Coup de projecteur : Lancement conjoint d’une force maritime d’intervention rapide dans le golfe de Guinée
L’ISS compte parmi les organisations qui ont participé à la création de la première unité navale combinée sous conduite africaine.
L’Institut d’études de sécurité (ISS) se joint aux États d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale pour saluer le lancement d’une force opérationnelle navale multinationale destinée à lutter contre la piraterie, la contrebande, les vols à main armée et la pêche illégale dans le golfe de Guinée.
La nouvelle Force opérationnelle maritime combinée (CMTF) a été inaugurée le 1er juin 2026 par le président nigérian Bola Tinubu à l’occasion du 70e anniversaire de la marine nigériane.
La Côte d’Ivoire, la Gambie, le Ghana, le Libéria, le Nigéria et la Sierra Leone sont les six premiers pays à avoir engagé des ressources dans cette initiative, et d’autres États devraient les rejoindre.
Dans le golfe de Guinée, région autrefois décrite comme le foyer mondial de la piraterie, la création d’une force d’intervention rapide visant à prévenir et à combattre les menaces pour la sécurité maritime était attendue depuis longtemps.
Elle donne effet à plusieurs résolutions adoptées depuis 2021 par le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine, ainsi qu’à une résolution de 2022 du Conseil de sécurité des Nations Unies exhortant les États africains à assumer la responsabilité de la sécurité dans leurs territoires maritimes.
En 2021, l’ISS a été sollicitée par les gouvernements de la région afin de faciliter les discussions sur le concept et la structure de la CMTF, pensée pour apporter une réponse opérationnelle collective aux menaces maritimes. Cette mission a été menée en collaboration avec des experts de la Commission du golfe de Guinée, de la Commission de l’Union africaine, de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest et de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale.
« L’ISS a apporté un soutien essentiel à une initiative africaine importante pour la sécurité maritime », déclare le commodore nigérian Mohammad Shettima, premier commandant de cette nouvelle force opérationnelle. « L’appui professionnel, technique et logistique de l’ISS a joué un rôle primordial pour transformer une ambition régionale et continentale en une force opérationnelle capable de relever un défi maritime majeur. »
Mohammad Shettima souligne que « cet engagement de l’ISS s’est inscrit dans la durée en s’étendant sur cinq ans, depuis la conception initiale du projet de CMTF en 2021 jusqu’à son lancement officiel » en juin 2026.
L’ISS a fourni un soutien sans faille de la conception de la CMTF en 2021 jusqu’à son lancement en juin 2026
« Nous avons fourni une plateforme permettant aux chefs d’état-major de la marine de collaborer, et veillé à ce que la force dispose d’une réelle capacité opérationnelle et ne soit pas juste un comité de plus », explique Timothy Walker, chercheur principal au sein du programme Criminalité organisée et menaces transnationales de l’ISS. « En tant que partenaire neutre et indépendant, l’ISS a joué un rôle d’équilibrage lorsque les négociations étaient tendues et a mobilisé son influence pour surmonter les obstacles. »
Les 6 000 km de côtes du golfe de Guinée, riche en ressources, s’étendent sur 26 pays, du Sénégal à l’Angola. La région recèle d’immenses réserves de pétrole et de gaz et constitue une zone de pêche majeure ainsi qu’une artère commerciale mondiale. Elle est menacée par la pêche illégale, la piraterie, le trafic de drogue et la criminalité organisée transnationale, qui entravent la sécurité, le commerce et le développement.
Cette nouvelle force opérationnelle a pour objectif de protéger les économies maritimes au sein de la Zone de libre-échange continentale africaine grâce à une collecte soutenue de renseignements, une surveillance, des patrouilles, des opérations de recherche et de sauvetage, ainsi qu’une réaction rapide face aux menaces.
Il s’agit de la première unité navale maritime combinée créée et dirigée par des pays africains, sans recourir aux marines étrangères. La CMTF est conçue pour intervenir aux côtés des forces de sécurité et des services de justice pénale des États. Elle sera forte de 1 500 membres et disposera d’une flotte comprenant des moyens maritimes de surface et aériens, ainsi que des capacités de surveillance électronique.
Cette force opérationnelle vient renforcer et compléter l’Architecture de sécurité maritime de Yaoundé élaborée en 2013, qui établit un cadre politique et juridique de coopération entre les États d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale. Son rôle spécifique est de travailler avec le Centre régional de sécurité maritime d’Afrique de l’Ouest et le Centre régional de sécurité maritime d’Afrique centrale afin d’assurer une intervention rapide et une surveillance 24 heures sur 24.
« Malgré les nombreuses initiatives régionales, il subsistait des lacunes dans la répression et la capacité à coordonner les interventions sur le terrain face aux menaces maritimes complexes qui pèsent sur le golfe de Guinée », explique Martin Ewi, chercheur principal à l’ISS. « La CMTF témoigne de l’engagement des États de la région à prendre en main et à assumer la responsabilité de leur environnement marin et de sa sécurité. »
Le Nigéria a fourni la flotte initiale de la CMTF, composée de trois navires et d’un hélicoptère, ainsi que des véhicules, du personnel et le quartier général de la force à Lagos. La force opérationnelle collaborera avec des partenaires tels que l’Organisation maritime internationale, l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime, Interpol et l’Union européenne.
Pour plus d’informations, veuillez contacter :
Timothy Walker, ISS : [email protected] ou Martin Ewi, ISS : [email protected]