Junior D. Kannah/AFP via Getty Images

Le mandat de la MONUSCO entrave la protection des civils dans l'est de la RDC

Les contraintes opérationnelles et les tensions régionales limitent la capacité de la mission à répondre à l'escalade de la violence.

Le Conseil de sécurité des Nations unies a renouvelé le mandat de sa mission en République démocratique du Congo (RDC) jusqu'au 20 décembre 2026, alors que les affrontements se poursuivent dans l'est du pays.

Depuis l'escalade de la violence il y a un an, plus de 7 000 personnes ont été tuées dans les trois provinces orientales du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l'Ituri. La région est également le théâtre de violences sexuelles systématiques et de grande ampleur, de recrutements forcés d'enfants et d’entraves à l'acheminement d’une aide humanitaire indispensable.

À l'échelle mondiale, les missions de maintien de la paix de l'ONU font face à des tensions géopolitiques et à un soutien politique fragile, créant un écart entre leurs capacités et ce qu’on attend d’elles. La Mission de l'Organisation des Nations unies pour la stabilisation en RDC (MONUSCO) n’y échappe pas, d’autant plus qu’elle opère dans l’environnement particulièrement instable de la région des Grands Lacs.

Les contraintes opérationnelles et les complexités politiques entravent considérablement la mise en œuvre du mandat de la MONUSCO qui est de protéger les civils et de stabiliser la région. Les affrontements entre l'armée régulière et les groupes armés se poursuivent, tandis que les tensions régionales s’aggravent malgré plusieurs initiatives diplomatiques.

La mission est de plus en plus déconnectée des réalités du terrain. Elle devrait être réévaluée et ajustée afin de mieux correspondre à la dynamique et au climat politique et sécuritaire de la RDC et de la région des Grands Lacs.

Les capacités des missions de maintien de la paix de l'ONU ne répondent plus aux attentes

Le plan de désengagement signé en 2023 entre le gouvernement congolais et la MONUSCO, qui prévoyait un retrait progressif de la mission avant décembre 2025, a été suspendu à la suite de la détérioration de la situation sécuritaire depuis 2021. L'escalade de la violence entre le Mouvement du 23 mars (M23) et les forces gouvernementales en janvier 2025 a profondément changé la donne.

Depuis plusieurs décennies, l'est de la RDC demeure un foyer de crises alimentées par la faiblesse de l'État, la corruption et l'absence de contrôle territorial. Les troubles sont exacerbés par l'implication d'acteurs régionaux – notamment les pays voisins que sont le Rwanda, l'Ouganda et le Burundi – dans un contexte déjà fortement militarisé.

Le Conseil de sécurité des Nations unies a pointé du doigt le soutien du Rwanda et, dans une certaine mesure, de l'Ouganda au M23, ainsi que celui de la RDC aux rebelles des Forces démocratiques pour la libération du Rwanda. Ces dynamiques ont contribué à une crise sécuritaire régionale persistante, qui entrave tous les efforts de résolution pacifique et affaiblit la capacité de la MONUSCO à protéger les civils.

Sur le plan interne, la mission souffre d’un manque d'engagement des contingents et de ressources. Les communautés et les responsables politiques lui reprochent également son incapacité à contrer le M23 et les Forces démocratiques alliées de l’Ouganda.

Ce sentiment anti-MONUSCO est devenu un levier politique en RDC, la mission étant souvent tenue pour responsable des défaillances du gouvernement et de l'armée, pourtant premiers garants de la sécurité et de la protection des civils.

La MONUSCO ne s'adapte pas suffisamment au contexte de la RDC

Les forces régionales déployées par l'Afrique de l’Est et australe ont dû se retirer en raison de divisions politiques, de ressources limitées et de mandats impossibles à accomplir, reflétant des dysfonctionnements structurels similaires à ceux de la MONUSCO.

Les avancées du M23 mettent en lumière les contraintes d'un mandat trop rigide et géographiquement restreint. La MONUSCO reproduit les objectifs généraux du maintien de la paix sans s'adapter suffisamment au contexte de la RDC. Cette situation, associée à la liste croissante de ses tâches, exerce une pression sur les ressources et entraîne une crise de confiance.

Les opérations de la mission demeurent limitées au territoire congolais, alors que les groupes armés agissent de part et d’autre des frontières. La mauvaise coordination, la fragmentation des interventions, la concurrence entre les acteurs internationaux et l’insuffisance du partage de renseignements créent des failles opérationnelles dont les groupes armés tirent parti.

Ces limites se traduisent par des réponses réactives, privilégiant les postures défensives plutôt qu'offensives, ce qui restreint la capacité de la MONUSCO à protéger les civils, malgré les violations flagrantes sur le terrain.

Le mandat de la mission doit être assoupli afin de renforcer la coopération régionale, d’accroître le soutien aux forces locales et de définir des critères de retrait clairs. Le Conseil de sécurité devrait mettre en place un plan solide et flexible intégrant un meilleur partage des renseignements et des règles d'engagement adaptatives et, en coordination avec les acteurs régionaux, un mécanisme d'alerte précoce civilo-militaire.

La MONUSCO doit s'ancrer dans une stratégie régionale axée sur la diplomatie et la médiation

Pour neutraliser les agressions des factions armées, la Brigade d'intervention de la mission a besoin d'un mandat précis et de ressources adéquates, afin d'éviter de surcharger l’ensemble de la mission. L'engagement militaire devrait cibler les groupes identifiés sur la base d’un consensus régional.

La MONUSCO et le gouvernement congolais doivent redéfinir une stratégie de retrait et de transition fondée sur des critères d'évaluation et le niveau de préparation locale, plutôt que sur des échéanciers prédéterminés. Cela suppose d’accélérer la formation et l'équipement de l'armée et de la police congolaises, tout en mettant l'accent sur le respect des droits humains. Un mécanisme de contrôle sera nécessaire pour prévenir toute complicité de l'armée congolaise dans les violations de ces droits.

Pour les acteurs régionaux, la MONUSCO doit s'inscrire dans une stratégie politique régionale revitalisée privilégiant la diplomatie, la médiation et des sanctions coordonnées, au lieu d’un simple déploiement de troupes. A défaut, ses efforts seront paralysés dans à un environnement politique et sécuritaire en constante évolution.

Pour aller plus loin sur ce sujet, consultez notre nouvelle note d’analyse: Recalibrer la MONUSCO : limites du mandat et réalités politiques dans l'est de la RDC.

Les droits exclusifs de re-publication des articles ISS Today ont été accordés au Daily Maverick en Afrique du Sud et au Premium Times au Nigéria. Les médias basés en dehors de l'Afrique du Sud et du Nigéria qui souhaitent republier des articles ou faire une demande concernant notre politique de publication sont invités à nous écrire.

Partenaires de développement
L’ISS tient à remercier les membres du Forum de partenariat de l’Institut, notamment la Fondation Hanns Seidel, l’Open Society Foundations, l’Union européenne, ainsi que les gouvernements du Danemark, de l’Irlande, de la Norvège, des Pays-Bas et de la Suède.
Contenu lié