Ruto à la place de Ramaphosa au G7 organisé par la France ?
Donald Trump aurait menacé de boycotter le sommet du G7 si le président sud-africain y était invité.
Le président sud-africain Cyril Ramaphosa participe régulièrement aux sommets annuels du G7, le club des pays riches industrialisés. Ce signe de solidarité occidentale revêtait une importance particulière pour lui cette année, alors que le président américain Donald Trump ne cesse de critiquer son pays.
Trump a boycotté le sommet du G20 en Afrique du Sud l'année dernière et n'a pas invité le pays à la présidence américaine du G20 en 2026, bien que l'Afrique du Sud soit un membre fondateur du G20 et que certains membres s'opposent à son exclusion.
Les membres européens du G20 se sont ralliés à l'Afrique du Sud. Des diplomates ont déclaré à ISS Today que lors du sommet du G20 de 2025, le président français Emmanuel Macron a invité en privé Ramaphosa au sommet du G7, qu'il organisera en juin 2026.
L’ambassadeur de France en Afrique du Sud, David Martinon, a révélé au Daily Maverick que Macron avait également assuré à Ramaphosa que, sous sa présidence du G7, il reprendrait certains des points clés du programme de développement de l’Afrique du Sud au sein du G20 — que Trump avait mis de côté
Ce fut donc un choc lorsque le porte-parole de Ramaphosa, Vincent Magwenya, a annoncé en mars que Macron avait été contraint de retirer son invitation à Ramaphosa, Trump ayant averti qu'il boycotterait le sommet si Ramaphosa y participait.
Le pays hôte du sommet du G7 a toujours disposé d’une grande latitude quant au choix de ses invités
Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a publiquement nié que la France ait cédé aux pressions américaines. Il a déclaré qu’un sommet plus « rationalisé » serait organisé et que Macron avait invité à la place le président kenyan William Ruto, qui coprésiderait avec lui le sommet France-Afrique à Nairobi en mai.
Ramaphosa, lui-même, a par la suite démentit Magwenya, affirmant qu’il n’avait pas connaissance de pressions exercées par les États-Unis. Puis, il a été contredit par la ministre à la Présidence, Khumbudzo Ntshavheni, qui a déclaré : « Le retrait de l’invitation par la France au G7 […] sous la pression des États-Unis est désormais sur la place publique ».
Cette avalanche d’informations contradictoires a semé la confusion. Cependant, des diplomates ont par la suite abondé dans le sens de Magwenya dans leur déclaration à ISS Today. Trump avait menacé de ne pas assister au sommet du G7 si Ramaphosa était présent. Or, Macron ne pouvait pas accepter l'absence du dirigeant de la plus grande économie mondiale, compte tenu des nombreux enjeux existant entre les États-Unis et les autres membres.
ISS Today a également appris que Ramaphosa avait nié toute annulation d’invitation « afin d’apaiser les tensions diplomatiques ». Il aurait poliment décliné l’invitation de Macron au sommet France-Afrique, non pas à cause du retrait de sa participation au G7, mais, officiellement, en raison de contraintes d’agenda et d’engagements antérieurs.
L’explication de Barrot a toujours été discutable. Le pays hôte du sommet du G7 dispose d’une grande latitude quant au choix des invités. Suggérer qu’il n’y avait pas de place à la table pour Ramaphosa parce que Ruto occupait le quota africain d'un seul siège n’avait aucun sens.
Bien que membre fondateur du G20, l’Afrique du Sud n’a pas été invitée par les États-Unis au G20 de 2026
Il s’agissait clairement d’une manifestation de l’animosité particulière de Trump envers l’Afrique du Sud, qu’il a exprimée de multiples façons au cours de son deuxième mandat à la présidence. On dit également que les États-Unis auraient pu influencer la décision de Macron, ce dernier ayant eu un entretien téléphonique avec le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, juste avant que l’on apprenne que l’invitation de Ramaphosa avait été annulée.
Politico a rapporté qu'interrogé sur la possible pression de Trump sur Macron pour qu'il retire son invitation à Ramaphosa, un responsable de la Maison Blanche a déclaré : « Après discussion entre les membres du G7, il a été décidé collectivement que le Kenya devait être invité au sommet ». Toutefois, il semble peu probable que d'autres membres du G7 aient insisté pour que Ramaphosa cède sa place à Ruto.
Politico a laissé entendre que Macron avait également décidé de ne pas inviter le président ukrainien Volodymyr Zelensky au sommet du G7, afin de ne pas contrarier Trump. Zelensky avait été invité aux trois derniers sommets du G7.
Il semblerait donc que Ruto soit le dirigeant africain préféré de Trump, et Ramaphosa le moins apprécié. Au cours de leur conversation téléphonique, Rubio a remercié Ruto d'avoir condamné publiquement l'agression iranienne contre les États du Golfe et la contribution du Kenya à la paix et à la sécurité en Haïti.
Par contre, l'administration Trump a critiqué l'Afrique du Sud pour ses liens étroits avec l'Iran. En janvier, les États-Unis ont fait pression sur Ramaphosa pour qu'il annule la participation de trois navires de guerre iraniens à l'exercice naval conjoint « Exercise Will for Peace » dans les eaux sud-africaines. Des navires de guerre russes, chinois et émiratis ont également collaboré à ce que la Force de défense nationale sud-africaine a qualifié d’exercice « BRICS-Plus ».
Macron confère à Ruto, en baisse de popularité dans son pays, une plus grande légitimité internationale
Pour la France, cependant, le Kenya est un partenaire utile. Après avoir été chassé du Sahel par des juntes militaires dans un contexte de sentiment anti-français croissant, dans la région et dans toute l’Afrique francophone, Macron semble se tourner vers l’Afrique anglophone pour y trouver un soutien. Ce sera la première fois que le sommet France-Afrique se tiendra dans un pays africain anglophone, lui permettant de se débarrasser en partie de l’image néocolonialiste de la France.
Et c'est un atout pour Ruto d'organiser avec Macron le sommet France-Afrique et d'assister au sommet du G7, d'autant plus que ce sera apparemment aux frais de Ramaphosa. Macron lui rend le double service de lui offrir une tribune internationale et une plus grande légitimité internationale, à un moment où sa popularité dans son pays est en baisse, selon la déclaration d'un analyste kenyan à ISS Today, qui a souhaité garder l’anonymat.
Ruto devra néanmoins en payer le prix, a fait remarquer cet analyste, car de nombreux Kenyans partagent le sentiment anti-français et anticolonialiste de l’Afrique francophone. Il pourrait donc essuyer des critiques au niveau local pour cette fraternisation avec la France.
Néanmoins, le fait d’être sous les projecteurs du monde entier lors du sommet du G7 pourrait aider Ruto à atténuer quelque peu ce reflet francophone et à être perçu comme bénéficiant des faveurs de l’Occident dans son ensemble.
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