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Une opportunité géopolitique à saisir par la SADC

Le sommet de Durban a fixé un cap économique précis sans proposer de stratégie géopolitique ni d'approche de sécurité régionale.

Le sommet des dirigeants de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), qui s’est tenu cette semaine à Durban, a été marqué par la décision de Cyril Ramaphosa d’axer la présidence sud-africaine de l’organisation sur les infrastructures, ainsi que par la recommandation de privilégier les minéraux critiques pour accélérer l’industrialisation et l’intégration régionale.

Toutefois, les dirigeants de la région ont-ils pleinement conscience de l’importance qu’ils doivent y accorder ?

Le communiqué de Durban prend acte des mutations géopolitiques et économiques mondiales et appelle les États membres à saisir ces opportunités. Il salue la réunion des ministres des Affaires étrangères de la SADC organisée par l’Afrique du Sud, qui a débouché sur une feuille de route stratégique pour la région.

Néanmoins, le texte ne précise pas la nature des changements et des opportunités et n’explique nullement comment les dirigeants les mobiliseront au profit de l’industrialisation et de l’intégration régionale.

Les réponses résident en majeure partie dans l’engagement des grandes puissances dans la région. Washington lie ses investissements infrastructurels en Zambie aux chaines d’approvisionnement en minéraux critiques et au corridor de Lobito, tout en rivalisant avec la Chine pour le contrôle des ressources stratégiques en République démocratique du Congo (RDC).

L’Union européenne a renforcé son partenariat avec l’Afrique du Sud sur les minéraux critiques. Avant le sommet, l’Inde a relancé les négociations commerciales préférentielles avec l’Union douanière d’Afrique australe, notamment pour l’accès aux ressources minérales. En parallèle, des investisseurs saoudiens et émiratis ont ciblé les actifs cuprifères zambiens.

La SADC adopte une approche consensuelle avec des compromis à minima

Ces rivalités offrent à la SADC une fenêtre d’opportunité. À Washington, Pékin et Bruxelles, le potentiel qu’offrent à la région le platine, le cuivre, le lithium, le graphite et les terres rares est davantage considéré sous l’angle de la sécurité nationale et de la politique industrielle. Essentiels aux industries d’avenir, ces minéraux font l’objet d’une compétition stratégique entre les grandes puissances.

Les dirigeants de la SADC devraient définir les conditions d’octroi d’un accès élargi. Un cadre régional pourrait orienter la transformation locale, le transfert de technologies et le développement des compétences afin de ne pas fragiliser l’influence collective des États.

La région gagne également en valeur géographique, le conflit au Moyen-Orient ayant détourné le trafic maritime vers le cap de Bonne-Espérance, au bénéfice des centres d’avitaillement en carburant d’Afrique du Sud, de Namibie, de Maurice, entre autres.

Toutefois, le sommet s’est tu sur l’impact de ces évolutions sur l’Afrique australe et sur la réponse régionale à apporter. Il faut prioriser la modernisation des ports, les services douaniers, la réparation navale et l’avitaillement en carburant, et renforcer les connaissances du domaine maritime et la coopération sécuritaire sur la côte orientale.

Le programme de développement des corridors de la SADC devrait d’être clarifié. Dans son discours précédant le sommet, Ramaphosa a évoqué des corridors clés que le communiqué final passe sous silence, tout comme les projets pour accélérer leur développement et la répartition de leurs retombées entre les pays de la SADC.

C'est ici que la culture institutionnelle de l’organisation montre ses limites. Celle-ci opte pour la prudence et privilégie un consensus qui aboutit trop souvent à des compromis a minima. Sans appel à l’action collective ni choix décisifs imposés à la région, le texte du communiqué ne devrait soulever aucune opposition. D’autant qu’aucun pays n’y est pointé du doigt pour son manque d’implication.

