La présidence tournante de l’Union africaine sera-t-elle un succès pour le Burundi ?
Alors que le Burundi succède à l’Angola, le débat sur les « petits » pays à la tête de l’UA refait surface.
Lors du sommet de l’Union africaine (UA), qui a eu lieu les 15 et 16 février 2026, le Burundi a accédé à la présidence tournante de l’UA. L’accession à ce poste est régie par le principe de rotation régionale en vertu de l’article 6 (4) de l’Acte constitutif de l’UA. C’est en tant que représentant de la région d’Afrique centrale que le Burundi a été élu.
Alors que le pays s’apprête à assumer ses nouvelles responsabilités continentales, certains observateurs s’interrogent sur sa capacité à s’en acquitter. Certains font valoir qu'avec un territoire de 27 834 km2 et un produit intérieur brut nominal de 3,6 milliards de dollars US, le Burundi dispose de moyens limités pour mener efficacement l’action de l’UA. Ces doutes sont d’autant plus justifiés qu'ils s'expriment dans un contexte de crise profonde du multilatéralisme continental et mondial.
D’autres soutiennent que la gestion des affaires continentales n’a jamais été une question de taille ou de capacité financière, mais plutôt de volonté collective des États membres. Par conséquent, la capacité de la présidence à rallier le soutien de ses pairs et à faire preuve du sens diplomatique nécessaire est également déterminante.
Le débat sur la présidence des « petits » et « grands » États avait déjà émergé en 2023, lorsque les Comores avaient pris la présidence de l’UA. L'Institut d'étude et de sécurité, qui avait alors produit une analyse sur le sujet, avait conclu que la taille et la capacité économique n’étaient pas les seuls critères qui déterminent l’efficacité de la direction de l’UA.
Le Burundi peut-il réussir ?
Plusieurs éléments réfutent l’idée selon laquelle le Burundi aurait une capacité limitée à présider l’UA. Une brève comparaison avec les Comores permet d’y voir plus clair. Bien que ne disposant que de la moitié du produit intérieur brut du Burundi et d’un territoire douze fois plus petit, la présidence des Comores a défié les pronostics et obtenu des résultats concrets dans la gestion des affaires continentales. Elle a notamment mis en avant un certain nombre de sujets cruciaux, tels que l’économie bleue, piloté la réponse à la crise dans la région des Grands Lacs et finalisé l’adhésion de l’UA au G20.
La gestion des affaires continentales n’a jamais été une question de taille ou de capacité financière
De plus, contrairement aux Comores qui avaient défini sept priorités, le Burundi n’en a que trois : la paix et la sécurité, la thématique de l’année, ainsi que la jeunesse, les femmes et l’innovation. Cela témoigne d’une concentration des efforts bien plus grande et d’une utilisation optimale des ressources, conformément à la demande formulée depuis longtemps par la Conférence de l’UA, qui souhaite que les présidences du Bureau de la Conférence et de la Commission de l’UA (CUA) limitent leurs priorités.
Par ailleurs, le Burundi apporte avec lui sa riche expérience. Tout d’abord, il a fait preuve d’une grande détermination dans la promotion des questions relatives à la jeunesse, tant au niveau national que continental. En tant que signataire de la Charte de la jeunesse de l’UA, il en a non seulement intégré les principes dans ses politiques nationales, mais il les a également mis en œuvre. Il a également favorisé la participation de la jeunesse à la gouvernance et à la paix et à la sécurité au niveau continental.
Outre son rôle bien établi de fournisseur de contingents militaires pour les opérations de soutien à la paix de l’UA, il a été désigné envoyé spécial pour le Sahel par l’UA depuis juillet 2025 et est un pays pivot dans la réponse à la crise des Grands Lacs. C'est d'ailleurs dans ce cadre qu'il avait accueilli la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs. De plus, il bénéficie du soutien d’une troïka au complet, l'Angola, président sortant, et le Ghana, président entrant, occupant respectivement les fonctions de rapporteur et de vice-président du bureau.
Tel n’était pas le cas pour les Comores en 2023. Ils ont dû composer avec une troïka boiteuse, dépourvue de premier vice-président en raison de l’absence de consensus parmi les pays d’Afrique du Nord pour se choisir un candidat. Ce désaccord a finalement affecté la présidence de la Mauritanie en 2024, aboutissant à l’une des présidences les moins préparées et les plus discrètes de l’histoire de l’UA. Fort de ses références et de ses priorités, le Burundi pourrait bien relever le défi avec succès.
