Interview du CPS : Des approches dynamiques pour un environnement évolutif

Le secrétariat s’attaque aux défis à la paix et à la sécurité grâce au numérique.

Récemment nommée responsable du secrétariat du Conseil de paix et de sécurité, Neema Chusi expose au Rapport sur le CPS sa vision et ses projets.

Quels faits marquants et quelles réussites pouvez-vous noter depuis votre entrée en fonction ?

J’exerce les fonctions de responsable par intérim du secrétariat du Conseil de paix et de sécurité (CPS) depuis avril 2023. J’ai acquis une précieuse expérience et tiré énormément d’enseignements tant durant la période avant ma nomination officielle que durant celle qui l’a suivie. L’un des principaux faits marquants jusqu’ici a été la transformation digitale entreprise par le Conseil pour remplacer les processus manuels par des alternatives numériques, conformément aux méthodes de travail les plus performantes à l’échelle mondiale.

Cette transformation s’est notamment traduite par la création d’une nouvelle application et d’un référentiel numérique qui renforceront notre mémoire institutionnelle et faciliteront l’accès à la documentation. En outre, le secrétariat sera en mesure de fournir des informations cruciales sur le Conseil à toute personne ou entité intéressée, ce qui renforcera l’accessibilité du CPS et les connaissances au sujet de son fonctionnement.

Un deuxième point fort a été le taux de mise en œuvre du programme indicatif annuel 2022, y compris en ce qui a trait aux situations d’urgence. Nous avons élaboré une matrice de suivi du taux de mise en œuvre, qui permet au secrétariat de déterminer les domaines dans lesquels des progrès ont été accomplis et ceux dans lesquels des améliorations sont nécessaires.

Le fort taux de mise en œuvre des activités du CPS sur la base de son programme indicatif annuel de 2022 doit être souligné

L’année dernière, le taux de mise en œuvre des activités du CPS, sur la base de son programme indicatif annuel, s’est élevé à plus de 80 %. Malgré les contraintes liées aux capacités humaines, le secrétariat du CPS s’est classé au deuxième rang des divisions et unités du département Affaires politiques, Paix et Sécurité (PAPS) en ce qui concerne l’exécution du budget. Je pense que nos résultats sont satisfaisants, mais que nous devons poursuivre nos efforts.

Quels sont les défis auxquels vous avez été confronté en tant que responsable de cette unité dynamique dédiée à l’élaboration des politiques ?

Les défis sont nombreux, surtout en ce qui concerne les efforts en matière de paix et de sécurité sur le continent. Travailler sans les États membres serait contre-productif, c’est pourquoi il est essentiel de s’assurer de leur soutien. Parfois, il faut user de beaucoup de diplomatie pour parvenir à un consensus sur certaines questions.

L’un de nos principaux obstacles demeure le budget limité du Conseil, qui force le secrétariat à  supprimer ou à réduire certaines activités. Ces dernières années, les États membres ont consenti des efforts louables pour l’augmenter, mais l’on constate toujours un déficit, en particulier en ce qui concerne les activités des sous-comités du CPS. Toutefois, le secrétariat a obtenu des financements de la part de partenaires qui travaillent en étroite collaboration avec le CPS.

Cela rejoint un autre défi, celui des ressources humaines, car nous traversons une période de réforme au cours de laquelle le processus de recrutement s’avère très long. Nous disposons d’une petite équipe de cinq personnes, dont deux sont détachées. Cela ajoute au défi capacitaire, car la familiarisation du personnel détaché et des bénévoles avec les exigences de notre travail, qui est sensible, demande beaucoup de temps de formation.

Comment comptez-vous promouvoir la paix et la sécurité et améliorer les méthodes de travail du CPS au cours de votre mandat ?

