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Répondre à l’escalade régionale dans la région des Grands Lacs

L’avancée du M23 met en évidence les limites des efforts de paix actuellement déployés en République démocratique du Congo.

Le 4 décembre, les présidents du Rwanda et de la République démocratique du Congo (RDC) ont signé à Washington des accords pour la paix et la prospérité, lors d’une cérémonie organisée par le président américain Donald Trump.

Ces accords réaffirment les engagements pris dans le cadre de l’accord de paix de juin 2025 et y ajoutent un cadre d’intégration économique régionale. Plusieurs chefs d’État de la région ont assisté à la cérémonie, notamment le président burundais Évariste Ndayishimiye.

Mais pendant que les dirigeants faisaient la paix à Washington, la situation se détériorait sur le terrain. La rébellion du M23, soutenue par le Rwanda, a lancé une nouvelle offensive dans le Sud-Kivu, avançant depuis la région frontalière avec le Burundi, avant de s’emparer d’Uvira le 10 décembre 2025. Cette offensive dévastatrice a fait au moins 400 morts et déplacé plus de 200 000 personnes.

Cette escalade a ravivé les tensions régionales. Alors que le président de la RDC, Félix Tshisekedi, accuse le Rwanda de violer ses engagements, le Burundi quant à lui dénonce « l’attitude belliqueuse » de Kigali, qui affirme à son tour que la RDC et le Burundi – dont les troupes sont déployées dans l’est de la RDC – ont eux-mêmes enfreint les accords de cessez-le-feu.

Pourquoi les processus de paix n’ont-ils pas réussi à éviter cette nouvelle escalade ?

Premier élément de réponse : les accords de Washington n’incluent pas le M23, qui négocie en parallèle avec le gouvernement congolais à Doha. Or, si ce processus a bien abouti à un accord-cadre en novembre, peu de progrès ont été réalisés vers la mise en place d’un cessez-le-feu ou de dispositifs politiques et sécuritaires solides.

D’autant plus que le Rwanda continue de soutenir le M23, tandis que Kinshasa reste réticent à faire des concessions au groupe armé. Les initiatives régionales, telles que les processus fusionnés de Luanda et de Nairobi menés par la Communauté de l’Afrique de l’Est et la Communauté de développement de l’Afrique australe, sont éclipsées par Doha et Washington et manquent d’un cadre politique permettant de sortir de l’impasse.

Alors que les dirigeants signaient la paix à Washington, le M23 lançait une nouvelle offensive dans le Sud-Kivu

Deuxièmement, la pression internationale sur les principales parties au conflit demeure insuffisante. Les instruments coercitifs tels que les sanctions sont quasi inexistants, les États-Unis et le Qatar privilégiant leur rôle de médiateurs pour sécuriser leurs investissements et leur accès aux matières premières via la RDC et le Rwanda.

La poursuite du conflit ne coûte pas très cher. Le Rwanda tire parti de l’affaiblissement des normes internationales contre les agressions, tandis que le recul de la démocratie et l’instabilité politique en RDC ne suscitent que des réactions internationales modérées.

Troisièmement, les processus de paix négligent les facteurs locaux et régionaux interdépendants qui façonnent le conflit. La rébellion du M23 s’inscrit dans une mobilisation armée plus large, enracinée dans des conflits non résolus liés à la terre, au pouvoir local et à la présence de groupes rebelles étrangers. Les acteurs locaux, y compris les milices, dénoncent leur exclusion des pourparlers de paix.

Les solutions miracles, comme la neutralisation des Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR), élément central de l’accord de Washington, ont peu de chances de réussir si la dynamique plus large de mobilisation, renforcée par la présence continue de forces étrangères n’est pas prise en compte.

À l’échelle régionale, l’Ouganda et le Burundi voisins ont également pesé sur la crise du M23. Leurs déploiements bilatéraux dans l’est de la RDC – dans le Nord-Kivu et l’Ituri pour le premier, dans le Sud-Kivu pour le second – interviennent dans un contexte régional marqué par l’influence croissante du Rwanda et du M23, et par le recul et la fragmentation de l’État congolais.

Ces opérations servent à des intérêts divers, parfois concurrents ou contradictoires avec ceux du Rwanda. Les relations de Kigali avec ses voisins sont complexes : ambigües avec Kampala, elles sont ouvertement tendues avec Bujumbura.

