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Niger-Bénin : une fenêtre d’opportunité pour rétablir le dialogue

La transition politique à Cotonou ouvre une opportunité de désescalade régionale que l’Union africaine doit saisir.

L’élection de Romuald Wadagni à la présidence du Bénin le 12 avril pourrait dépasser le cadre d’une simple transition interne en rouvrant le dialogue entre le Niger et le Bénin et en contribuant à atténuer des tensions régionales plus larges. L’Union africaine (UA) demeure l’un des rares acteurs encore en mesure de jouer un rôle de facilitation crédible.

Depuis le retrait des pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) le 29 janvier 2025, les tensions se sont cristallisées à l’échelle bilatérale, notamment entre le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire, le Mali et la Côte d’Ivoire, ainsi que le Bénin et le Niger. La relation Cotonou-Niamey se distingue par une forte crispation, marquée par une méfiance, une personnalisation et des accusations réciproques.

À la suite du coup d’État de 2023 au Niger, le soutien du président béninois Patrice Talon à la position de la CEDEAO en faveur du rétablissement de Mohamed Bazoum, y compris par la force, a conduit Niamey à fermer la frontière, toujours close malgré la levée des sanctions communautaires en février 2024.

Le différend s’est depuis focalisé autour des accusations nigériennes faisant état d’une présence militaire française dans le nord du Bénin, ce que Cotonou dément. La tentative de coup d’État contre Talon en 2025 a encore durci les positions, alimentant les accusations contre le Niger.

Malgré les dénégations du général Tiani, cet épisode a entraîné des expulsions diplomatiques réciproques au début de l’année 2026. La situation s’est encore aggravée avec l’attaque de janvier contre l’aéroport de Niamey, Tiani accusant directement Talon, le président français Emmanuel Macron et le président ivoirien Alassane Ouattara de l’avoir soutenue.

L’alternance au Bénin pourrait rouvrir un dialogue entravé par deux années de tensions personnalisées

L’alternance politique au Bénin reconfigure toutefois les conditions d’un dialogue que deux années de contentieux personnalisé avaient rendu difficilement envisageable. Durant sa campagne, Romuald Wadagni a affiché sa volonté de rétablir la confiance avec les pays voisins.

Technocrate reconnu, non associé aux phases les plus conflictuelles de la période post-coup d’État au Niger, Wadagni dispose d’une marge de manœuvre nouvelle  Une initiative régionale ambitieuse signalerait le changement attendu de son gouvernement, tout en offrant une différenciation politique que la seule continuité économique ne saurait garantir.

Dans ce contexte, Niamey pourrait également tirer parti de cette normalisation. Initialement utilisée comme levier de pression, la fermeture de la frontière est devenue un handicap sécuritaire, économique et diplomatique. Un apaisement sur son flanc sud permettrait aux autorités de se recentrer sur une transition politique actuellement enlisée.

Cette convergence d’intérêts repose sur des interdépendances économiques et sécuritaires qui empêchent une rupture totale. L’oléoduc Niger-Bénin en offre une illustration : malgré son usage réciproque à des fins coercitives – blocage des exportations par Cotonou en 2024, puis fermeture des vannes par Niamey – aucune des deux parties n’a cherché à démanteler le dispositif, qui a continué de fonctionner de manière intermittente.

Pour le Niger, le rétablissement de l’accès au corridor maritime béninois permettrait d’alléger les contraintes d’approvisionnement et de réduire la dépendance à des itinéraires plus longs et plus coûteux, qui ont contribué à la hausse des prix. Sans rétablissement formel du dialogue avec Cotonou, les perspectives économiques du Niger resteront durablement contraintes.

À la frontière entre le Bénin, le Niger et le Nigeria, les violences ont augmenté de 86 % entre 2024 et 2025

Pour le Bénin, une normalisation relancerait l’activité du port de Cotonou, dont le trafic de transit, historiquement assuré à plus de 90 % par le Niger, reste inférieur à son niveau d’avant la crise. Entre le premier trimestre 2023 et celui de 2024, le nombre d’escales a reculé de 24 % et les importations de 34 %.

Sur le plan sécuritaire, une meilleure coopération bilatérale dans le complexe W-Arly-Pendjari servirait des intérêts communs. Elle renforcerait la capacité du Niger à contenir les groupes armés qui exploitent les failles de coordination transfrontalière pour se déplacer, recruter et soutenir leurs opérations.

Pour le Bénin, cela permettrait d’alléger la pression sur des forces confrontées à une intensification des incursions dans l’Alibori et l’Atacora. Les violences dans la zone frontalière entre le Bénin-Niger-Nigeria ont augmenté de 86 % entre 2024 et 2025. En avril 2025, une attaque du JNIM a coûté la vie à 54 soldats béninois, faisant de cette année la plus meurtrière enregistrée par le pays.

Au-delà du cadre bilatéral, une normalisation des relations entre Niamey et Cotonou pourrait produire un effet d’entraînement régional. Dans le contexte de solidarité au sein de l’AES, une détente avec le Niger pourrait amener le Burkina Faso à assouplir sa position vis-à-vis du Bénin, notamment sur la coordination militaire dans la zone de Kourou-Koalou, où un dispositif conjoint, acté sur le principe en 2023, reste bloqué par les tensions régionales.

Plus largement, une telle évolution pourrait rouvrir des espaces de coopération pragmatique dans la sous-région et, alors que se précisent les modalités de séparation entre l’AES et la CEDEAO,  favoriser l’émergence d’un cadre minimal de coopération entre les deux ensembles, en particulier sur les enjeux sécuritaires.

L’UA peut jouer un rôle de facilitateur pour réactiver une dynamique d’engagement régional en recul

La question de la présence militaire française au Bénin reste toutefois un point de tension majeur. La reconnaissance récente par Paris du déploiement de forces spéciales en appui aux efforts béninois de lutte contre le terrorisme vient en partie valider les préoccupations exprimées par Niamey.

Pour autant, en faire un préalable à une reprise du dialogue reviendrait à empiéter sur les choix souverains du Bénin en matière de défense et risquerait de fermer toute perspective de rapprochement.

La normalisation peut en revanche s’appuyer sur des garanties mutuelles et formalisées encadrant l’utilisation des territoires respectifs afin de dissiper toute perception de déstabilisation, notamment à travers des engagements de non-déploiement de forces étrangères à proximité de la frontière commune.

En somme, la transition à Cotonou ouvre une fenêtre d’opportunité étroite. La laisser se refermer prolongerait une impasse politique aux coûts croissants pour les deux pays et la région. L’UA peut ici jouer un rôle de facilitation, en mobilisant une capacité d’engagement que peu d’acteurs régionaux conservent.

Dans ce cadre, la Mission de l’UA pour le Mali et le Sahel (MISAHEL) apparaît comme le principal levier institutionnel de l’UA. Son mandat, sa présence à Bamako et ses canaux de dialogue avec les États de l’AES comme de la CEDEAO en font un acteur pivot. Son représentant spécial a d’ailleurs déjà engagé des consultations des deux côtés.

Addis-Abeba devrait capitaliser sur cette dynamique en renforçant son appui politique à la MISAHEL et permettre à l’UA d’affirmer son leadership dans un contexte de fragmentation sous-régionale.

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