextes.

À qui incombent le maintien de la paix et la lutte contre le terrorisme ?

Le rapport du Secrétaire général a suscité des critiques car il est jugé moins ambitieux que ne l’exigent les circonstances. De plus, il élude la question de la responsabilité et met en évidence des dynamiques internes problématiques au sein du Secrétariat de l’ONU.

Du point de vue de l’Afrique, d’autres limites sont évidentes.

Le rapport ne traite pas de manière adéquate la « crise du consentement », alors que la parole des gouvernements hôtes est de plus en plus présente quant à l’opportunité de ces missions. Le retrait de la MINUSMA en 2023, sous la pression de la junte militaire malienne, en est l’exemple le plus flagrant. D’autres missions en RDC et en Somalie ont également rencontré des difficultés en raison d’un soutien inégal des pays hôtes.

Le rapport tente d’y remédier en proposant des accords formels entre le Conseil de sécurité de l’ONU, le Secrétariat et les États hôtes, qui clarifient les responsabilités mutuelles et définissent l’objectif de la mission. Comme certains l’ont déjà souligné, l’efficacité de cette approche est discutable, car elle donne la priorité aux intérêts des États hôtes dans les opérations des missions.

Le rapport ne parvient pas non plus à résoudre le dilemme sur la question de savoir à qui incombent le rétablissement de la paix et la lutte contre le terrorisme, réaffirmant que ces missions « dépassent le champ d’action » des forces de maintien de la paix et des opérations de paix de l’ONU. Il s’agit là d’une occasion manquée, pourtant cruciale, qui aurait pu préciser les types de collaboration possibles entre les acteurs régionaux, tels que l’UA et les communautés économiques régionales, et des coalitions ad hoc telles que la Force multinationale mixte (FMM) dans le bassin du lac Tchad.

Le non-paiement des contributions obligatoires menace la mise en œuvre des recommandations

Il n’aborde pas non plus le débat sur la participation des pays voisins aux opérations de maintien de la paix. Certaines missions dirigées par des pays africains, comme la FMM, ont démontré que la proximité géographique pouvait constituer un atout pour une réponse rapide en cas de crise.

Malgré ses mérites, le programme de relance présenté dans le rapport est compromis par les obstacles considérables auxquels il fait face. Les analystes estiment que l’absence de mécanisme de mise en œuvre et de suivi accroît les risques. Le nouveau Secrétaire général formulera probablement de nouvelles propositions pour redynamiser les opérations de paix.

La fragmentation géopolitique constitue une menace bien plus grave pour ces opérations. Les États membres affirment leur engagement en faveur des opérations de paix de l’ONU en tant que instrument collective visant à relever les défis de sécurité internationale. Et pourtant, les actions concrètes sur des dossiers spécifiques, tels que le Sahel, le Soudan et l’est de la RDC, restent limitées, notamment en raison des divisions au sein du Conseil de sécurité.

La crise du financement, qui a entraîné le rapatriement de milliers de casques bleus, notamment au sein des missions de l’ONU en Afrique depuis fin 2025, illustre clairement ce manque de cohérence dans l’engagement. Les coupes budgétaires (près d’un demi-milliard de dollars US pour le maintien de la paix et de 96,3 millions pour les missions politiques spéciales) sont incompatibles avec l’appel du rapport en faveur d’un alignement des mandats sur les ressources disponibles. Le non-règlement des contributions obligatoires par les États membres menace une quelconque mise en œuvre, même modeste.

Néanmoins, la plupart des missions de maintien de la paix de l’ONU se déroulant en Afrique, les décideurs régionaux et continentaux doivent se pencher sur les conclusions du rapport.

Ce rapport pourrait influencer les propositions de l’UA concernant la complémentarité entre les initiatives de paix africaines et les opérations de l’ONU. Il devrait, par exemple, éclairer les efforts entrepris pour l’examen stratégique de la Force africaine en attente, ainsi que pour initier des discussions sur le financement et les partenariats. L’UA devrait également analyser le rapport afin de se préparer à des échanges avec la nouvelle direction de l’ONU.

 

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