Les efforts de normalisation des relations entre le Burundi et le Rwanda engagées après la crise politique burundaise de 2015 ont échoué. Elles ont été notamment compromises par le déploiement de soldats burundais dans l’est de la RDC contre le M23, ainsi que par des accusations réciproques à des groupes rebelles :Bujumbura dénonce l’appui rwandais aux rebelles burundais, tandis que le Rwanda et le M23 accusent le Burundi de soutenir les FDLR.

Les solutions « miracles » ont peu de chances si l’on ne s’attaque pas à la dynamique de mobilisation plus large

Cette dégradation des relations s’est traduite par la fermeture par le Burundi de sa frontière avec le Rwanda en 2024, dans un contexte aggravé par la détérioration de la situation dans le Sud-Kivu.

L’entrée du M23 dans le Sud-Kivu l’année dernière, marquée par la prise de Bukavu et l’alliance avec le groupe armé banyamulenge Twirwaneho, a aggravé les failles sécuritaires laissées par le retrait de la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en RDC (MONUSCO).

Les combats entre soldats burundais, M23 et groupes armés locaux ont restreint l’accès humanitaire, affectant les Banyamulenge et d’autres communautés. Cette escalade locale, combinée au soutien burundais aux opérations militaires congolaises a contribué à l’offensive du M23 et accru la pression en faveur d’un retrait des troupes burundaises.

Les répercussions pour le Burundi ont été désastreuses, plus de 60 000 réfugiés congolais y ont trouvé refuge, alors que des dizaines de milliers de réfugiés burundais sont menacés de retour forcé depuis la Tanzanie.

Par ailleurs, la crise économique prolongée et la forte dépendance du Burundi vis-à-vis du marché congolais accentuent sa vulnérabilité, alors que les frontières avec le Rwanda et la RDC sont fermées et que les tensions politiques en Tanzanie aggravent l’instabilité régionale.

Avec le déplacement des lignes de conflit vers le sud, la fermeture de la frontière entre la RDC et le Burundi limite davantage l’accès humanitaire. Il est urgent d’intensifier l’aide et d’exercer des pressions pour garantir l’accès.

Les pistes d’atterrissage de Bukavu et de Goma étant fermées, le maintien opérationnel de l’aéroport de Bujumbura, situé à quelques kilomètres seulement de la frontière, est crucial. Il convient également d’empêcher toute tentative de perturbation des opérations aériennes humanitaires, y compris le brouillage des signaux GPS par le Rwanda.

Il est urgent d’obtenir le retrait des forces rwandaises et de mettre fin au soutien extérieur aux groupes armés

Il est urgent d’obtenir le retrait des forces rwandaises et de mettre fin au soutien extérieur aux groupes armés. Sans quoi, les principaux facteurs locaux et nationaux du conflit ne pourront être traités efficacement. Cela nécessite de passer de processus de paix parallèles – tels que ceux de Luanda-Nairobi et de Washington-Doha – à une approche séquentielle, où le désengagement rwandais conditionne les actions contre les FDLR et le dialogue de paix.

Parallèlement, il convient de s’attaquer à la régionalisation plus large du conflit, car la progression du M23 vers des provinces telles que le Maniema, le Tanganyika et le Haut-Katanga risque d’intensifier l’implication régionale et de renforcer la présence des forces étrangères.

Un tel processus doit mobiliser des organismes régionaux, à l’instar de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs, et s’appuyer sur la résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations Unies, qui appelle au retrait du M23 et des troupes rwandaises et au rétablissement de l’autorité de l’État congolais dans les zones contrôlées par le M23. Cela favoriserait un processus régional inclusif capable de gérer les retombées du conflit, et d’aborder les facteurs régionaux qui continuent d’alimenter la mobilisation armée en RDC.

L’expérience de la deuxième guerre du Congo (1998-2003) montre que le désengagement régional à travers les accords de Pretoria et de Luanda de 2002 a ouvert la voie à un processus de paix mené par les Congolais.

Ces mesures restent essentielles pour qu’un véritable processus de paix national, incluant le M23 et d’autres acteurs, puisse s’enraciner et s’attaquer aux conditions structurelles qui perpétuent le conflit en RDC.

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