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Les champions africains tracent la voie du Pacte mondial pour les migrations

Dix-sept pays africains font figure de pionniers en matière de gestion mondiale des migrations, seront-ils suivis par d’autres ?

Plus de 80 % des personnes qui migrent en Afrique restent sur le continent, ce qui met souvent à rude épreuve les pays voisins. Pourtant, la migration est aussi un moteur de la croissance économique, du développement et de l’intégration régionale.

La migration reste un sujet controversé à l'échelle mondiale, comme en témoigne l’escalade des tensions en Afrique du Sud.

Le Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières (GCM) a été adopté en 2018 pour favoriser la coopération internationale, protéger les droits des migrants et gérer les flux migratoires complexes. Le Pacte mondial offre un cadre structuré et coopératif à l’Afrique qui lui permet de lutter contre la migration irrégulière tout en maximisant les avantages de la mobilité humaine.

Le GCM permet aux pays de redéfinir la migration, en transformant ce qui est un défi empreint de nombreux risques en une voie de développement, en accord avec le Cadre de politique migratoire pour l’Afrique et l’Agenda 2063 de l’Union africaine (UA).

Alors que les États membres se préparent pour le deuxième Forum international d’examen des migrations (IMRF) du GCM qui se tient à New York ce mois-ci, la mise en œuvre du GCM à l’échelle mondiale tarde encore. L'expérience de l'Afrique peut changer la donne.

La migration reste un sujet de controverses, comme le montrent les tensions accrues en Afrique du Sud

Depuis 2020, des pays se sont portés volontaires pour jouer le rôle de « champions » du GCM et contribuer à orienter ses objectifs et à atteindre ses cibles. En avril 2026, 17 champions africains ont évalué leurs progrès et préparé une contribution conjointe pour l'IMRF. Il s'agit du Tchad, de l'Égypte, de l'Éthiopie, de l'Eswatini, de la Gambie, du Ghana, de la Guinée‑Bissau, du Kenya, du Lesotho, du Malawi, du Mali, du Maroc, du Nigeria, du Rwanda, du Sénégal, de la Sierra Leone et du Zimbabwe.

Les pays champions du Pacte mondial pour les migrations
Source : Réseau des Nations unies sur les migrations

 

Ces pays ont réaffirmé le rôle de l’Afrique dans la mise en œuvre du GCM, démontrant son application pratique et fournissant une étude de cas aux États membres à l’IMRF 2026. On peut citer pour exemple les partenariats de compétences liés aux programmes nationaux de transformation, comme ceux adoptés par le Ghana pour la formation technique et professionnelle, ainsi que les efforts pour relier les politiques nationales de migration de main-d'œuvre aux accords régionaux de libre circulation en Afrique de l'Ouest, de l'Est et en Afrique australe.

Cinq questions clés devraient orienter les débats à New York.

Premièrement, une meilleure gouvernance des migrations nécessite des données précises. Renforcer la base factuelle en consolidant les systèmes nationaux de données sur les migrations et en s’accordant sur un ensemble restreint d’indicateurs communs permettrait d’améliorer la responsabilité tant dans le cadre du Pacte mondial que de l’UA.

L’objectif n° 1 du GCM invite les États à collecter et à utiliser des données précises et ventilées pour élaborer des politiques fondées sur des données factuelles. Les débats voient souvent les migrations comme des crises, alors que les données factuelles sur les personnes qui se déplacent, dans quelles conditions et avec quels résultats peuvent être partielles ou contestées. 

Pour y remédier, les pays africains investissent dans des profils de migration nationaux, des plateformes de données et des cadres d’action. Certains réalisent des études sur la migration, le changement climatique et le genre afin d’orienter les politiques. Pourtant, les passages informels, la mobilité interne et les déplacements de population sont mal pris en compte. Les informations sur la migration sont dispersées et des lacunes subsistent entre la production de données et l’élaboration des politiques.

Lors de l’IMRF 2026, les États africains doivent plaider pour un soutien plus important afin de consolider les systèmes nationaux de données sur les migrations, plutôt que créer de nouvelles initiatives, et d’élaborer un petit ensemble d'« indicateurs de base » africains destinés aux rapports du GCM et de l'UA.

Les programmes de mobilité de la main-d’œuvre ne concernent que quelques milliers de personnes par an

Deuxièmement, on doit mettre en place des voies de migration régulières et renforcer la mobilité de la main-d'œuvre. Les pays africains testent actuellement des programmes de migration circulaire, des partenariats de compétences liés au développement des pays, ainsi qu'un alignement plus étroit entre les politiques de migration de main-d'œuvre et les régimes régionaux de libre circulation en Afrique de l'Ouest, de l'Est et australe.

