Renforcer la sûreté et la sécurité des forces de maintien de la paix de l’UA
Les membres des forces de maintien de la paix blessés ou tués lors de missions de l’Union africaine (UA) méritent plus de reconnaissance.
La Journée internationale des Casques bleus des Nations unies (ONU), célébrée le 29 mai, salue l’engagement exceptionnel de ces soldats de la paix et honore la mémoire des héros tombés au combat. Cette année, l’UA s’est associée à l’ONU et à d’autres organisations, pour commémorer cette journée en rendant hommage aux soldats de la paix africains qui risquent leur vie lors des opérations de soutien à la paix (OSP) menées par l’UA. Mais au-delà de cette commémoration comment l’UA témoigne-t-elle généralement de sa reconnaissance envers ses soldats exposés à des risques considérables ? Quelles mesures permettraient de réduire le nombre de victimes et de renforcer la sûreté et la sécurité du personnel des opérations de soutien à la paix ?
Le maintien de la paix, une activité qui peut coûter des vies
Le maintien de la paix est une activité à haut risque. Depuis 1948, l’ONU a déployé plus de deux millions de soldats, de policiers et de civils dans le cadre de 71 opérations, dont environ la moitié en Afrique. Depuis la première mission, près de 4 500 de ces soldats de la paix ont perdu la vie et de nombreux autres ont été blessés. À l’heure actuelle, plus de 50 000 membres des forces de maintien de la paix sont déployés pour 11 opérations de l’ONU à travers le monde, dont cinq en Afrique.
Le rôle de l’UA dans le maintien de la paix s’est accru au cours des deux dernières décennies. L’évolution des conflits en Afrique a conduit l’UA, ainsi que ses communautés économiques et ses mécanismes régionaux, à jouer un rôle plus important dans la prévention, la gestion et la résolution des conflits sur le continent. L’UA a ainsi déployé des centaines de milliers de soldats, de policiers et de civils à travers 22 opérations de soutien à la paix, notamment au Burundi, au Soudan, aux Comores, en République centrafricaine, au Mali et en Somalie.
Les statistiques montrent que le nombre de victimes est plus élevé au sein de ces opérations que dans les missions de l’ONU, en particulier au Soudan et en Somalie. Certains rapports révèlent que 59 membres du personnel de l’UA ont été tués au Soudan entre 2004 et 2007 et environ 3 500 en Somalie depuis 2007.
Les missions de l’UA subissent davantage de pertes humaines que celles de l’ONU
Lors d’une réunion d’information à huis clos organisée par l’Institut d’études de sécurité, un responsable de l’UA a récemment estimé que le nombre de soldats de la paix de l’UA tués en Somalie avoisinait les 8 000. Si ce chiffre s’avère exact, il dépasserait le nombre de Casques bleus de l’ONU tués en mission au cours des 78 dernières années.
Des données incomplètes concernant les décès
Le coût humain des opérations de soutien à la paix de l’UA est élevé en raison de la nature instable et asymétrique des conflits actuels en Afrique, qui sont marqués par le terrorisme et les mouvements insurrectionnels organisés. Mais malgré ces risques considérables, l’UA, contrairement à l’ONU, n’a jamais rendu publiques les données relatives au nombre de soldats de la paix tués dans le cadre de ses opérations, ce qui soulève des préoccupations en matière de transparence et de responsabilisation.
Il n’a jamais été aussi urgent que l’UA rende hommage à l’engagement et au sacrifice de ses soldats de la paix. Alors que le nombre de déploiements de l’ONU a chuté — aucune nouvelle opération n’ayant été lancée depuis 2014 —, les opérations de paix sont plus que jamais nécessaires sur le sol africain pour renforcer la sécurité collective. Bien que le maintien de la paix relève principalement de la responsabilité de l’ONU, l’UA participe à cet effort à travers le déploiement de ses propres missions.
Selon les données du projet Armed Conflict Location and Event Data, l’Afrique compterait le plus grand nombre de conflits au monde. En 2025, le programme de données sur les conflits de l’Université d’Uppsala a recensé pas moins de 28 conflits armés actifs en Afrique, contre 14 il y a dix ans.
Malgré cela, l’UA ne dispose d’aucune politique ni d’aucune procédure pour rendre hommage à ses soldats de la paix. Le 25 mai 2019, un mur commémoratif portant les noms des personnes tuées dans l’exercice de leurs fonctions a été inauguré dans le bâtiment Julius Nyerere pour la paix et la sécurité, au siège de l’UA, à l’occasion de la Journée de l’Afrique. Bien qu’il s’agisse d’un symbole important et d’une forme de reconnaissance, les commémorations ont depuis été trop peu nombreuses. Cette situation, combinée à un manque de transparence et de responsabilisation et à un régime d’indemnisation insuffisant, sape le moral du personnel des opérations de soutien à la paix.