Le sommet n’a présenté aucune évaluation de l’échec de la mission de la SADC en RDC

La principale lacune du sommet concernait la paix et la sécurité. Si le communiqué exprime la solidarité des États membres envers la RDC, salue l’évolution au Mozambique et renvoie Madagascar aux mécanismes de médiation régionaux, il dit peu de choses sur les leçons tirées par la SADC face à ces crises.

L’absence d’un bilan public de l’échec de la mission de la SADC en RDC est préoccupante, alors même qu’elle a souffert de lacunes logistiques, matérielles, financières et politiques. La mission de la SADC au Mozambique, bien qu’elle ait permis de stabiliser certaines zones de Cabo Delgado, a révélé des manquements dans le renseignement, l’appui aérien, la logistique et la coordination. Ces failles auraient dû amener la SADC à repenser la conception de ses mandats, la constitution de ses forces, le financement de ses déploiements, ses stratégies politiques et ses conditions de sortie.

Ceci est d’autant plus urgent que l’intérêt international pour les opérations de paix d’envergure s’amenuise, comme en témoignent les difficultés financières des opérations de l’ONU et le retrait annoncé de plus de 700 membres du personnel sud-africain de la mission onusienne en RDC d’ici la fin de l’année.

Pour l’instant, les acteurs extérieurs comblent le vide. Washington est désormais essentiel à la diplomatie de la paix et des ressources minérales en RDC. Au Mozambique, le Rwanda est le principal acteur militaire à Cabo Delgado, l’Europe contribuant à soutenir l’effort sécuritaire global.

Cette situation devrait inquiéter les dirigeants de la SADC, qui semblent en marge de ces conflits, tandis que des acteurs extérieurs en dictent la trajectoire. Plus révélateur encore, le sommet n’a pas évoqué la coopération entre la SADC et l’architecture de paix et de sécurité de l’UA, ni son importance pour des réponses à l’insécurité menées sous l’égide de l’Afrique.

Le communiqué a en revanche salué le Comité des sages de la SADC et le Groupe de référence pour la médiation, des mécanismes critiqués pour avoir privilégié la stabilité du pouvoir en place au détriment de la responsabilité politique. Leur réaction au coup d’État de 2025 à Madagascar a été plus mesurée que la décision de l’UA de suspendre le pays.

La SADC reste en marge des conflits régionaux

La gouvernance est l’autre sujet tabou. La passation pacifique du pouvoir au Botswana en 2024, les progrès observés aux Seychelles et au Lesotho, ainsi que l’ordre constitutionnel relativement solide de l’Afrique du Sud contrastent avec le recul démocratique en RDC, en Tanzanie, en Eswatini, au Mozambique, au Zimbabwe et à Madagascar.

Cette fracture naissante fragilise l’intégration régionale à l’heure où les réseaux d’électricité et de transports, les corridors industriels et les chaînes de valeur accentuent l’interdépendance matérielle. Dans ce contexte, l’efficacité des institutions d’un État voisin (justice, douanes, marchés publics ou sécurité) est de plus en plus déterminante pour ses pairs.

La SADC ne peut pas poursuivre son intégration sans aborder les questions de gouvernance régionale, notamment une culture politique plus transparente, plus responsable et citoyenne.

L’Afrique australe a rarement disposé d’autant d’atouts géopolitiques. La présidence sud-africaine de la SADC permet de concilier ces éléments au sein d’une stratégie régionale mieux pensée.

Reste à voir si l’Afrique du Sud et la SADC seront en mesure d’agir rapidement. Sans une approche collective forte, les circuits d’approvisionnement miniers, le financement des infrastructures et les accords commerciaux extérieurs resteront cantonnés à des conditions bilatérales fragmentées, alors que les pressions extérieures pour un accès régional s’intensifient.

La SADC doit assumer ses échecs en matière de paix et de sécurité et rompre avec la culture du consensus, qui paralyse l’élaboration d’une véritable stratégie régionale.

 

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