Les points à surveiller
La présidence du Burundi a débuté dans un contexte mondial marqué par une diminution des ressources et une augmentation des sujets à traiter, alors que l’UA est confrontée à des défis internes et s’efforce de se positionner comme un acteur fiable sur la scène multilatérale. La présidence de l’UA doit donc faire preuve d’une grande capacité d’adaptation et jouer un rôle de médiateur entre les États membres, la Commission de l’UA et les communautés et mécanismes économiques régionaux afin de garantir des réponses unifiées et consensuelles aux défis internes et mondiaux de l’Afrique.
Le Burundi a défini trois priorités pour son mandat
Le nombre réduit de ses priorités pourrait favoriser le succès de son mandat, mais les axes de travail de la présidence restent vastes et diversifiés. Dans le seul domaine de la paix et de la sécurité, Bujumbura devra relever des défis tels que les conflits ouverts, les transitions post-coup d’État et la lutte contre le terrorisme. La thématique de l’année s’avère également complexe, puisqu’elle prévoit l’accélération de la mise en œuvre des engagements des États membres ainsi que la promotion, la mobilisation et la coordination au sein des organes de l’UA et entre l’UA et les communautés et mécanismes régionaux sur les questions liées à l’eau. Les femmes, la jeunesse et l’innovation sont également des domaines multisectoriels qui exigent d’importantes ressources et capacités. Sans un plan de travail rationalisé, assorti d’indicateurs de réussite clairs et de sous-domaines bien définis, l’obtention de résultats tangibles sur une période de douze mois constituera un véritable défi.
Les deux derniers axes nécessitent une importante mobilisation de ressources pour renforcer la coordination avec le président de la Commission de l’UA. Bien que la présidence tournante suscite l’intérêt des États membres et que les responsabilités liées à cette fonction ne cessent de croître, l’UA n’y a pas encore alloué de financements. Les États qui occupent la présidence doivent donc mobiliser leurs propres ressources pour renforcer leur capacité d’action. Par exemple, les Comores avaient prévu un budget de 11 millions de dollars US et ont dû solliciter des partenaires.
De plus, en l’absence d’une gestion coordonnée des affaires continentales, les risques de décalage et de friction pourraient s’accentuer au point de détourner l’attention des présidents du bureau et de la CUA des priorités. L’insuffisance des consultations avec les États africains par le biais des procédures traditionnelles, comme dans le cas controversé de la candidature de Macky Sall au poste de secrétaire général de l’ONU, pourrait affaiblir davantage le rôle du président. Certaines bonnes pratiques pourraient s'inspirer des interactions entre le Sénégal et l’ancienne équipe de direction de la CUA.
La voie à suivre
Pour garantir le succès de son mandat, le Burundi devra démontrer sa capacité à susciter un consensus parmi les États membres sur des questions sensibles qui ont mis en évidence des divisions au sein des organes de l’UA, tels que la Conférence de l’UA et le Conseil de paix et de sécurité.
Le Burundi devra susciter un consensus parmi les États membres sur des questions sensibles
Les divergences les plus importantes ont porté sur les réactions face aux changements de gouvernement anticonstitutionnels et sur le rôle de l’UA dans la gouvernance des États membres. Le Burundi pourrait, au cours des dix mois qu’il lui reste à la tête de l’UA, raviver le consensus qui a autrefois permis à l’UA de réagir efficacement aux crises. Cela pourrait passer par un dialogue ouvert et franc. Il pourrait également explorer d’autres outils de prise de décision, notamment le vote au sein des organes de l’UA.
Des ressources fiables sont nécessaires pour assurer un mandat harmonieux et fructueux. Le Burundi pourrait donc explorer des options innovantes de collecte de fonds, telles que des contributions ad hoc des membres du bureau, étant donné que la direction de l’UA est une entreprise collective, ou faire appel à des partenaires intéressés, comme l’ont fait les Comores. À long terme, le Burundi pourrait créer un précédent en plaidant en faveur de la création d’une ligne dédiée dans le budget de l’UA afin de soutenir les opérations du bureau.
Une coordination constante avec le président de la Commission de l’UA est nécessaire pour assurer une gestion unifiée des affaires de l’organisation. Le président de la Conférence pourrait y parvenir grâce à des réunions régulières entre le bureau et le cabinet du président de la Commission de l’UA et en mettant en place des canaux de partage d’informations.