L’UA n’a jamais publié de chiffres liés aux décès de son personnel déployé en mission
Rendre hommage aux soldats de la paix
Le Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’UA devrait honorer régulièrement l’engagement de ses soldats et mettre en place des cadres politiques visant à renforcer leur sûreté et leur sécurité. À cet égard, trois domaines méritent une attention particulière. Premièrement, il convient de remédier au manque de données publiques concernant les pertes humaines subies lors des opérations de soutien à la paix. En 2015, le Rapport sur le CPS indiquait que les missions de l’UA n’étaient « pas autorisées à communiquer le nombre précis de morts et de blessés ». Cette tâche incombait plutôt aux pays fournisseurs de contingents. L’UA devrait réexaminer cette pratique, si elle est toujours en vigueur, cette absence de reconnaissance portant atteinte au moral des troupes.
Deuxièmement, les Casques bleus blessés pendant leur déploiement méritent une juste indemnisation, tout comme les familles des soldats tués. La résolution 64/269 (2010) de l’Assemblée générale des Nations unies stipule que l’indemnisation en cas de décès d’un Casque bleu en exercice s’élève à 70 000 dollars américains, quelle que soit sa catégorie. Des sources anonymes au sein de l’UA ont indiqué au Rapport sur le CPS que l’UA versait au maximum 50 000 dollars américains en cas de décès, de blessure ou de disparition d’un membre des forces de maintien de la paix.
Toutefois, selon Mohamed El-Amine Souef, ancien représentant spécial du président de la Commission de l’UA et chef de la Mission de transition de l’UA en Somalie (ATMIS), certaines familles n’ont jamais reçu d’indemnisation adéquate en raison de contraintes budgétaires.
Troisièmement, compte tenu du taux de mortalité élevé parmi le personnel déployé en OSP, il est impératif d’évaluer les systèmes de sûreté et de sécurité du personnel. Un environnement opérationnel hostile n’est peut-être pas la seule cause de leur extrême vulnérabilité : le manque de préparation avant le déploiement dans une zone de guerre active, dangereuse, cinétique et asymétrique est un autre facteur probable. Selon Souef, les troupes de l’UA n’étaient pas suffisamment préparées pour intervenir en Somalie, ce qui laisse supposer des lacunes au niveau du recrutement, de la formation et de l’équipement.
Après l’attaque menée par al-Shabaab contre les troupes ougandaises de l’ATMIS en 2023, qui a fait au moins 54 morts, l’Ouganda a ouvert une enquête sur la corruption au sein de l’armée. Le président Yoweri Museveni a affirmé, dans un discours prononcé le 1er juin 2023, que les soldats ougandais n’étaient pas suffisamment préparés au combat, un manque qu’il attribuait à la corruption.
Il est impératif d’évaluer les systèmes de sécurité du personnel
Ces propos mettent en évidence une autre lacune politique : il n’existe aucune trace publique d’un guide de l’UA destiné aux États membres concernant la sécurité du personnel des opérations de soutien à la paix. Leur protection n’a fait l’objet d’aucune attention particulière de la part du Conseil de paix et de sécurité (CPS). Bien que le Conseil ait débattu des performances, des renouvellements de mandat et du financement des OSP — et qu’il rende hommage à leur personnel —, aucune décision concernant les moyens à mettre en œuvre pour renforcer leur sécurité n’a été divulguée.
Un guide pour la protection des soldats de la paix
Il est impératif d’évaluer les systèmes de sécurité des OSP. La sécurité du personnel des missions de paix de l’ONU est une priorité pour l’organisation. Le message du 29 mai du secrétaire général de l’ONU, António Guterres, est clair : « L’ONU continue de renforcer les mesures de protection afin d’atténuer les menaces et de permettre [à ses soldats de la paix] de mener à bien leurs mandats en toute sécurité. » Le 23 juin 2026, le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté à l’unanimité la résolution 2823 visant à faciliter l’identification, les enquêtes et les poursuites à l’encontre de ceux qui s’en prennent à son personnel de maintien de la paix.
L’UA devrait suivre cet exemple, en donnant la priorité à la sûreté et à la sécurité et en révisant ou en élaborant de nouvelles politiques concernant la non-divulgation des pertes subies par les opérations de soutien à la paix, les mesures de sécurité en cours d’opérations et les indemnisations. L’organisation de réunions d’information du CPS consacrées à ces thématiques est nécessaire pour responsabiliser les dirigeants et les commandants des opérations de soutien à la paix en cas d’échecs entraînant des pertes humaines. Il est essentiel de mettre en place un système de soutien psychologique et de santé mentale pour faire face aux traumatismes.
En conclusion, rendre hommage au personnel des OSP de l’UA serait d’autant plus pertinent si l’organisation panafricaine reconnaissait régulièrement et publiquement leur contribution et leur sacrifice, indemnisait les familles et renforçait les systèmes de sûreté et de sécurité sur le terrain. Il convient d’investir dans la formation, le leadership, la logistique, les politiques et procédures, la rédaction de rapports, la responsabilisation et la supervision.