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Les commandants camerounais de Boko Haram étendent la portée du groupe

Le groupe terroriste s’appuie de plus en plus sur ces leaders locaux pour mener des attaques et renforcer sa résilience.

D’après les recherches de l’Institut d’études de sécurité (ISS), Boko Haram nomme de plus en plus de combattants camerounais à des postes de commandement élevés. Ces derniers contribuent activement à la résilience du groupe en lui donnant accès à des ressources locales ainsi qu’à des informations sur les cibles de ses attaques et activités d’extorsion.

Cette tendance fait suite à un déplacement géographique des attaques menées par les deux factions du groupe extrémiste, à savoir l’État islamique en Afrique de l’Ouest (EIAO) et Jama’tu Ahlis Sunna Lidda’awati wal-Jihad (JAS). Selon ACLED, en 2025, la région camerounaise de l’Extrême-Nord a enregistré le plus grand nombre d’incidents. Elle a ainsi surpassé les sept autres régions du bassin du lac Tchad touchées : les États nigérians de Borno, d’Adamawa et de Yobe (Nigeria) ; les provinces du Lac et de Hadjer Lamis (Tchad) ; la région du Nord (Cameroun) ; et Diffa au Niger.

Le nombre élevé d’attaques dans l’Extrême-Nord découle de la stratégie d’expansion territoriale de l’EIAO. Les combattants d’origine camerounaise se voient attribuer des positions de pouvoir afin de permettre le ciblage de personnes et de biens au Cameroun.

Les huit régions du bassin du lac Tchad les plus touchées par les attaques de Boko Haram

 

Ces dirigeants sont en mesure d’influencer la prise de décision interne et les opérations menées sur le terrain au Cameroun. Grâce à leur connaissance directe du contexte local, ils peuvent planifier et coordonner des attaques sur leur propre territoire, recruter des combattants et assurer un soutien logistique sur place.

Les recherches de l’ISS montrent que, sous la direction de ces responsables, 714 attaques attribuées à Boko Haram ont été perpétrées en 2025, et 227 entre janvier et juin 2026.

Les zones frontalières du Cameroun présentent un intérêt majeur pour l’EIAO comme pour le JAS. Repoussés au Nigeria par les offensives militaires en cours, notamment les frappes aériennes, les groupes armés trouvent refuge dans des zones reculées le long de cette frontière.

Ils pillent les communautés camerounaises voisines et blanchissent les fonds issus d’activités terroristes. Le bétail volé au Nigeria, par exemple, est généralement écoulé sur les marchés frontaliers camerounais. L’intense commerce transfrontalier permet à l’EIAO et au JAS d’accéder facilement à des ressources essentielles, telles que la nourriture, les vêtements, les médicaments et le carburant. Plus ils peuvent accéder à des zones où ils se procurent des ressources, plus ils renforcent leur résilience, des combattants locaux leur servant d’éclaireurs.

En 2025, l’Extrême-Nord du Cameroun est la région du bassin du lac Tchad la plus touchée par le terrorisme

Les commandants camerounais jouent désormais un rôle central dans les activités de Boko Haram. Au niveau stratégique, Ali Ngulde, numéro deux du JAS, dispose d’un conseiller spécial chargé du Cameroun. Au niveau tactique, on compte au moins cinq caïds (commandants) camerounais entre Ngoshé et Sambisa, au Nigeria, chargés de mobiliser environ mille combattants sur le terrain dans les départements du Mayo-Sava et du Mayo-Tsanaga, dans l’Extrême-Nord du Cameroun.

Chaque caïd commande environ 400 combattants. Parmi leurs principaux atouts figurent leur maîtrise des langues locales et leur connaissance approfondie du terrain, qui permettent à Boko Haram de mener des opérations presque quotidiennes. Ces commandants choisissent comme adjoints des combattants de rang inférieur issus de leurs propres localités, lesquels dirigent des opérations mobilisant entre 50 et 100 combattants dans des villages camerounais.

Par ailleurs, l’EIAO a chargé Abu Zara, un Camerounais originaire du Mayo-Sava, de mettre sur pied une cellule près du parc national de Waza, dans l’Extrême-Nord. Ce projet constitue une menace majeure susceptible d’entraîner une perte de contrôle territorial par le gouvernement, une vulnérabilité accrue des corridors frontaliers et des déplacements de population.

Désormais promus aux postes de commandement, des Camerounais contribuent à la résilience de Boko Haram

Il convient de stopper l’avancée de l’EIAO vers le Mayo-Sava. Le gouvernement camerounais doit mettre au point une stratégie ciblée pour démobiliser ces responsables terroristes en s’appuyant sur les réseaux familiaux ou communautaires. Le but étant de pallier la menace de Boko Haram au Cameroun et de décourager le recrutement de Camerounais.

Les membres des communautés touchées peuvent identifier les combattants qui sont en général de jeunes ressortissants locaux responsables des attaques sur leurs terres. Leurs familles et leurs proches sont connus dans les villages, et de nombreux habitants restent en contact avec des combattants de Boko Haram.

Les membres des communautés pourraient sensibiliser les populations, encourager la démobilisation et servir de médiateurs. Un programme plus formel de défection pourrait proposer des incitations financières et une formation professionnelle, avec une forte implication des communautés d’accueil.

L’opération « Sulhu » illustre l’efficacité d’une telle approche. Lancée en 2019 par le Service de sécurité de l’État nigérian, cette opération menée dans la discrétion vise à encourager les hauts responsables de Boko Haram à quitter le groupe. Elle a entraîné des départs massifs, affaibli les capacités opérationnelles du groupe et encouragé d’anciens combattants à rejoindre des camps de réhabilitation.

Il est urgent de démobiliser les leaders terroristes par le biais de réseaux familiaux ou communautaires

Une initiative similaire pourrait réduire les exactions de Boko Haram au Cameroun, d’autant que les combattants camerounais sont moins nombreux que les Nigérians au sein de l’EIAO et du JAS. En outre, les commandants nigérians occupent les plus hautes fonctions dans les deux factions et conservent le monopole des ressources financières, du butin de guerre et des approvisionnements. Ils font passer leurs propres intérêts avant ceux des responsables camerounais pourtant en première ligne, ce qui pourrait inciter ces derniers à se rendre.

L’épicentre du conflit se situe dans l’État de Borno, au nord-est du Nigeria, où se concentre la plupart des bastions de Boko Haram. L’Extrême-Nord du Cameroun se trouve à la périphérie de ce foyer. En ciblant un nombre limité d’individus, en l’occurrence les commandants de Boko Haram dans l’Extrême-Nord, il serait possible de rompre le lien entre la périphérie et le centre.

Les opérations militaires et les services de renseignement devraient cibler systématiquement les principaux responsables camerounais afin de désorganiser la structure décentralisée du groupe. Il est tout aussi important de réorganiser le programme camerounais de désarmement, de démobilisation et de réintégration, qui peine à produire des résultats optimaux en raison de lacunes procédurales, programmatiques et infrastructurelles. Il n’offre pas non plus d’incitations à la reddition, ne cible pas les dirigeants de Boko Haram et n’accorde qu’un rôle limité aux acteurs des communautés touchées.

En définitive, il faut empêcher Boko Haram de renforcer le rôle des combattants camerounais, de consolider ses réseaux terroristes dans le pays et de mener de nouvelles attaques dans le nord du Cameroun.

 

 

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