Union africaine

Le Cameroun à la tête du Conseil de paix et de sécurité

L'ambassadeur Churchill Ewumbue-Monono expose les priorités du Cameroun pour sa présidence du CPS en septembre.

Le Rapport sur le CPS a demandé à l’ambassadeur Churchill Ewumbue-Monono de présenter les priorités du Cameroun pour son mandat de septembre.

Le Cameroun assure la présidence du CPS de l’Union africaine (UA) pour le mois de septembre. Quelles sont ses priorités et ses axes stratégiques ?

Pour commencer, une séance publique sera organisée au niveau des ambassadeurs sur le thème de la protection des journalistes et la liberté d’information dans les zones de conflit. S’ensuivra une discussion sur les relations civilo-militaires et la gestion des conflits en Afrique. Une autre séance publique sera consacrée à la gestion des catastrophes dans le contexte du changement climatique, de la paix et de la sécurité. Des experts discuteront de l’harmonisation des programmes dans les académies africaines de défense et de sécurité avec l’Association africaine des formateurs pour le soutien à la paix.

Notre réunion principale portera sur les nouvelles menaces pour la sécurité et sur l’avenir du CPS. Nous avons également prévu deux missions de terrain, l’une en République centrafricaine pour lancer le mois de l’amnistie et l’autre au Gabon pour évaluer les progrès de la transition.

Il est assez inhabituel pour les États membres de consacrer une telle attention aux journalistes. Pourquoi ce choix de thématique ?

Le rôle des médias en matière de paix et de sécurité est souvent négligé. Traditionnellement, les médias sont considérés comme servant des intérêts divers, alors qu’ils jouent un rôle central dans l’exacerbation ou l’atténuation des conflits. La propagande, les fausses nouvelles, les incitations à la haine et même les génocides sont étroitement liés aux activités médiatiques. La protection des journalistes dans les zones de conflit est une question de droit international humanitaire qui est débattue depuis 1975. Pour y répondre, nous avons initié une session avec l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture, le Comité international de la Croix-Rouge et la Fédération des journalistes africains.

L’avenir du CPS a été choisi comme thème par le Cameroun pour le mois de septembre

En tant qu’ancien journaliste, je suis particulièrement sensible aux dangers auxquels les journalistes sont confrontés en zones de guerre, notamment le fait d’être pris pour cible par les parties belligérantes et d’opérer dans des environnements où la désinformation est omniprésente. Je me réjouis de l’importance des discussions au niveau politique du CPS sur ce sujet.

Pourquoi avez-vous choisi l’avenir du CPS comme thématique pour le sommet qui aura lieu en marge de l’Assemblée générale des Nations unies à New York ?

Cette année marquant le 20e anniversaire du CPS, chaque mois est consacré à un thème. Pour le mois de septembre, nous avons choisi l’avenir du CPS, en particulier à la lumière des nouvelles menaces qui pèsent sur la sécurité. Ce thème s’inscrit dans le cadre des discussions sur l’avenir de la paix mondiale menées lors de la 79e Assemblée générale des Nations unies et de la déclaration de Dar es-Salam de mai 2024. Nous examinerons comment les nouvelles menaces sécuritaires pourraient affecter le Conseil et étudierons comment il peut s’adapter et se renforcer.

Vous avez déjà présidé le CPS. Selon vous, quels sont ses principaux défis et comment peut-il gagner en efficacité en tant que principal organe décisionnel de l’UA ?

Le maintien du dialogue avec les pays en transition, en particulier les États suspendus, constitue un défi de taille. Les échanges avec ces pays sont souvent limités, ce qui rend difficiles l’évaluation précise de la situation et la possibilité de les aider à sortir de la suspension, alors même que toute suspension se veut temporaire. Il nous a fallu du temps pour organiser des réunions informelles avec eux.

Un autre défi est la dépendance excessive du CPS à l’égard d’un même groupe d’experts sur de multiples questions. Nous devons diversifier nos sources d’information et apporter de nouvelles perspectives lors des discussions et des débats au sein du Conseil. En outre, certains conflits en Afrique ne relèvent pas de la compétence du CPS, en particulier lorsque les efforts de résolution de ces conflits sont menés par des acteurs non africains. Nous devons également mieux nous concentrer sur les questions thématiques afin d’éviter les répétitions et de consacrer plus de temps aux situations de tensions dans les pays. Cela implique la mise en place de missions de terrain qui familiarisent le CPS avec l’environnement et les acteurs d’une crise et permettent une interaction directe avec la population touchée.

Le maintien du dialogue avec les pays qui font l’objet d’une suspension constitue un défi de taille

Le secrétariat du Conseil manque de ressources et devrait être outillé de manière adéquate pour traiter les questions complexes qui surgissent. Le passage à des réunions virtuelles pendant la Covid-19 a également diminué le contact humain dans notre action diplomatique autour du travail du CPS, chose pourtant cruciale dans l’établissement d’un dialogue efficace.

