Le « coup d’État » à Madagascar suscite des réactions contrastées
Que le renversement d’Andry Rajoelina soit ou non un coup d’État, combien de temps faudra-t-il pour rétablir un gouvernement civil démocratique.
Les coups d’État sont redevenus monnaie courante en Afrique, même s’ils ne sont pas toujours reconnus comme tels. Entre 2020 et 2025, on dénombre onze putschs réussis et plusieurs tentatives. Le renversement du président malgache Andry Rajoelina en octobre dernier fait partie des plus récents.
Il a fait suite à un soulèvement populaire de la génération Z contre la mauvaise qualité des services, en particulier les coupures d’électricité et les pénuries d’eau. Lorsque le puissant Corps d’armée des personnels et des services administratifs et techniques (CAPSAT) a changé de camp, Andry Rajoelina a compris que la partie était finie et a fui hors du pays.
En désaccord, l’Union africaine (UA) a immédiatement suspendu Madagascar, conformément à sa politique contre les changements anticonstitutionnels de gouvernement. La Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) a décidé de s’engager auprès de Randrianirina et de son gouvernement pour soutenir sa promesse de rétablir un gouvernement civil démocratique dans un délai de deux ans.
Conformément à cette décision, le président sud-africain Cyril Ramaphosa, président par intérim de la SADC, a reçu Randrianirina à Pretoria le 16 janvier.
Le cabinet de Ramaphosa a déclaré : « Le colonel Randrianirina a informé le président Ramaphosa des mesures prises en vue d’un processus de transition pacifique, qui comprend un dialogue national entre tous les citoyens malgaches.
La seule suspension par l’UA ne constitue pas un moyen de dissuasion efficace
» Le président Ramaphosa s’est félicité de cette information et, conformément à la décision de la SADC, a saisi cette occasion pour réaffirmer la nécessité de soutenir la transition de Madagascar vers une démocratie constitutionnelle grâce à un dialogue national inclusif qui conduira à des élections dès que possible. »
Il a également réaffirmé la décision de la SADC de déployer la semaine prochaine le Groupe des Sages à Madagascar, avec à sa tête l’ancienne présidente du Malawi, Joyce Banda.
Des diplomates ont déclaré à ISS Today que le dirigeant malgache avait également exhorté Ramaphosa à intervenir auprès de l’UA pour la persuader de revenir sur la décision de suspension. Ils ont indiqué que la réunion de Pretoria avait créé un certain mécontentement à Addis-Abeba, d’autant plus que la déclaration de Ramaphosa ne faisait aucune référence au coup d’État.
Néanmoins, le gouvernement de Randrianirina semble également avoir été bien accueilli par la France, le partenaire européen le plus important de Madagascar. Le président français, Emmanuel Macron, a promis son soutien à la transition lors d’un entretien téléphonique avec le dirigeant malgache le 29 novembre.
Le 19 janvier, la ministre malgache des Affaires étrangères, Christine Razanamahasoa, a rencontré son homologue français, Jean-Noël Barrot, à Paris. Dans une déclaration commune, les deux ministres se sont engagés à « renouveler l’accord de partenariat conformément aux priorités de la Refondation ».
L’approche de l’UA est clairement plus punitive et moins tolérante que celle de la SADC
« La France reste déterminée à répondre aux besoins urgents de Madagascar et de sa population, en particulier des jeunes », indique la déclaration et précise qu’elle s’engage notamment à soutenir les services dont l’interruption avait déclenché les manifestations. « La France [...] réaffirme son soutien total à la poursuite du processus en vue de la tenue d’élections libres et transparentes selon le calendrier établi. »
Cette attitude positive a été particulièrement significative, car certains opposants politiques de Rajoelina le considéraient comme le représentant des intérêts français. Paris a toutefois fait preuve d’un pragmatisme indéniable. La France a en effet de nombreux intérêts durables à Madagascar, qu’ils soient économiques, politiques ou stratégiques, liés à sa présence militaire dans l’océan Indien.
Ainsi, quelle que soit la manière dont Rajoelina a quitté le pouvoir, il ressort clairement que la plupart des Malgaches estimaient qu’il méritait de partir. À bien des égards, il dirigeait un gouvernement corrompu, incompétent et autocratique qui rendait la situation plus difficile pour des citoyens figurant déjà parmi les plus pauvres au monde.
Cette évaluation n’est pas strictement pertinente pour définir son éviction, mais elle devrait faire partie du débat plus large sur la prévention des coups d’État. Il s’agit là d’un autre cas où l’UA et les Communautés économiques régionales auraient dû se montrer plus fermes face à la mauvaise gouvernance qui en est souvent à l’origine.
Les différences dans les réactions de l’UA et de la SADC à la destitution de Rajoelina ont inévitablement alimenté le débat à l’échelle du continent sur les réactions possibles face aux coups d’État ou, plus largement, face aux « changements anticonstitutionnels de gouvernement ». L’augmentation de leur fréquence suggère que la suspension par l’UA n’est pas à elle seule un moyen de dissuasion efficace.
La SADC et la France n’ont d’autre choix que de faire confiance à Randrianirina
L’UA, tout comme la SADC, a nommé un envoyé spécial à Madagascar, le haut diplomate djiboutien Mohamed Idris Farah, qui a rédigé un plan d’action proche de celui de la SADC. Ainsi, bien qu’il n’y ait pas de divergence totale entre les approches de l’UA et de la SADC, la position de l’UA est clairement plus punitive et moins tolérante envers les coups d’État que celle de la SADC.
Pour les Malgaches, qui souffrent depuis longtemps, le nouveau gouvernement a apporté un léger soulagement : moins de coupures d’électricité et un meilleur approvisionnement en eau. Il sera plus important de vérifier si la consultation nationale promise se terminera à temps en mai et conduira à des amendements ou à la rédaction d’une nouvelle constitution, ainsi qu’à des élections.
Le groupe de réflexion Amani Africa s’est dit préoccupé par la décision de Randrianirina de s’accorder deux ans pour rétablir un gouvernement civil, d’autant plus que la Haute Cour constitutionnelle « lui a confié la tâche d’organiser des élections dans les 60 jours suivant sa décision ». Ce qui est conforme à « l’article 53 de la Constitution, qui exige la tenue d’une élection présidentielle dans les 30 à 60 jours suivant la déclaration de vacance du poste par la Haute Cour constitutionnelle ».
Mises devant le fait accompli, la SADC et la France, entre autres, n’ont d’autre choix que de faire confiance à Randrianirina pour qu’il tienne sa promesse. Néanmoins, ils doivent tous rester vigilants pour s’assurer que la transition se déroule comme prévu.
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