REUTERS/ Souleymane Camara

En Guinée, la transition s’achève mais le défi de la stabilité demeure

Malgré le respect du calendrier de la CEDEAO, le retour de la Guinée à la démocratie reste empreint de controverses.

Le 31 mai prochain, 6,8 millions de citoyennes et citoyens guinéens choisiront leurs députés et conseillers communaux lors des élections législatives et locales. Ces scrutins s’inscrivent dans la continuité du processus de retour à l’ordre constitutionnel, à la suite de la présidentielle de décembre 2025 remportée par Mamady Doumbouya avec 86,72 % des suffrages.

Après le coup d’État de 2021 en Guinée, un accord sur le calendrier de la transition a été conclu avec la CEDEAO en 2022. Si le pays enregistre des avancées politiques et institutionnelles dans un contexte régional de crise démocratique, la tenue de ces élections continue de susciter des controverses.

Ce double scrutin verra la matérialisation du bicamérisme introduit à l’issue du référendum constitutionnel de septembre 2025. À côté de l’Assemblée nationale, la création d’un Sénat composé de 87 membres viserait, d’une part, à assurer une meilleure représentativité des régions naturelles de la Guinée et, d’autre part, à favoriser le dialogue et l’unité nationale ainsi que la sauvegarde des us et coutumes guinéens.

Les sénateurs seront élus au suffrage universel indirect, les deux tiers étant choisis par les conseillers régionaux et communaux et le tiers restant désigné par le président de la République. La création d’un Sénat a toutefois été décriée car perçue comme un moyen d’entretenir une clientèle politique. Cette évolution pourrait également présenter des inconvénients opérationnels liés à des lenteurs administratives ou au coût financier du fonctionnement de deux chambres.

L’Assemblée nationale, dont la fonction législative a été exercée durant la transition par un Conseil national de la transition (CNT) non élu, comptera 147 députés, contre 114 auparavant. Un tiers sera élu au scrutin proportionnel sur une liste nationale, et les deux tiers restants au scrutin majoritaire à un tour dans des circonscriptions uninominales ou plurinominales.

La tenue d’élections locales devrait également permettre un retour à la légitimité élective à la tête des collectivités territoriales. Depuis la dissolution des conseils communaux en mars 2024, des délégations spéciales, dont les membres sont directement nommés par le pouvoir, ont remplacé les conseillers municipaux élus lors des élections locales de février 2018.

L’autorisation des candidatures indépendantes devrait stimuler la participation citoyenne locale

Les élections locales suscitent un fort intérêt, comme le montrent les rivalités inter et intrapartisanes pour l’établissement des listes de candidatures. Elles devraient, en théorie, renforcer la participation citoyenne à la gouvernance locale.

L’introduction des candidatures indépendantes aux élections à l’issue du référendum de septembre 2025 s’inscrit dans cette dynamique. Elle permet ainsi aux candidatures non affiliées à un parti ou à un mouvement de premier plan d’émerger. Cependant, la participation citoyenne à la gouvernance locale demeurera un vœu pieux si elle n’est pas accompagnée de moyens suffisants et d’une politique de décentralisation effective.

Ces élections matérialisent une volonté de promouvoir la participation effective des femmes. En effet, la Constitution consacre comme principe fondamental la promotion de la parité hommes-femmes. Un quota d’au moins 30 % de femmes aux postes décisionnels et électifs à l’échelle nationale, régionale et locale doit ainsi être respecté.

Selon le Code électoral, les listes de candidats aux élections communales et législatives doivent être alternativement composées d’au moins 30 % de femmes. Pour ces scrutins, si la représentation des femmes candidates atteint 31 % sur les listes législatives majoritaires, elle est de 29 % pour les listes présentées aux élections locales.

Ces avancées notables coexistent toutefois avec des sources d’inquiétudes susceptibles de remettre en cause la crédibilité du double scrutin et, plus largement, la trajectoire démocratique du pays.