Le domaine de la paix et de la sécurité est extrêmement dynamique et l’évolution constante de la composition du CPS apporte régulièrement de nouvelles tendances. Ses méthodes de travail doivent donc suivre le mouvement. Ce qu’il confirme lui-même, puisque chaque année ses membres font une retraite sur les méthodes de travail afin d’explorer les améliorations possibles à la lumière des dynamiques continentales en matière de paix et de sécurité.

La prévention des crises est moins coûteuse et plus simple à mettre en œuvre que la reconstruction et le développement post-conflit

Toutefois, c’est aux États membres qu’il incombe d’entreprendre des évaluations menées par leurs pairs afin de déterminer ce qui est efficace et ce qui peut être amélioré. Grâce à des ressources humaines et financières appropriées, le PAPS promeut la paix et la sécurité et s’intéresse de près aux méthodes de travail du CPS.

Nous aimerions également concentrer notre attention sur les indicateurs d’alerte précoce en matière de paix et de sécurité et investir davantage dans ce domaine, afin de parvenir de manière quasi simultanée à une alerte précoce, une réaction rapide et un financement accéléré. En effet, une alerte précoce devrait être rapidement suivie d’une riposte grâce au déclenchement des mécanismes requis par le protocole du CPS, tandis que les financements devraient être renforcés, car, en fin de compte, les actions de prévention sont moins coûteuses et moins complexes que les opérations de reconstruction et de développement post-conflit. Un plus grand nombre de réunions informelles devraient être organisées sur l’alerte précoce, car elles constituent des plateformes particulièrement utiles pour échanger librement des points de vue, tout en traçant la voie à suivre.

Comment entendez-vous remédier à l’absence de mise en œuvre des décisions du CPS, une problématique bien documentée ?

Retracer la mise en œuvre des décisions du CPS représente un véritable défi, en particulier lorsque les acteurs de la mise en œuvre font preuve d’un manque de coopération. Bien que la plupart des décisions du CPS soient exécutées, nous sommes toujours confrontés au défi de la collecte de données auprès des différentes parties prenantes concernant cet aspect. Je pense que nous devons faire davantage, en particulier lorsque les décisions de l’Union africaine (UA) et du CPS ne sont pas mises en œuvre. Pour le moment, en cas de non-exécution, l’approche retenue consiste à maintenir un dialogue permanent avec les acteurs fautifs.

Nous souhaitons étendre notre collaboration avec les organisations de la société civile au-delà des missions de terrain

Cela dit, l’équipe de gestion des connaissances du CPS traite partiellement la question, puisqu’elle est directement responsable du suivi de la mise en œuvre des décisions du CPS et de la Conférence de l’UA en matière de paix et de sécurité. Cela permet au secrétariat d’assurer le suivi et de communiquer directement les décisions aux parties concernées. Dans la mesure où la transmission des décisions constitue manifestement un obstacle supplémentaire à leur exécution, le secrétariat communique officiellement les décisions du Conseil aux représentants diplomatiques en poste à Addis Abeba.

Comment envisagez-vous votre collaboration avec les États membres, les départements et organes de l’UA et la société civile ?

Le secrétariat doit rester particulièrement attentif au point de vue des États membres et doit s’efforcer de prendre en compte les positions communes de l’Afrique. Nous aimerions renforcer notre collaboration avec les organisations de la société civile (OSC), car, depuis sa création en 2004, le Conseil n’a organisé qu’une seule réunion consultative avec les OSC, en 2022.

Le CPS a coutume de rencontrer les OSC lors des missions sur le terrain, au cours desquelles il entretient des relations avec les acteurs de la société civile du pays dans les situations de crise. Cette démarche n’est toutefois pas suffisante. Dans un avenir proche, nous aimerions intensifier et élargir cette collaboration afin d’inclure des groupes de base. Une deuxième réunion formelle avec des OSC est prévue pour juillet 2023 et nous permettra de renforcer et d’améliorer cette collaboration, en particulier avec les points focaux des OSC des cinq régions de l’Afrique.

Image: © ISS

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