Cependant, ces programmes ne concernent que quelques milliers de travailleurs par an, alors que des dizaines de millions de jeunes Africains entrent ou aspirent à entrer sur le marché du travail chaque année.

L’expérience en Afrique de l’Ouest et de l’Est suggère que les programmes de mobilité de la main-d’œuvre sont plus durables lorsqu’ils s’appuient sur des cadres régionaux de libre circulation, conçus et pris en charge conjointement par les gouvernements des pays d’origine et de destination, explicitement liés au développement des compétences et à la croissance inclusive. Cela souligne l’intérêt de dépasser les projets pilotes dispersés pour s’orienter à court terme vers des partenariats de mobilité moins nombreux, plus vastes et mieux conçus, assortis de garanties claires et d’un suivi.

Troisièmement, la protection, les conditions d'un retour dans la dignité et d'une réintégration durable restent systématiquement insuffisantes. Dans certains pays, comme le Mali, les directives nationales en matière de réintégration associent l’aide individuelle à la formation professionnelle et au développement local.

Les efforts régionaux montrent que l'évacuation en toute sécurité et la protection temporaire des migrants vulnérables sont réalisables lorsque les responsabilités sont partagées entre les pays, notamment par le biais de plateformes telles que le Forum panafricain sur les migrations. Plusieurs États renforcent l’encadrement de l’asile et des déplacements internes et expérimentent des alternatives à la détention des immigrants.

Les pays africains montrent la voie, le reste du monde devrait en prendre bonne note

Toutefois, les États africains sont confrontés au défi de la « projetisation » de tâches complexes et de longue haleine. Le financement du retour et de la réintégration durable reste souvent établi sur une durée limitée et axé sur des projets spécifiques. Une fois les projets terminés, les structures peuvent avoir du mal à pérenniser les acquis, et les migrants ainsi que les communautés risquent de perdre le soutien dont ils bénéficiaient.

La réintégration durable et les approches alternatives à la détention sont plus efficaces lorsqu’elles s’inscrivent dans des plans de gouvernance et de développement plus larges, dotés de ressources pluriannuelles et de résultats mesurables, tant au niveau individuel que communautaire. L’IMRF 2026 offre aux États membres et aux partenaires l’occasion de manifester leur soutien au retour et à une réintégration durable qui ne reposent pas sur des projets fragmentés.

Quatrièmement, la diaspora et le climat sont deux leviers importants et sous-utilisés. Selon les estimations de la Banque mondiale, les envois de fonds vers l’Afrique s’élèvent à près de 100 milliards de dollars US par an. Cependant, l’engagement de la diaspora se concentre souvent sur des événements symboliques ou des initiatives à petite échelle.

Les pays africains commencent à institutionnaliser la représentation de la diaspora, à promouvoir le tourisme et le transfert de compétences, et à explorer des instruments d’investissement. Ces initiatives nécessitent une conception minutieuse, en particulier des attentes réalistes vis-à-vis des communautés de la diaspora, et des produits financiers adaptés.

La mobilité liée au climat est un autre aspect dans lequel l’Afrique commence à agir, mais des lacunes subsistent. Elle peut être à la fois un risque et une stratégie d’adaptation, selon la manière dont elle est gérée. Les stratégies nationales doivent tenir compte de la mobilité climatique et aligner la gouvernance des migrations sur les cadres de réduction des risques de catastrophe et d’adaptation.

Il est essentiel de développer des outils pour des parcours professionnels adaptés au climat, des relocalisations planifiées et une protection sociale dans les zones touchées. Ces questions pourraient être prioritaires dans les discussions sur la mise en œuvre du GCM.

Enfin, l’expérience de l’Afrique dans le déroulement du Pacte mondial montre que la gouvernance des migrations est intrinsèquement politique et qu’elle implique de trouver un équilibre entre différents objectifs. Les décisions relatives à la formalisation des déplacements, au développement des compétences, à l’engagement de la diaspora et à la réintégration durable ont toutes des incidences sur les marchés du travail, les finances publiques et la cohésion sociale.

Il n’existe pas de solution parfaite aux défis de la gouvernance des migrations. Au sein de l’IMRF et au-delà, des discussions franches sur les risques et les compromis, ainsi que l’élaboration de solutions viables, sont essentielles à la crédibilité du Pacte mondial.

Les pays africains montrent la voie. Le reste du monde devrait en prendre bonne note et veiller à ce que la prochaine phase du Pacte mondial soit solidement ancrée dans la pratique.

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