Compte tenu de ces nouveaux défis, quelles mesures le CPS devrait-il prendre pour être plus efficace ?

Les réformes en cours de l’UA, y compris celles de la Commission de l’UA, nous donnent la possibilité de relever ces défis. Nous discuterons plus en détail de ces questions lors de notre retraite à Djibouti en novembre 2024. D’ici là, le CPS devrait donner la priorité aux changements anticonstitutionnels de gouvernement et aux transitions, qui sont source de nombreuses divisions. Les relations civilo-militaires devraient également être au centre de nos débats. Les affaires humanitaires, en particulier celles qui sont liées aux catastrophes naturelles ou causées par l’homme, requièrent une attention urgente, tout comme les questions portant sur les femmes, la paix et la sécurité et les jeunes, la paix et la sécurité.

L’Agence humanitaire africaine, basée en Ouganda, doit devenir opérationnelle

Le renforcement des relations entre le CPS et les communautés économiques régionales est également crucial. Depuis avril, le CPS a renforcé sa collaboration avec les organes responsables de la paix et de la sécurité de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, de la Communauté de développement de l’Afrique australe et de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale. Il est également prévu de consulter la Ligue des États arabes et la Capacité régionale d’Afrique du Nord. Nous devons également débattre du changement climatique, des élections et de la gouvernance, ainsi que du problème des enfants touchés par les conflits armés.

Quels résultats espérez-vous de la session ministérielle de New York sur les nouvelles menaces pour la sécurité ?

Les nouvelles menaces pour la sécurité mondiale mises en évidence dans le Nouvel agenda pour la paix des Nations unies vont du terrorisme, à la cybercriminalité en passant par le changement climatique et l’utilisation hostile de l’intelligence artificielle et des nouvelles technologies, y compris la militarisation des drones. Notre objectif est d’« africaniser » cet ordre du jour en veillant à ce que ces nouvelles menaces soient considérées d’un point de vue africain. Cela pourrait conduire à la création de nouveaux groupes de travail ou sous-comités du CPS. Toutefois, les résultats dépendront des discussions des ministres, puisque cette réunion les concerne.

Comment l’Afrique pourrait-elle optimiser sa contribution au Pacte pour l’avenir une fois qu’il aura été adopté ?

Bien que le document soit dans sa phase finale de rédaction, nous devons nous assurer qu’il est conforme à nos positions africaines communes sur des enjeux mondiaux tels que le développement et la jeunesse, l’inclusion numérique et les réformes de la gouvernance. Notre base de références inclut le rapport du Panel africain de haut niveau sur la réforme du système multilatéral, les conclusions d’Assouan sur la gouvernance mondiale et les autres plateformes africaines ayant adopté des positions. En juillet 2024, deux mois avant le Sommet de l’avenir, le CPS a réfléchi aux propositions à soumettre au Pacte pour l’avenir pour mieux faire converger les intérêts africains.

Compte tenu des différents conflits et des nombreuses catastrophes naturelles en Afrique, quel est l’avenir de l’action humanitaire sur le continent ?

L’Agence humanitaire africaine en Ouganda doit devenir opérationnelle conformément aux recommandations du Conseil exécutif d’Accra de juillet 2024. Nous espérons qu’elle sera approuvée par les chefs d’État en février 2025. En outre, l’adoption de cadres tels que la Capacité africaine de gestion des risques sera essentielle dans la préparation aux catastrophes.

Les situations d’urgence complexes, c’est-à-dire les catastrophes naturelles dans des zones de conflits armés, augmentent les vulnérabilités des populations et constituent une préoccupation croissante qui nécessitera la mobilisation des donateurs et un cadre solide de diplomatie humanitaire, comprenant la négociation de cessez-le-feu et de corridors humanitaires. Il est possible que des envoyés spéciaux soient nécessaires pour que la diplomatie humanitaire soit au cœur de nos préoccupations et que nos interventions soient plus efficaces.

Pensez-vous à d’autres enjeux que le Conseil devrait examiner ?

Le lien entre sécurité, désarmement et développement doit faire l’objet d’une attention renouvelée. Ce lien, coparrainé par le Cameroun et le Togo sous l’égide de l’Organisation de l’unité africaine dans les années 1980, a été quelque peu négligé ces dernières années. Certains aspects sont abordés dans des initiatives telles que « Faire taire les armes » et dans le Cadre politique de reconstruction et de développement post-conflit. Toutefois, cette question devrait être abordée en tant que thème à part entière dans le cadre de notre discours au CPS et conformément à l’initiative du Secrétaire général des Nations unies de 2018 intitulée « Assurer notre avenir commun : un agenda pour le désarmement ».

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