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Le Nigeria aux prises avec la méthamphétamine industrielle

Le sud-ouest du Nigeria, longtemps épargné par les menaces sécuritaires, est désormais confronté à une convergence inquiétante entre drogue et terrorisme.

L’Agence nationale de lutte contre la drogue (NDLEA) du Nigeria a récemment mis au jour une installation de production de méthamphétamine à grande échelle, dans la forêt d’Abidagba, dans le sud-ouest. Le stock de drogues et de précurseurs chimiques découvert serait évalué à environ 363 millions de dollars US. Dix suspects, dont trois Mexicains, ont été appréhendés.

Bien que l’ampleur de cette saisie soit inédite, le Nigeria n’est pas étranger au trafic de drogue. Il a longtemps été considéré comme une plateforme de transit de stupéfiants entre l’Amérique latine, l’Europe et d’autres régions.

Cependant, le pays devient un important producteur et exportateur de drogues de synthèse. Les volumes des saisies réalisées au fil des ans confirment cette tendance.

Entre 2011 et 2016, la NDLEA a découvert au moins 11 laboratoires de méthamphétamine dans trois États, dont l’un, démantelé à Asaba dans l’État du Delta, était géré par des Mexicains. Décrit comme un « méga » laboratoire, comparable à ceux du Mexique, il fournissait entre 3 000 et 4 000 kg de méthamphétamine par cycle de production.

La révélation de l’existence de ce laboratoire dans une région reculée et faiblement contrôlée par les autorités marque une avancée notable dans la lutte contre la drogue au Nigeria. En effet, les laboratoires sont généralement situés en zones urbaines ou périurbaines. Cette délocalisation laisse supposer que les organisations criminelles s’adaptent aux mesures étatiques contre le trafic de stupéfiants.

Le Nigeria, marché de transit, est en passe de devenir producteur et exportateur de drogues de synthèse

Plusieurs facteurs expliquent cette évolution. D’abord, le transfert des installations de production vers des zones forestières permet aux réseaux criminels de contourner une surveillance devenue de plus en plus efficace en zone urbaine. Ensuite, l’isolement des sites facilite le transport des produits illicites par des routes frontalières peu contrôlées.

Enfin, leur éloignement des zones surveillées réduit les risques d’être détecté et limite la capacité des autorités à évaluer l’ampleur de la production. Il complique les opérations de lutte contre le trafic et accroît les risques sécuritaires, en raison notamment des connexions du trafic avec le terrorisme.

La production de stupéfiants progresse dans le sud-ouest du Nigeria alors que les menaces terroristes gagnent du terrain. Le mois dernier, la découverte du laboratoire d’Abidagba a coïncidé avec l’enlèvement de 39 élèves et sept enseignants dans l’État d’Oyo. Sans que cela prouve qu’il y ait une quelconque collaboration entre eux, cette simultanéité pourrait témoigner d’un rapprochement entre réseaux criminels et groupes terroristes.

Il existe des preuves d’un lien inquiétant entre le trafic de drogue et l’insécurité en Afrique de l’Ouest. Depuis l’apparition des violences de Boko Haram en 2009, les interactions entre le trafic de stupéfiants et le terrorisme se sont accrues au Nigeria. Les études montrent qu’à l’échelle mondiale, les organisations criminelles fonctionnent souvent en symbiose. Les acteurs du narcotrafic génèrent d’importantes ressources financières, tandis que les groupes militants ont besoin d’argent, de soutien logistique et d’un accès aux circuits illicites.

Dans certaines zones de conflit, les groupes terroristes et les organisations criminelles ont profité de cette coopération au sein d’espaces où la présence étatique est faible. Si une même dynamique venait à s’installer dans le sud-ouest du Nigeria, la sécurité du pays pourrait se détériorer.

L’essor de la production de stupéfiants dans le sud-ouest coïncide avec la montée du terrorisme

La dimension transnationale de ces découvertes est tout aussi préoccupante. L’implication d’acteurs étrangers suggère l’existence d’un transfert d’expertise dans la fabrication de drogues de synthèse. Les connexions avec des grands pôles de production de drogues, notamment en Amérique latine, alimentent les craintes d’un enracinement de réseaux criminels internationaux, tels que le cartel de Sinaloa, en Afrique de l’Ouest.

Les récentes saisies au Nigeria révèlent l’essor d’un réseau criminel transatlantique. Sous la coupe de cartels internationaux, le pays pourrait devenir un acteur de premier plan du trafic mondial de drogue.

Cela soulève d’importantes questions stratégiques pour les autorités nigérianes. Quels précurseurs chimiques sont utilisés dans le processus de fabrication ? Sont-ils produits localement ou importés via le circuit d’approvisionnement international ? Par quels itinéraires les produits finis sont-ils acheminés vers les marchés nationaux et internationaux ? Quelle expertise est-elle acquise au niveau local auprès d’acteurs étrangers dans la production de drogues ?

Les questions liées à l’immigration et à la sécurité frontalière sont tout aussi importantes. Comment le cartel s'est-il implanté au Nigeria ? Ses membres sont-ils venus et travaillaient-ils de manière légale ou ont-ils profité des failles de l’immigration, et depuis quand ? Quels sont leurs partenaires ? Ces questions nécessitent une enquête approfondie pour la sécurité nationale.

Le succès de l’opération de la NDLEA est louable, mais souligne des lacunes majeures dans le dispositif de sécurité. La présence d’installations clandestines indique que les organisations criminelles exploitent des zones peu surveillées.

Les découvertes récentes au Nigeria suggèrent l’existence d’un réseau criminel transatlantique

Pour y remédier, il est nécessaire de renforcer la collaboration entre la NDLEA, le Bureau du conseiller à la sécurité nationale, les services d’immigration, les services de renseignement et les institutions de sécurité concernées. On doit investir davantage dans les technologies de surveillance, notamment dans les drones et les systèmes de surveillance géospatiale, afin d’améliorer la détection de changements environnementaux suspects et de structures inhabituelles, entres autres, dans ces zones.

Les solutions technologiques doivent être associées à des réseaux d’intelligence humaine solides. Les communautés locales (agriculteurs, éleveurs, chasseurs et autorités traditionnelles) ont une connaissance du terrain qui permettrait de repérer des activités anormales avant qu’elles ne s’organisent en réseaux criminels structurés.

Face à la détérioration de la situation sécuritaire, les autorités doivent agir rapidement et avec détermination pour que le Nigeria ne devienne pas un carrefour stratégique du trafic mondial de drogue. Une telle évolution porterait gravement atteinte à la sécurité nationale et internationale.

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