Le blocus du JNIM menace les échanges commerciaux en Afrique de l’Ouest
Les récentes attaques terroristes au Mali ont accentué l’obstruction des principaux axes commerciaux reliant les États côtiers et sahéliens.
Publié le 04 juin 2026 dans
ISS Today
Par
Felix Fodé Bongono
chercheur boursier Bosch, bureau régional pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel, ISS
Le 25 avril, le Mali a été frappé par une série d’attaques coordonnées menées par le Jama’at Nusrat al-Islam wal Muslimin (JNIM) et le Front de libération de l’Azawad (FLA). Ces opérations dirigées contre les villes de Kati, Mopti, Sévaré, Gao et Bamako, la capitale, ont fait de nombreuses victimes et entraîné l’assassinat de Sadio Camara, le ministre de la Défense.
Les autorités maliennes ont lancé une contre-offensive visant les positions tenues par ces groupes. Le procureur militaire de Bamako a également fait part de l'arrestation de plusieurs suspects, dont des civils, des militaires en service actif et du personnel radié de l'armée.
Cinq jours après le début des attaques, le JNIM a imposé un blocus de la capitale, en ciblant particulièrement les axes situés à l’Ouest du pays. Le blocage complet de la route reliant Kita à Bamako a piégé des centaines de personnes et compliqué l’approvisionnement en nourriture et en eau.
Ce siège perturbe également les flux commerciaux, interrompant tout trafic sur l’axe Kayes-Bamako. De plus, l’extension du blocus se traduit aujourd’hui par des attaques contre des convois de transport sur l’axe Conakry-Bamako, jusqu’ici relativement sûr.
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Le Mali et les pays côtiers voisins
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Depuis septembre 2025, le JNIM a adopté une stratégie visant les convois de carburant sur des axes stratégiques d’approvisionnement situés à l’Ouest et au sud du Mali. Ces attaques déstabilisent les échanges commerciaux et, si elles continuent de s’étendre, sont susceptibles d’affecter les économies ouest-africaines.
Les pays ouest-africains sont étroitement liés par leurs échanges commerciaux. Les ports des États côtiers, sont actuellement les principales portes d’entrée et de sortie pour les pays du Sahel central. Les corridors routiers reliant ces ports aux capitales sahéliennes et au-delà agissent, de ce fait, comme de véritables cordons ombilicaux, dont la plupart traversent des zones d’opération du JNIM.
Le corridor Dakar-Bamako représente un axe stratégique pour les deux pays et apparaît, pour l’heure, comme le plus affecté par les conséquences de l’insécurité dans l’Ouest du Mali.
L’axe stratégique Dakar-Bamako semble être le plus touché par l’insécurité dans l’ouest du Mali
En 2024, le Mali était le premier client du Sénégal, absorbant à lui seul 26,5 % des exportations sénégalaises, soit environ 802,8 milliards de FCFA (1,42 milliard de dollars). Au cours des neuf premiers mois de 2025, le cumul des exportations sénégalaises vers le Mali s’estimait à 662 milliards de FCFA (1,17 milliard de dollars).
Selon les données de la Direction de la prévision et des études économiques du Sénégal (2025), les attaques du JNIM à l’ouest du Mali ont eu un impact considérable sur les échanges entre les deux pays par rapport à leur niveau de 2024. Entre septembre et novembre 2025, le port de Dakar a enregistré un blocage quotidien d’environ 120 conteneurs à destination du Mali, ce qui représente pour le Sénégal une perte mensuelle estimée à 15 milliards de FCFA (26,54 millions de dollars). Fin novembre 2025, plus de 2 000 conteneurs étaient immobilisés à Dakar. En février 2026, quelque 4 000 conteneurs vides étaient bloqués à Bamako, les chauffeurs routiers n’osant pas emprunter la périlleuse route du retour vers Dakar.
Cette situation réduit fortement l’approvisionnement du Mali en produits pétroliers, en produits raffinés, en ciment hydraulique et en denrées alimentaires. Elle fragilise également les moyens de subsistance de milliers de chauffeurs, commerçants et transitaires. D’autres corridors, notamment ceux reliant les ports de la Côte d’Ivoire, du Ghana, du Togo et du Bénin au Sahel, pourraient être exposés à des risques similaires.
En 2025, le Mali a conservé sa place de premier client de la Côte d’Ivoire au sein de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Le corridor Abidjan-Bamako joue un rôle vital dans l’approvisionnement du Mali en produits pétroliers et alimentaires. Fin 2025, environ 1,47 million de tonnes de marchandises avaient transité via cet axe, désormais ciblé par des attaques du JNIM dans la région de Sikasso.
Le Mali est confronté à une stratégie du JNIM visant à couper les approvisionnements essentiels
La Côte d’Ivoire est également le premier fournisseur africain du Burkina Faso, essentiellement en produits pétroliers, en électricité et en engrais. Les importations du Burkina Faso proviennent de, ou transitent par, la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Sénégal. Le 14 février dernier, sept commerçants de tomates ghanéens ont été tués lors d’une attaque du JNIM à Titao, dans le nord du Burkina Faso. Cet événement illustre les risques sécuritaires qui pèsent sur l’axe routier reliant les deux pays. Pour l’heure, c’est sur le territoire malien que la menace terroriste est la plus présente, les autorités ont pris plusieurs mesures face à cette menace. Les convois de carburant bénéficient ainsi, depuis novembre dernier, d’une escorte militaire permettant chaque semaine l’entrée de 200 à 300 camions-citernes à partir du mois de novembre 2025, contre près de 1 200 avant le début des attaques
Le gouvernement a signé un protocole d’accord avec les groupements pétroliers maliens afin de simplifier et d’accélérer les procédures douanières. Un système de rationnement du carburant a été mis en place pour lutter contre le marché noir. Les autorités cherchent également à réduire la pression sur les ports de Dakar et d’Abidjan en redirigeant une partie des flux commerciaux vers d’autres infrastructures portuaires.
Le Monde a fait état d’une trêve entre Bamako et les groupes djihadistes jusqu’à l’Aïd al-Adha, en échange de la libération de plus d’une centaine de prisonniers accusés de terrorisme. Les attaques ont toutefois continué et les autorités maliennes ont officiellement réfuté cette information.
La lutte contre le terrorisme pourrait relancer la coopération régionale entre les États sahéliens et côtiers
Les attaques du 25 avril illustrent les limites de la réponse militaire privilégiée par les autorités maliennes face au terrorisme. Alors que le JNIM et le FLA ont su mettre leurs divergences de côté pour mener ces offensives d’envergure, les États sahéliens et côtiers peinent à nouer des alliances.
Les conséquences régionales du blocus imposé par le JNIM soulignent la nécessité d’une protection conjointe des corridors commerciaux transfrontaliers. Les gouvernements et les organisations régionales, telles que la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), l’Alliance des États du Sahel (AES), le Conseil de l’Entente, l’Union du fleuve Mano et l’UEMOA, doivent empêcher l’expansion de ce phénomène vers d’autres axes routiers.
La lutte contre le terrorisme pourrait constituer le moteur d’une relance indispensable de la coopération régionale entre les États sahéliens et côtiers d’Afrique de l’Ouest.
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