Le Cameroun doit faire plus pour sécuriser le lac Tchad
Outre les renforts militaires, améliorer le contrôle territorial et la coordination des opérations est indispensable pour contrer Boko Haram.
Publié le 15 octobre 2026 dans
ISS Today
Par
Raoul Sumo Tayo
chercheur principal, Observatoire de la criminalité organisée et de la violence en Afrique centrale, ISS
Le ministre camerounais de la Défense, Joseph Beti Assomo, a annoncé le mois dernier la création d’une unité du Bataillon d’intervention rapide (BIR) qui interviendra au lac Tchad, en réponse à la hausse des violences djihadistes dans la région. En raison de récentes attaques à Darak, Bargaram et Hilé-Alifa, plus de 11 300 personnes ont déserté leurs maisons.
Bien que la nouvelle unité puisse renforcer la protection immédiate des civils, son efficacité dépendra d’un véritable contrôle territorial et d’une collaboration avec les forces de défense et de sécurité des pays voisins.
La création du « BIR Lac Tchad » est une étape cruciale dans une région où l’éloignement et l’insuffisance des équipements des avant-postes militaires ont longtemps été des points faibles dans la lutte contre le terrorisme.
Les bases militaires de Bargaram et Hilé-Alifa, qui doivent l’abriter, ont été inaugurées le mois dernier. Hilé-Alifa compte la deuxième plus grande caserne de bataillons d’intervention rapide. Elle est pourvue de dortoirs, d’un poste de commandement de bataillon, d’un poste de commandement de compagnie, de cuisines, d’une réserve de carburant, d’un garage, d’un poste de police, d’un gymnase et d’un centre médical. Bargaram dispose de dortoirs nouvellement construits, d’un poste de commandement de compagnie et d’une infirmerie.
Lors de l’inauguration de la base de Hilé-Alifa, le général de brigade François Pelene, coordinateur général du BIR, a déclaré que la nouvelle unité serait renforcée par la création de compagnies à Darak et à Blangoua.
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Bases militaires dans le Nord du Cameroun
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Le BIR Lac Tchad a pour mission principale de neutraliser les réseaux logistiques des groupes armés et d’empêcher l’État islamique en Afrique de l’Ouest (EIAO) de s’étendre du nord-est du Nigeria au septentrion camerounais. Il vise en outre à établir une présence permanente dans des zones où les djihadistes perçoivent des impôts des habitants, et en ont fait des pôles économiques et logistiques pour leurs activités terroristes.
De plus, l’intensification des opérations contre les factions EIAO et Jama’atu Ahlis Sunna Lidda’awati wal-Jihad (JAS) de Boko Haram vise à rapprocher les militaires des communautés qui ont fui les attaques. Bargaram est devenu un point chaud où se succèdent des affrontements militaires et des attaques contre les civils. Durant trois jours en février, 668 ménages, soit 4 223 personnes, ont quitté Bargaram et Darak pour se réfugier dans des zones plus sûres, comme Blangoua et Hilé-Alifa.
Les nouvelles bases et le poste de commandement du BIR à Hilé-Alifa, au Lac Tchad, permettront de rationaliser la prise de décision et de réduire le délai de réponse entre les alertes et les interventions. Cette donne est importante, car, souvent, les groupes armés se replient rapidement par-delà la frontière vers leurs bases au nord-est du Nigeria.
Une force rapide adaptable, dotée d’une grande puissance de feu est une réponse cruciale au terrorisme
Le déploiement d’une force connue pour sa capacité de réaction rapide en combat asymétrique, son adaptabilité et sa puissance de feu est une réponse déterminante au terrorisme. Guidés par des commandants qui connaissent le terrain, les djihadistes utilisent des drones de reconnaissance, des kamikazes et des engins explosifs improvisés. Le BIR Lac Tchad marque le passage d’une posture défensive à une réponse rapide face aux incursions.
Toutefois, cette transition requiert également des ressources navales adéquates pour contrer des groupes qui maîtrisent la discrétion et mènent des attaques surprises, audacieuses et brutales, au moyen de motos tei-tei.
Les 1 000 hommes du BIR Lac Tchad viennent renforcer les 500 soldats stationnés à Makary et à Blangoua. Ces derniers font partie du premier secteur de la Force multinationale mixte (FMM), dont le siège se trouve à Mora, au Cameroun. La FMM prévoit de rouvrir un poste à Soueram, où se déploiera le groupement tactique interarmées du premier secteur, anciennement stationné à Wulgo (Nigeria). Ce groupe comprend des troupes amphibies, d’artillerie de campagne et des bataillons aéroportés.
Avec le BIR Lac Tchad, le Cameroun dispose désormais de quatre unités militaires distinctes engagées contre Boko Haram : la 4e région militaire interarmées, le BIR OPS Alpha, le BIR Lac Tchad et les Forces spéciales. D’autres unités camerounaises opèrent sous le commandement du premier secteur de la FMM.
L’absence d’un commandement militaire unifié sape la cohérence des efforts
Il faut tenir compte des efforts consentis en parallèle par la Direction générale de la recherche extérieure, principale agence de renseignement du Cameroun, ainsi que par la police et la gendarmerie. La création de la nouvelle force pourrait amplifier la « cacophonie au front », une expression qu’utilisent les médias pour décrire le manque de coordination des forces camerounaises qui luttent contre Boko Haram.
Outre les défis liés au terrain (les zones inondables, les marécages, les îles et les voies navigables informelles), la coordination des efforts entre les divers acteurs de la lutte contre le terrorisme constitue un problème majeur. L’absence d’un organe de commandement militaire unifié rend difficiles la concentration des efforts et l’économie des forces et entravent toute réponse cohérente.
Un alignement tactique avec des commandants sur le terrain est nécessaire pour prévenir les malentendus et éviter des incidents de tirs amis. Au niveau opérationnel, il faut renforcer le rôle du commandant de la 4e région militaire interarmées, lui confier des responsabilités claires pour éviter des chevauchements de commandement. De même, une coopération est indispensable entre le personnel relevant de l’état-major général des forces armées et celui supervisé par des prestataires israéliens qui rendent compte au président.
Il faut doter le BIR Lac Tchad de capacités qui étendent sa portée au-delà de ses bases
Enfin, la collaboration avec les forces armées du Nigeria, du Niger et du Tchad déployées autour du lac Tchad est essentielle pour relever ce défi régional.
Lors de l’inauguration du quartier général du BIR Lac Tchad, l’alignement stratégique qu’ont manifesté la 4e région militaire interarmées, la 4e région de gendarmerie et les commandants du premier secteur de la FMM, aux côtés de hauts fonctionnaires et de dirigeants locaux, a envoyé un message fort sur le caractère déterminant de la coordination.
Par-dessus tout, il faut doter l’unité nouvellement créée de capacités qui étendent sa portée au-delà de ses bases. Cela garantira que l’extension des casernes et d’autres infrastructures militaires ne se fasse au détriment de la surveillance de certaines zones.
À côté des nouvelles initiatives civiles et militaires, l’augmentation de patrouilles terrestres et maritimes peut assurer une présence sécuritaire au sein des communautés locales, sur les marchés, le long des voies navigables et des lacs ainsi que dans les zones frontalières. Ces mesures empêcheront les groupes armés de se replier au Nigeria et de se réarmer. Elles contribueront à rétablir la confiance et la sécurité qui permettront aux civils déplacés de rentrer chez eux.
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