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Quel bilan pour l’Angola à la présidence de l’UA ?

Malgré des avancées notables, la présidence angolaise de l’Union africaine a été marquée par des difficultés persistantes.

L’Angola a pris la présidence du Bureau de la Conférence de l’Union africaine (UA) le 15 février 2025, lors du 38e sommet ordinaire qui s’est tenu à Addis-Abeba, en Éthiopie. Succédant à la Mauritanie, le pays a assuré la présidence tournante sur une base régionale, conformément à l’article 6, paragraphe 4, de l’Acte constitutif de l’UA. Il s’agissait d’une transition d’une présidence du Nord vers une présidence du Sud.

Contrairement à son prédécesseur, élu sans réelle préparation en raison des tensions entre le Maroc et l’Algérie qui convoitaient cette présidence, l’Angola a disposé d’une année entière pour peaufiner les priorités de son mandat.

Luanda faisait partie du bureau sortant, conformément à la troïka institutionnelle de l’UA, qui comprend le président en exercice, son prédécesseur et son successeur. La troïka ne connaissant pas les difficultés rencontrées en 2023 lors du mandat des Comores, les apprentissages de l’Angola au sein du bureau ont permis au pays de mieux se préparer.

Ce degré de préparation transparaissait clairement dans le discours de prise de fonction du pays, exposant les priorités relatives aux principaux enjeux de l’Afrique, notamment la paix, la gouvernance et la sécurité, les infrastructures, l’éducation et le développement du capital humain. Compte tenu du rôle central joué par l’Angola dans la paix et la stabilisation en Afrique, le pays disposait des atouts nécessaires pour faire de son mandat un succès. Comme en témoignent sa gestion de la crise en République démocratique du Congo (RDC), son positionnement régional au sein de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), sa participation au CPS et son développement économique.

Les attentes étaient grandes concernant ce mandat. La passation de pouvoir entre l’Angola et le Burundi à la tête de la Conférence de l’UA, lors du 39e sommet ordinaire de l’UA en février 2026, a été l’occasion d’en dresser le bilan. Celui-ci s’est centré sur les réalisations et les défis afin d’offrir des enseignements au Burundi et aux pays qui lui succéderont.

Un rappel des priorités de l’Angola

Le discours prononcé par le chef d’État angolais João Manuel Gonçalves Lourenço, en sa qualité de président de l’UA, lors du 38e sommet de l’Union africaine, a permis d’identifier six priorités (voir le tableau ci-dessous). Selon le Rapport sur le CPS, il a ainsi mis l’accent sur la paix et la sécurité, qu’il considère comme indispensables au développement de l’Afrique, dans le droit fil du programme « Faire taire les armes » de l’Agenda 2063. Le développement des infrastructures constituait un autre axe prioritaire et, selon certains membres du personnel de l’UA, une condition préalable au succès de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).

Les priorités de l’Angola telles que définies en février 2025
Les priorités de l’Angola telles que définies en février 2025
Source : Discours du président Lourenço lors du 38e sommet ordinaire de l’UA

 

Cependant, l’Angola n’a pas dérogé à la ligne suivie par ses prédécesseurs, les Comores et le Sénégal, en conservant un nombre important et une grande variété de priorités. Si ce choix s’inscrit dans la continuité des efforts visant à relever les défis continentaux, il va à contre-courant des appels lancés par la Conférence de l’UA en faveur d’un recentrage des priorités. La mise en œuvre de ces nombreux objectifs constitue un véritable défi pour les présidences de l’UA.

Célébrer les réussites

L’influence de l’Angola s’est surtout fait sentir dans la promotion du développement des infrastructures. L’une de ses réalisations majeures a été l’organisation du sommet de Luanda sur le financement des infrastructures. Cet événement, qui s’est tenu du 28 au 31 octobre 2025, visait à définir des orientations stratégiques pour permettre aux infrastructures de libérer le potentiel industriel de l’Afrique dans le cadre de la ZLECAf. Il avait pour thème « Capital, corridors, commerce : investir dans les infrastructures pour la ZLECAf et la prospérité partagée ».

Il a réuni des décideurs du continent et des partenaires issus du secteur privé, des agences de développement et des institutions financières internationales, notamment la Banque africaine de développement et Afreximbank. Il a donné une impulsion aux initiatives d’infrastructure menées par l’Afrique et a convaincu les institutions financières de soutenir les projets en cours et à venir de l’Agenda 2063. Selon un décideur politique, la forte mobilisation du secteur privé au sommet de Luanda a marqué les débats sur la vision du développement des infrastructures africaines.

L’Angola a également intensifié sa diplomatie de conférence pour promouvoir l’action africaine dans les forums mondiaux. La réforme du Conseil de sécurité des Nations unies et la participation significative de l’Afrique au G20 par l’intermédiaire de l’UA figuraient en bonne place à l’ordre du jour. Bien que l’Angola n’ait pas été la première présidence à donner la priorité à cette question, le pays a contribué à maintenir un élan politique en sa faveur.

Les priorités de l’Angola incluaient la paix, la gouvernance et la sécurité, les infrastructures et l’éducation

De plus, l’Angola a accueilli le 24 novembre 2025 le septième sommet UA-Union européenne, qui a réaffirmé avec force son soutien au multilatéralisme, à un partenariat renforcé et à un engagement commun en faveur d’un ordre international fondé sur des règles et centré sur les Nations unies. La rencontre a donné lieu à la publication d’un communiqué de presse conjoint, ce qui est d’autant plus louable au regard des divergences sur les conclusions ayant marqué les précédentes réunions entre les deux partenaires.

