Une élection prévisible sur fond de bataille de succession au Congo-Brazzaville
Le mécontentement croissant parmi les jeunes pourrait affaiblir l’emprise du pouvoir à mesure que s’ouvrent les incertitudes sur l’après-Sassou.
Publié le 09 mars 2026 dans
ISS Today
Par
Remadji Hoinathy
chercheur principal, Afrique centrale et bassin du lac Tchad, ISS
Nirvaly Mooloo
chargé de recherche, projet Afrique centrale et bassin du lac Tchad, ISS
Les élections présidentielles du 15 mars en République du Congo seront rigoureusement contrôlées et dominées par le Parti congolais du travail (PCT) au pouvoir. Le président sortant Denis Sassou Nguesso, 82 ans, brigue un cinquième mandat consécutif depuis son retour au pouvoir après la guerre civile de 1993 à 1999.
Comme les scrutins précédents, le résultat ne devrait pas changer la trajectoire politique du pays. Les élections au Congo-Brazzaville suivent toujours le même schéma, avec une victoire du président sortant au premier tour, une opposition fragmentée et une répression de l'espace civique et de la dissidence.
Les élections de ce mois-ci devraient donc reconduire le parti au pouvoir, alors que les problèmes économiques persistent et que les questions se multiplient au sujet des dirigeants congolais. Le PCT ne parvient pas à s'accorder sur un futur président, ce qui ouvre la voie à des divisions politiques internes.
Sassou Nguesso détient le record de la plus grande longévité à la tête d’un État parmi les dirigeants africains. Il a pris le pouvoir en 1979 dans un système de parti unique. Après avoir perdu les élections multipartites de 1992, il a refait son apparition sur la scène politique en 1997 en s’appuyant sur les militaires et a remporté toutes les élections depuis lors.
Il a obtenu plus de 85 % des voix au suffrage national en 2002 et 78,61 % en 2009. Les scrutins ont été entachés d'allégations de fraude électorale, la plupart des membres de l'opposition en ont été exclus ou ont retiré leur candidature.
Le président sortant a remporté la victoire dès le premier tour, plusieurs élections de suite
Grâce à des réformes constitutionnelles, notamment la suppression en 2015 des limites d'âge et des restrictions de mandat, Sassou Nguesso a prolongé son mandat lors des élections de 2016 et 2021. L’opposition a contesté les résultats des deux scrutins.
À la suite des élections de 2016, les dirigeants de l'opposition Jean Marie Michel Mokoko et André Okombi Salissa ont été arrêtés pour « atteinte à la sécurité intérieure de l'État ». En 2021, les électeurs dans certaines régions se sont plaints que leurs noms ne figuraient pas sur les listes électorales et d’une coupure d’Internet. Dans les deux cas, les résultats ont systématiquement donné la victoire dès le premier tour au président sortant, sans véritable concurrence.
Le PCT a la mainmise sur les mécanismes de participation politique et électorale. La Commission électorale nationale indépendante, dirigée par Henri Bouka depuis 2005, favorise le président sortant, laissant les partis d'opposition sceptiques sur son indépendance et sa neutralité.
La scène politique et l'espace civique du Congo-Brazzaville continuent de se détériorer. En 2023, le préfet de Brazzaville a pris un arrêté interdisant au parti d'opposition, le Mouvement Républicain d'organiser une réunion, affirmant qu’elle « menacerait la stabilité sociale et perturberait l’ordre public ».
Le régime a également été accusé d'enlever et de réprimer des membres de l'opposition, réduisant ainsi le nombre de candidats en lice. En mai dernier, des hommes armés et cagoulés ont enlevé l'opposant et candidat à la présidence Lassy Mbouity, qui a été retrouvé torturé quelques jours plus tard, ce qui a suscité des accusations contre le régime et la condamnation de la société civile. Il n’est pas en lice cette année.
Une prolongation du mandat de Sassou Nguesso ou une succession familiale poserait problème
Ces conditions rendent probable une victoire du parti au pouvoir en mars. Sur les six candidats de l'opposition en lice, trois se sont présentés aux élections précédentes sans faire grande différence, tandis que les trois autres se présentent pour la première fois avec un faible soutien populaire. Comme pour la réélection du président Paul Biya au Cameroun en octobre 2025, les Congolais doivent s'attendre à une continuité politique entachée par des divisions internes au sein du parti au pouvoir.
Au-delà de la répression de la dissidence, la résilience du système actuel dépendra moins d'un régime autoritaire que de la capacité du gouvernement à gérer les pressions économiques et sociales croissantes.
La domination politique de Sassou Nguesso a été largement soutenue par les revenus pétroliers, qui ont financé des réseaux de clientélisme et assuré la loyauté de l'élite du pays, tandis que la population s'appauvrissait davantage. Le Congo-Brazzaville est un producteur majeur de pétrole en Afrique subsaharienne. Ses réserves de pétrole brut génèrent environ 50 % des recettes publiques et 90 % des recettes d'exportation du pays.
Malgré cela, près de la moitié de la population (46,5 %) vit en dessous du seuil international de pauvreté fixé à 2,15 dollars US par jour, et une personne sur trois souffre d'insécurité alimentaire. Par ailleurs, malgré une baisse des taux, le ratio de la dette publique du pays s’élevait à 93,5 % en 2024. Le chômage des jeunes avoisine les 40 %, les moins de 25 ans représentant 60 % de la population.
La résilience du système dépendra de la capacité du gouvernement à gérer les pressions
L’augmentation du nombre de personnes économiquement marginalisées, en particulier les jeunes, pourrait très probablement faire perdre au parti au pouvoir son emprise sur le pays dans un avenir proche, d'autant plus que la question de la succession se profile.
L'introduction dans la Constitution de 2015 d'un mandat présidentiel de cinq ans, renouvelable deux fois sans limite d'âge, a effectivement remis à zéro le nombre de mandats de Sassou Nguesso, lui permettant ainsi de prolonger son règne.
Même s'il devait rester au pouvoir, la prolongation de son mandat ou une succession familiale pourrait poser problème. Selon certaines informations, le ministre de la Coopération internationale, Denis-Christel Sassou Nguesso, fils du président, qui a eu du mal à gagner le cœur des dirigeants du parti, serait prêt à prendre la relève.
D'autres membres du parti, notamment Jean-Dominique Okemba et le cousin de Sassou-Nguesso, Jean-Jacques Bouya, sont les plus susceptibles de défier le fils du président. Les divisions politiques au sein du parti au pouvoir ou de la mobilisation de l'opposition pourraient créer de l'instabilité.
Malgré un résultat électoral en théorie prévisible, l'État doit maintenir un processus ouvert en facilitant les missions d'observation coordonnées par l'Union africaine afin de garantir un minimum de crédibilité.
De plus, le pays a besoin d'un espace politique élargi qui garantisse une participation véritable des partis d'opposition et des acteurs de la société civile. Cela doit inclure la libération immédiate de tous les prisonniers politiques et journalistes détenus, réaffirmant ainsi le respect des libertés fondamentales et de l'État de droit.
Le gouvernement doit également diversifier l'économie afin de réduire la pauvreté et le chômage. Pour cela, des investissements audacieux devront être consentis dans le développement des infrastructures, sans accroître la dette publique ni la dépendance à l'aide étrangère.
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