Le Bénin confie à Romuald Wadagni un mandat porteur de fortes attentes
Le défi du nouveau président sera de concilier croissance inclusive, ouverture politique et rétablissement des relations avec ses voisins.
Romuald Wadagni a remporté l’élection présidentielle du 12 avril au Bénin avec 94,27 % des voix, face à son adversaire Paul Hounkpè, qui a reconnu sa défaite et appelé à l'unité nationale et au respect des valeurs républicaines. La Cour constitutionnelle a confirmé un taux de participation de 63,57 %, contre 50,17 % lors du scrutin de 2021.
Cette élection marque la cinquième alternance démocratique au Bénin depuis la Conférence nationale de 1990. Dans un contexte régional où la prolongation des mandats présidentiels constitue une source récurrente d'instabilité, le respect par le président sortant, Patrice Talon, de la limite constitutionnelle de deux mandats renforce la stabilité institutionnelle du pays.
Le scrutin s'est déroulé dans le calme ; néanmoins, des incidents isolés et localisés, notamment des soupçons de bourrage d'urnes, ont été signalés. Des enquêtes devront être menées afin d’établir les responsabilités. Toutefois, la Commission électorale, la Cour constitutionnelle et les missions d'observation ont estimé que ces incidents ne compromettaient pas la crédibilité de l'élection. La Cour constitutionnelle a d’ailleurs invalidé 34 596 voix à l'échelle nationale en raison d'irrégularités.
Paul Hounpké ne représentait pas une menace pour le candidat de la majorité présidentielle. Son parti, les Forces Cauris pour un Bénin émergent, avait enregistré des performances modestes lors des législatives et locales de janvier 2026 ainsi qu’à la présidentielle de 2021, avec respectivement 4,78 %, 6,65 % et 11,37 % des voix.
Ministre des Finances pendant une décennie, Wadagni est considéré comme l'un des principaux architectes du succès économique enregistré au cours des deux mandats de Talon. Sous sa conduite, le taux de croissance annuel du Produit Intérieur Brut (PIB) est passé de 1,8 % en 2015 à environ 8 % en 2025.
Malgré huit années de croissance soutenue, environ 40 % des Béninois vivent encore sous le seuil de pauvreté
Le défi majeur du nouveau gouvernement sera de transformer cette croissance économique en une réduction tangible de la pauvreté. Malgré une croissance soutenue, environ 40,1 % des Béninois vivent encore sous le seuil de pauvreté. Conscient de ce défi, Wadagni a placé la croissance inclusive au cœur de son programme 2026-2033, articulé autour de trois priorités: le bien-être social pour tous, une économie diversifiée et compétitive, ainsi que la cohésion nationale et la sécurité.
Le succès de son mandat dépendra également de sa capacité à garantir le pluralisme politique et l'équilibre des pouvoirs, à renforcer l'État de droit et à normaliser les relations avec les pays voisins.
La présidentielle s'est tenue dans un contexte sans précédent, quatre mois après la tentative de coup d'État du 7 décembre qui menaçait de perturber le processus électoral et de déstabiliser le pays. Cette élection intervient également après une série de réformes constitutionnelles et institutionnelles majeures engagées depuis 2016.
Ces réformes ont profondément modifié les conditions de participation et de compétition politiques, tout en restreignant l'espace civique et politique. Ces réformes, en particulier l'exigence d’un quota de parrainage de 15 % des députés et/ou des maires, introduite à la suite de la révision du code électoral de mars 2024, expliquent en partie l'absence de la principale formation d'opposition, Les Démocrates, lors de la présidentielle.
Wadagni hérite d’un paysage politique et institutionnel dominé par des députés et des élus locaux issus de la mouvance présidentielle, et désormais seuls habilités à parrainer les candidatures à la présidentielle de 2033.
L'opposition pourrait être exclue du processus électoral jusqu'en 2040 si les règles de parrainage ne sont pas modifiées
L’opposition, quant à elle, apparaît affaiblie et traversée par des crises internes. Le départ de l’ancien président Boni Yayi de la tête des Démocrates en mars 2026 a plongé le parti dans une crise de leadership sans précédent, entraînant plusieurs défections. Dans ces conditions, l’opposition pourrait rester absente du jeu électoral jusqu’à la présidentielle de 2040 si les règles de parrainage ne sont pas révisées.
La Constitution de novembre 2025 stipule qu'un « pacte de responsabilité républicaine peut être conclu entre le gouvernement et les partis politiques sous l’égide du Sénat, afin d’établir un cadre de collaboration avec l’opposition, en raison de la prohibition des campagnes électorales permanentes hors période électorale ».
Cette disposition, tout comme la trêve politique controversée introduite par la révision constitutionnelle de 2025, dont les contours restent à clarifier, ne doit pas devenir des outils de neutralisation de l'opposition et de restriction du débat contradictoire. Ce pacte devrait plutôt servir de cadre de dialogue et de recherche de consensus.
Comme prévu dans son programme, Wadagni devra également assurer la mise en œuvre effective des mécanismes institutionnalisés de participation citoyenne et des dialogues itinérants de redevabilité publique, deux leviers essentiels pour renforcer la cohésion nationale.
Le gouvernement gagnerait à engager rapidement un dialogue national avec les forces vives du pays afin d'évaluer les réformes contestées, d’en corriger les lacunes et de dégager des compromis susceptibles de garantir l’adhésion populaire tout en préservant la démocratie et l'État de droit.
Le vide sécuritaire créé par la rupture des partenariats régionaux ne profite qu'aux groupes terroristes
Le nouveau pouvoir devra également tirer les leçons de la tentative de coup d'État, qui a rappelé la fragilité des acquis démocratiques du pays. Pour sa part, l'opposition devra se réinventer pour constituer une alternative crédible et jouer efficacement son rôle de contre-pouvoir.
La relation entre Wadagni et Talon constituera un facteur déterminant de la stabilité du Bénin au cours des sept prochaines années. Le risque de friction institutionnelle est élevé, particulièrement avec la création, en novembre 2025, d'un Sénat doté d’importantes prérogatives, notamment l'examen des lois votées par l'Assemblée nationale et la demande de seconde lecture des textes législatifs. Une éventuelle nomination de Talon à la tête du Sénat pourrait institutionnaliser une forme d'exécutif bicéphale.
Enfin, Wadagni devra redynamiser la coopération régionale dans un contexte sécuritaire préoccupant. Les attaques terroristes persistent dans le nord du pays, tandis que les relations avec certains voisins sont tendues. Si les liens avec le Nigeria se sont améliorés après son soutien face à la tentative de coup d'État, les rapports avec le Burkina Faso et le Niger restent fragiles.
Pendant sa campagne, Wadagni a adopté un ton conciliant envers ses voisins, présentant son élection comme une opportunité de relance diplomatique. Il reconnaît que le Bénin ne peut pas faire face seul à des menaces sécuritaires multidimensionnelles. Toutefois, la reprise de la coopération régionale dépendra aussi de la volonté politique des autorités de Niamey et de Ouagadougou.
Le vide sécuritaire créé par la rupture de la collaboration régionale ne profite qu'aux groupes terroristes. En l’absence de coopération, les zones transfrontalières et le complexe W-Arly-Pendjari continueront de servir de bases arrière, au détriment de la stabilité des trois pays.
Si vous souhaitez republier des articles ISS Today, veuillez nous écrire. Les droits exclusifs de re-publication ont été accordés à Premium Times, au Nigeria, et à News24, en Afrique du Sud.