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Des soldats de la paix de l'UA en manque de reconnaissance

Largement invisibles, les soldats blessés ou tués dans les missions de l'UA, méritent reconnaissance, transparence et une juste indemnisation.

La Journée internationale des Casques bleus des Nations Unies (ONU), célébrée le 29 mai, rend hommage aux soldats de maintien de la paix pour leur service exceptionnel et honore la mémoire des héros tombés au combat. Cette année, l’Union africaine (UA), aux côtés de l’ONU et d’autres organisations, a saisi cette occasion pour rendre hommage aux soldats de la paix africains qui risquent leur vie dans le cadre des opérations de soutien à la paix (OSP) conduites par l’UA.

Comment l’UA honore-t-elle généralement ses soldats de la paix, compte tenu des risques importants auxquels ils sont confrontés ?

Pour l’ONU, la sécurité de ses soldats de la paix est une priorité absolue. Le message du secrétaire général de l’ONU, António Guterres, le 29 mai, était clair : « En cette Journée internationale, nous rendons hommage aux casques bleus d’hier et d’aujourd’hui, et réaffirmons notre responsabilité commune de respecter et de renforcer leur travail ».

Le maintien de la paix comporte des risques élevés pour les personnes qui y participent. Depuis 1948, l’ONU a déployé plus de deux millions de soldats, de policiers et de civils dans plus de 71 opérations, dont la moitié environ en Afrique. Au total, près de 4 500 casques bleus ont perdu la vie et de nombreux autres ont été blessés. Actuellement, plus de 50 000 casques bleus sont engagés dans 11 opérations de maintien de la paix de l’ONU, dont cinq en Afrique.

Le rôle de l’UA dans le maintien de la paix s’est accru au cours des deux dernières décennies. L’évolution du paysage des conflits en Afrique a entraîné une implication plus importante de l’UA et d’autres organismes sous-régionaux dans la prévention et la résolution des conflits. Des centaines de milliers de soldats, de policiers et de civils sont intervenus dans 22 OSP, notamment au Burundi, au Soudan, aux Comores, en République centrafricaine, au Mali et en Somalie.

Le nombre de victimes lors des OSP de l'UA est élevé par rapport aux missions de l'ONU

Les données révèlent que le nombre de victimes dans les OSP de l'UA est élevé par rapport aux missions de l'ONU, en particulier au Soudan et en Somalie. Certains rapports indiquent que 59 membres du personnel ont été tués au Soudan entre 2004 et 2007 et environ 3 500 en Somalie depuis 2007.

Un responsable de l’UA, lors d’une réunion d’information à huis clos organisée par l’Institut d’études de sécurité (ISS), a récemment estimé à 8 000 le nombre de morts en Somalie. Si ce chiffre est exact, il dépasse la totalité des morts enregistrés pour l’ensemble des opérations de l’ONU au cours des 78 dernières années.

L’importance des taux de mortalité dans les OSP de l’UA s’explique par la nature volatile et asymétrique des conflits actuels en Afrique, marqués par le terrorisme et les insurrections organisées. Cependant, malgré ces risques extrêmes, l’UA, contrairement à l’ONU, n’a jamais publié de données sur le nombre de soldats de la paix tués lors de ces opérations, ce qui soulève des inquiétudes quant à la transparence et à la responsabilité.

La nécessité pour l’UA d’honorer le service et les sacrifices des soldats de la paix n’a jamais été aussi grande. Alors que les déploiements de l’ONU ont chuté – aucune nouvelle opération n’ayant été lancée depuis 2014  ̶ , les opérations de paix et la sécurité collective en Afrique sont plus que jamais nécessaires.

Selon le projet Armed Conflict Location & Event Data (ACLED), l’Afrique compte le plus grand nombre de conflits au monde. En 2025, le Uppsala Conflict Data Program (UCDP) a recensé 28 conflits armés étatiques en Afrique, contre 14 il y a dix ans.

L’UA n’a jamais publié de données relatives aux décès survenus lors des OSP

Malgré cela, l’UA n’a mis en place aucune politique ni pratique visant à rendre hommage à ses soldats de la paix. Le 25 mai 2019, un mur commémoratif a été inauguré au siège de l'UA lors de la Journée de l'Afrique, afin d'honorer les soldats de la paix africains tombés au combat. Bien que l’inscription des noms constitue un symbole important et apporte une certaine reconnaissance, aucune commémoration n'a eu lieu depuis.

