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Un programme régional de protection pour faire face aux déplacements au Soudan

L'ampleur et la rapidité des cycles de déplacement ont submergé les systèmes d'aide au Soudan et dans les pays voisins.

Près de trois ans après le début de la guerre au Soudan, le conflit a provoqué la pire catastrophe humanitaire au monde, avec des millions de personnes fuyant vers d'autres régions du pays ou au-delà des frontières. Et même si le nombre de rapatriés commence à augmenter, apportant un certain espoir, l'intensification des affrontements a laissé 40 % de la population en situation d'insécurité alimentaire et en besoin urgent d'aide.

Depuis le début de la guerre en avril 2023, environ 15 millions de personnes ont été déplacées de force à l'intérieur du Soudan, soit 12 % du total des personnes déplacées (à l'intérieur et à l'extérieur de leur pays) dans le monde.

L'ampleur et la rapidité des déplacements ont submergé les systèmes d’accueil du Soudan et de ses voisins, en particulier le Tchad, l'Égypte, l'Éthiopie, la Libye et le Soudan du Sud, déjà aux prises avec leurs propres problèmes. Le Tchad et le Soudan du Sud, par exemple, ont accueilli plus de 30 % de réfugiés soudanais, mais ne disposent pas des ressources nécessaires pour répondre à leurs besoins humanitaires urgents, alors qu’eux-mêmes font face à la fragilité de leurs frontières.

Beaucoup reviennent dans un contexte instable, fuyant les conditions de vie des camps de déplacés

Comme le souligne une analyse récente de l'Institut d'études de sécurité, les Soudanais sont pris dans un cercle vicieux qui les contraint à quitter leur foyer, puis à revenir dans des conditions précaires, avant d'être à nouveau déplacés. Cette particularité de la crise des déplacements au Soudan existait bien avant la guerre actuelle.

L'histoire du Soudan est marquée par des vulnérabilités structurelles prolongées, aggravées par des vagues successives d'hostilité depuis au moins 1956. Leur alternance avec des périodes d’accalmie ou des périodes de relative stabilité a conduit les personnes déplacées à revenir. Cependant, sans efforts de paix durables, ces retours sont fragiles et peuvent être de courte durée. À leur arrivée, beaucoup doivent faire face à une insécurité persistante, à des infrastructures endommagées et à des services limités.

L'escalade des combats au Soudan depuis la fin octobre 2025 a aggravé la situation et augmenté les déplacements vers les régions frontalières du Tchad et du Soudan du Sud. Selon des estimations récentes de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), le redoublement de violence à El-Fasher, dans le nord du Darfour, a chassé plus de 127 000 personnes de leur domicile. Dans le Kordofan voisin, les affrontements qui ont éclaté depuis la fin octobre ont contraint environ 115 000 personnes à fuir.

Les déplacements et les retours consécutifs au conflit au Soudan
Les déplacements et les retours consécutifs au conflit au Soudan

Source : Agence des Nations unies pour les réfugiés

 

À l’inverse, dans le même temps, plus de trois millions de Soudanais sont rentrés, malgré les dégâts considérables subis par les infrastructures, notamment les routes et les logements, et même la disponibilité limitée des services de base.

À Khartoum, la capitale, les civils reviennent peu à peu après la reprise du contrôle de la ville par les Forces armées soudanaises (SAF) en mars 2025. Selon l'OIM, au 31 décembre de l'année dernière, plus de 1,4 million de personnes étaient de retour dans le seul État de Khartoum. Certains avaient peut-être répondu à l'appel des SAF, même si la situation sécuritaire restait précaire.

La grande majorité (83 %) des retours concernaient des déplacés internes, tandis que les autres provenaient de pays voisins et des États du golfe Persique. Certains espéraient que la situation se stabiliserait suffisamment pour leur permettre de se reconstruire. Pourtant, beaucoup d’entre eux reviennent dans des contextes instables, contraints par les conditions qui prévalent dans les camps de déplacés surpeuplés, dangereux et insalubres.

Certains sont refoulés ou expulsés. Par exemple, en décembre 2025, l'Égypte, qui accueille 36,6 % des réfugiés soudanais, a augmenté le nombre d’expulsions, forçant beaucoup d'entre eux à rentrer.

Le nombre de rapatriés depuis le début de la guerre est en hausse, ce qui pourrait ouvrir la voie à une certaine reconstruction. Cependant, le conflit faisant toujours rage, le nombre de personnes déplacées continue de croître. Le Darfour compte à lui seul environ 5,5 millions de déplacés internes, soit environ 62 % du total.

En 2025, l'appel humanitaire pour le Soudan a été financé à 38 %, chiffre qui baissera à 13 % en 2026

Le pays, ainsi que ses populations déplacées et revenues, ont besoin d'un fort soutien pour mettre fin à ce cycle de déplacements et, à terme, au conflit. Néanmoins, cela ne sera pas facile.

Malgré quelques lueurs d'espoir, la situation reste désastreuse. Elle est aggravée par la réduction des services fournis par les organisations humanitaires et d'aide internationales en raison de contraintes financières. Ainsi, en 2025, l'appel humanitaire pour le Soudan a été financé à seulement 38 %. Pour 2026, ce chiffre n'est que de 13 %.

À mesure que la guerre s'intensifie, le cercle vicieux des déplacements pourrait s'aggraver. Le Tchad, l'Égypte et le Soudan du Sud devront trouver un équilibre entre leurs priorités nationales et les besoins des personnes déplacées. Il faudrait une action mondiale coordonnée, mais le retrait du financement et du soutien technique nécessaires pour trouver des solutions efficaces laisse présager une aggravation de la crise.

Il faut mettre en place un cadre régional de protection plus cohérent, plus applicable et plus prévisible. Il devra inclure le partage des charges liées à l'accueil des réfugiés, le soutien au retour volontaire et la fourniture de services et d'aide essentiels à l’ensemble des personnes déplacées en raison de la guerre.

Quelques changements modestes mais significatifs sont tout de même visibles. En février dernier, le Soudan a décidé de réintégrer l'Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD). Le pays avait gelé son adhésion en 2024 après que l'IGAD avait invité le chef des Forces de soutien rapide, Mohamed Hamdan Dagalo, au sommet des dirigeants à Kampala. La récente décision du Soudan pourrait indiquer qu'il a pris conscience de l'importance cruciale du soutien régional.

Les déplacements prolongés de la population soudanaise nécessitent la création d'un système collaboratif et fondé sur les droits, qui garantisse des retours volontaires en toute sécurité, ouvrant ainsi la voie à la reconstruction du pays par le peuple soudanais.

Lisez le rapport complet de l'ISS « Fragmented asylum: fault lines in regional responses to the Sudanese displacement crisis » ici.

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