Cela a démontré la capacité de l’Angola non seulement à susciter un consensus parmi les États de l’UA, mais aussi à apaiser ses partenaires, en particulier à un moment où la fragmentation semble être devenue la norme dans l’ordre multilatéral mondial.

Parmi les autres initiatives notables, citons les délibérations du Conseil exécutif sur l’évaluation des compétences et l’audit de performance de la Commission de l’UA lors de la réunion de coordination semestrielle de l’UA et des communautés économiques régionales/mécanismes régionaux en juillet 2025. L’adoption de nouvelles méthodes de travail par la Conférence de l’UA a également été saluée.

Cette adoption a permis de concrétiser les résultats d’un processus de huit années conduisant au maintien en poste de 617 membres du personnel jugés aptes à demeurer au sein de la Commission de l’UA et au départ de 187 autres jugés inaptes.

De nombreux observateurs et membres du personnel de l’UA estiment que cette décision pourrait renforcer la capacité d’exécution de la Commission. Beaucoup ont salué le leadership de l’Angola dans la promotion du processus d’audit des compétences, pilier essentiel de la réforme en cours de l’UA, en étroite collaboration avec le champion de la réforme de l’UA, le président kenyan William Ruto.

L’influence de l’Angola s’est surtout fait sentir dans la promotion du développement des infrastructures

Les nouvelles méthodes de travail ― adoptées lors du 39e sommet ― ont également permis de rationaliser les ordres du jour des réunions et de réduire la durée de ces dernières. Selon la plupart des décideurs consultés, il s’agit là d’un apport stratégique de l’Angola à l’UA, car sa mise en œuvre complète pourrait garantir un meilleur ciblage des questions clés, une utilisation optimale des ressources et une réduction des doublons dans les décisions.

Des manquements malgré tout

Malgré ces réalisations de la présidence sortante, trois défis majeurs ont été soulevés par les parties prenantes, notamment les décideurs politiques des États membres et les experts de la Commission de l’UA. Le premier concerne la hiérarchisation de six grandes thématiques. Traiter des questions de paix et de sécurité s’est avéré en soi une tâche colossale, compte tenu de la persistance de crises majeures, notamment en Angola, en RDC, dans le centre du Sahel et dans les pays ayant connu des changements de gouvernement anticonstitutionnels.

Même si le président — en sa qualité de membre du CPS jusqu’au 31 mars 2026 — et le bureau de la Conférence de l’UA ont intensifié leurs efforts pour remédier à ces situations, leur impact est largement perçu comme limité. Les efforts de l’Angola ont été sapés par des parties antagonistes qui n’étaient pas attachées aux processus menés par l’Afrique. Un expert a confié à l’Institut d’études de sécurité que le président de la RDC, Félix Tshisekedi, n’avait pas informé Lourenço de sa visite à Luanda avant les pourparlers de Doha. Le Rwanda s’est, à un moment donné, montré peu disposé à répondre aux nombreux appels en faveur de pourparlers directs avec la RDC. De tels dérapages n’ont pas facilité la médiation de l’Angola.

Traiter de ces questions de paix et de sécurité s’est avéré difficile pour la quasi-totalité des prédécesseurs de l’Angola au cours des cinq dernières années, en raison du caractère persistant des situations de crise étudiées. Des problèmes similaires ont été observés concernant le capital humain et la résilience, ainsi que l’autonomie financière de l’UA, qui n’ont pas dépassé le stade de la diplomatie de conférence et de la rhétorique. Lorsqu’interrogés, de nombreux experts et membres du personnel de l’UA ont noté que la présidence était débordée face à la multitude de priorités.

Malgré la pléthore de priorités, un mandat d’une seule année exige une concentration des efforts

Luanda a donc eu tendance à se concentrer sur les domaines de l’Agenda 2063 qui étaient plus en phase avec ses intérêts nationaux, notamment la ZLECAf et les infrastructures, avec au premier plan le corridor de Lobito.

À cela se sont ajoutés les problèmes financiers chroniques de l’UA dont les programmes sont financés à 85 % par des partenaires extérieurs. Malgré sa volonté affichée de favoriser l’autonomie financière de l’UA, l’Angola n’a pas pu inverser la tendance, compte tenu de la faible mobilisation des États membres.

De plus, certains éléments essentiels, tels que les opérations de soutien à la paix, y compris la Mission de soutien et de stabilisation de l’UA en Somalie, restent sous-financés.

La troisième limite tenait à l’absence d’indicateurs de réussite clairs et d’un plan de travail accessible au public. L’Angola a souffert d’une lacune endémique à laquelle se heurtent la plupart des présidents de l’UA : l’absence de lignes directrices de la présidence de la Conférence de l’UA définissant des indicateurs de performance clés et des critères de priorisation.

Les enseignements tirés du mandat de l’Angola

Même si nombreuses sont les priorités à retenir l’attention des dirigeants africains, un mandat d’une seule année exige une concentration des efforts. Le Bureau de la Conférence de l’UA devrait en faire une obligation. Afin de définir avec précision des priorités, une certaine collégialité reste de mise dans la prise de décision plutôt qu’une approche verticale où la présidence impose les orientations. Par ailleurs, il conviendrait d’envisager des lignes directrices claires pour établir des indicateurs institutionnels permettant d’évaluer les mandats. Un plan de travail précis, assorti d’indicateurs de performance adéquats, pourrait compléter ces lignes directrices afin de favoriser la responsabilisation et l’apprentissage.

En fin de compte, il s’agit de traiter des questions très complexes dans un laps de temps très court. Par conséquent, une approche graduelle serait plus appropriée que les critères informels actuellement utilisés pour évaluer les présidences, qui se résument à cocher une case : réussite ou échec.

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