Afin de définir une approche plus appropriée pour l'UA, trois domaines méritent une attention particulière.

Premièrement, il faut remédier au manque de données publiques sur les pertes humaines dans le cadre des OSP. En 2015, le rapport de l’ISS sur le Conseil de paix et de sécurité (CPS) indiquait que les missions n’étaient « pas autorisées à divulguer le nombre précis de victimes ». Elles ont plutôt délégué cette responsabilité aux pays qui fournissaient des contingents au maintien de la paix. Il n’existe aucune politique officielle, mais si cette pratique est toujours en vigueur, l’UA devrait la réexaminer, cette absence de reconnaissance sapant le moral des soldats de la paix.

Deuxièmement, au-delà de la reconnaissance, les familles des soldats de la paix blessés ou tués dans l’exercice de leurs fonctions méritent de recevoir une indemnisation équitable. La résolution 64/269 de l’Assemblée générale des Nations unies de 2010 fixe le montant de l’indemnisation en cas de décès pour toutes les catégories de soldats de la paix en uniforme des Nations unies à 70 000 dollars US. Des sources anonymes de l’UA ont déclaré à ISS Today que l’organisation versait au maximum 50 000 dollars US en cas de décès, de blessure ou de disparition au combat des soldats de la paix.

Toutefois, selon Mohamed El-Amine Souef, ancien président de la Commission de l'UA, représentant spécial pour la Somalie et chef de la Mission de transition de l'UA en Somalie (ATMIS), certaines familles des soldats de la paix de l'UA tombés au combat n'ont pas reçu d'indemnisation adéquate en raison de contraintes budgétaires.

Il est impératif d’évaluer les systèmes de sûreté et de sécurité du personnel déployé dans les OSP

Troisièmement, compte tenu du taux de mortalité élevé au cours des OSP de l’UA, il est impératif d’évaluer les systèmes de sûreté et de sécurité du personnel. L'hostilité de l’environnement opérationnel n'est peut-être pas la seule cause de leur extrême vulnérabilité ; une préparation insuffisante à une zone de guerre active est probablement un autre facteur. C’est ce qu’a déclaré Souef concernant le contexte somalien, soulignant d'éventuelles lacunes dans le recrutement, la formation et l'équipement.

Après l'attaque par al-Shabaab contre les troupes ougandaises qui contribuaient à l'ATMIS en 2023, qui a coûté la vie à au moins 54 soldats, l'Ouganda a ouvert une enquête pour examiner les cas de corruption au sein de l'armée. Celle-ci a révélé que la mission de l’UA avait intégré des soldats qui n’étaient pas prêts au combat.

Cela met en évidence une autre lacune dans la politique de l’UA. Il n’existe aucun document public faisant état d’un guide de l’UA pour les États membres sur la manière d’assurer la sécurité des soldats de la paix. Leur protection n’a pas non plus fait l’objet d’une attention particulière de la part du CPS de l’UA. Bien que celui-ci ait examiné les performances, les renouvellements de mandat et le financement des OSP – et comment rendre hommage à leur personnel  ̶ , aucune décision n’a été annoncée sur la façon d’assurer leur sécurité.

L’UA devrait enquêter sur les causes du nombre élevé de victimes parmi les soldats de la paix, sur les pratiques de sûreté et de sécurité et sur les risques qu’elles font courir au personnel et aux missions.

Cela permettrait de disposer des éléments nécessaires pour réexaminer ou élaborer de nouvelles politiques de l’UA concernant la divulgation des pertes humaines lors des OSP, les mesures de sécurité pendant les opérations et l’indemnisation des soldats de la paix tombés au combat. Le CPS doit organiser des sessions spécifiques afin de recevoir des rapports réguliers et pouvoir identifier les dirigeants et les commandants des OSP responsables de défaillances qui ont entraîné des pertes humaines.

Ces mesures contribueraient à honorer les soldats de la paix de l’UA en reconnaissant publiquement leurs services et leur sacrifice, en offrant à leurs familles une indemnisation raisonnable et en renforçant les systèmes de protection pendant les opérations.

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Partenaires de développement
Cet article est publié dans le cadre du Programme de formation pour la paix (TfP), financé par le gouvernement norvégien. L’ISS tient à remercier les membres du Forum de partenariat de l’Institut, notamment la Fondation Hanns Seidel, l’Open Society Foundations, l’Union européenne, ainsi que les gouvernements du Danemark, de l’Irlande, de la Norvège, des Pays-Bas et de la Suède.
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