La dissolution de 40 partis politiques alimente les craintes d’un retour au parti unique

À l’instar du référendum de septembre 2025 et de la présidentielle de décembre 2025, la Direction générale des élections (DGE) du ministère de l’Administration du territoire et de la décentralisation (MATD) est chargée de l’organisation de ce double scrutin. Cette situation continue d’alimenter des doutes quant à l’impartialité de la conduite du processus électoral.

Ces doutes sont renforcés par le rejet de plusieurs listes de partis d’opposition et la validation de celles appartenant à la mouvance présidentielle, réunie autour de la Génération pour la modernité et le développement (GMD). Dans certains cas, les listes acceptées et rejetées présentaient les mêmes manquements.

La validation des candidatures de personnalités issues du CNT ou d’anciens ministres de la transition est également controversée. Si la Constitution ne les exclut pas explicitement, la Charte de la transition interdit à tous les membres du gouvernement de transition et députés actuels de se présenter aux élections qui marqueront la fin de la transition.

Ce double scrutin ne verra pas la participation des partis qui ont marqué l’histoire politique de la Guinée. En mars 2026, quarante partis politiques ont été dissous à la suite d’un processus d’évaluation piloté par le MATD. Parmi eux figuraient ceux des anciens présidents Alpha Condé, Lansana Conté et Ahmed Sékou Touré (père de l’indépendance), ainsi que des anciens Premiers ministres Cellou Dalein Diallo et Sidya Touré.

Cette décision amorce une reconfiguration du paysage politique. En témoignent l’émergence de nouvelles forces, incarnée notamment par la GMD, perçue comme étant largement favorisée, et la relative montée en puissance de formations politiques plus modestes, parvenues à renforcer leurs assises, telles que le Front démocratique de Guinée (FRONDEG).

La Guinée manifeste une réelle volonté de revenir à l’ordre constitutionnel

Cette dynamique suscite la crainte d’un retour au système de parti unique et remet en question le principe du pluralisme politique consacré en 1991. Elle affectera durablement la composition des prochains conseils communaux et du Parlement, faisant peser le risque de structures politiques dominées par une seule force, avec pour conséquences un affaiblissement des contre-pouvoirs et une dégradation de la qualité de la démocratie.

Cette dissolution intervient dans un contexte de vives critiques formulées ces dernières années à l’encontre des autorités concernant le rétrécissement de l’espace civique et politique. L’interdiction des manifestations, la récurrence des enlèvements et des disparitions de voix discordantes et de leurs proches, ainsi que la fermeture et le contrôle accru des médias, comptent parmi les motifs d’inquiétude.

Alors que le double scrutin du 31 mai répond à la volonté des autorités de poser les bases d’institutions républicaines, le cadre dans lequel il se déroule soulève des interrogations quant à la consolidation des acquis démocratiques et au processus de stabilisation de la Guinée.

Si le régime fait figure d’exception par rapport à ceux également issus de coups d’État dans la région, l’organisation de scrutins témoignant d’une réelle volonté de revenir à l’ordre constitutionnel, ces élections ne sauraient être une finalité.

Seule une inclusion effective de l’ensemble des forces vives du pays dans la gouvernance publique, par ailleurs gage d’une stabilité à long terme, permettra d’atteindre les objectifs de refondation sociopolitique et institutionnelle.

Si vous souhaitez republier des articles ISS Today, veuillez nous écrire. Les droits exclusifs de re-publication ont été accordés à Premium Times, au Nigeria, et à News24, en Afrique du Sud.

Partenaires de développement
Le travail de recherche qui sous-tend cet article a bénéficié du soutien du Royaume du Danemark et de la Fondation Bosch. L’ISS tient à remercier les membres du Forum de partenariat de l’Institut, notamment la Fondation Hanns Seidel, l’Open Society Foundations, l’Union européenne, ainsi que les gouvernements du Danemark, de l’Irlande, de la Norvège, des Pays-Bas et de la Suède.
Contenu lié