La RDC a gagné la bataille de la stabilité, mais pas la guerre

2018-08-15

Ces temps-ci, il y a peu de réussites en matière de gestion des conflits, où que ce soit – et moins encore en Afrique centrale. Il est donc d’autant plus important d’étudier les récents développements en République démocratique du Congo (RDC) et de reconnaître que l’opposition intérieure, combinée aux pressions régionales et internationales, a permis de dissuader avec succès le Président Joseph Kabila de se présenter pour un troisième mandat présidentiel.

Depuis 2015, la RDC a fait l’objet de pressions, centrées en grande partie sur le fait que les élections ont longtemps été reportées et sur la question selon laquelle Kabila trouverait ou non un moyen de se présenter pour un troisième mandat. Plusieurs pistes auraient été explorées, suscitant une résistance populaire considérable.

La récente vague de manifestations à grande échelle a débuté en janvier 2015 en opposition à un projet de loi électorale qui proposait qu’un recensement national se tienne avant les élections. Les Congolais y ont vu une tentative de retarder le scrutin et sont descendus dans les rues de Kinshasa. La loi a été modifiée puis adoptée sans la proposition de recensement, mais la confiance dans le gouvernement de Kabila n’est jamais revenue.

Aucun pays ne souhaite que son voisin, de la taille de l’Europe occidentale, sombre dans un chaos plus important

Dans les années qui ont suivi, la pression de la rue s’est maintenue. Elle a été canalisée à différents moments par des partis politiques d’opposition, de nouvelles organisations de la société civile et par la puissante Église catholique. Mais au cœur du militantisme se trouve l’idée selon laquelle, pour que le pays évolue, Kabila doit quitter ses fonctions et des élections libres et équitables doivent avoir lieu.

Cependant, la seule pression populaire n’a pas suffi. Le gouvernement de Kabila a fermé les yeux sur son peuple, rejeté les ouvertures diplomatiques puis les critiques ouvertes plus sévères de la part des acteurs occidentaux, s’est drapé dans une rhétorique absurde et a ouvert le feu, littéralement, sur sa population.

La région a constaté l’instabilité que cela a causé et le fait que la réponse sécuritaire du gouvernement congolais, qui a fait 300 victimes, lui a coûté sa crédibilité et sa légitimité et a sapé sa capacité à maintenir un contrôle effectif de son territoire.

Aucun pays ne souhaite que son voisin, un pays de la taille de l’Europe occidentale – gouverné de manière seulement marginale par Kinshasa dans le meilleur des cas – sombre dans un chaos plus important. Les craintes de contagion, l’augmentation des flux de réfugiés et la perte d’influence à Kinshasa étaient à la base des pressions que Kabila a subi de manière croissante de la part des pays de la région.

L’Angola, qui partage avec la RDC une frontière longue de 2 600 km, n’est que l’un des neuf pays frontaliers de la RDC, mais c’est un voisin crucial, et il a pris la tête du groupe faisant pression pour le départ de Kabila.

Pour que les efforts de stabilisation de la RDC réussissent, la région ne doit pas se laisser distraire

Le rôle de l’Afrique du Sud s’est fait plus constructif en 2018 après que le soutien à Kabila pour des raisons d’intérêt personnel par le Président d’alors, Jacob Zuma, a été remplacé par une approche plus alignée au niveau régional sous le Président Cyril Ramaphosa. La fin du régime de Robert Mugabe au Zimbabwe a également signifié pour Kabila la perte d’un autre allié de longue date au sein de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC).

La question est donc dorénavant : jusqu’à quel point ces pays clés vont-ils continuer à s’engager ? Quel est le niveau de coordination de la réponse régionale ? Se déroule-t-elle sous l’égide de la SADC, ou bien les principaux pays agissent-ils seuls ? Si c’est le cas, pourquoi ? Bien que, en coulisses, la SADC reconnaisse l’importance d’élections crédibles en RDC, elle a échoué à prendre la tête de la résolution de cette crise.

La réponse à la situation de la RDC soulève également d’autres questions importantes quant à la mesure dans laquelle cette approche peut être appliquée à d’autres cas. Le scénario au Burundi n’est pas dissemblable – l’instabilité est venue de la décision du président de briguer un troisième mandat, suscitant ainsi des manifestations populaires de grande échelle sans précédent.

Le Burundi est dans sa quatrième année de crises politique aigüe que personne, y compris l’Union africaine, les Nations Unies et la Communauté d’Afrique de l’Est, n’a pu résoudre. Cette crise a vraisemblablement eu un effet plus préjudiciable sur ses voisins que celle de la RDC. Plus de 325 000 personnes ont fui le Burundi pour se rendre dans des camps de réfugiés dans des pays frontaliers.

Le fait que Kabila recule ne suffit pas à convaincre l’électorat que les élections seront libres et équitables

Le Burundi est également confronté à des crises économique et humanitaire. L’opposition et la société civile sont en exil, les droits de l’homme y sont continuellement bafoués. Mais cette situation n’a pas suscité suffisamment de pressions au niveau régional pour empêcher le gouvernement de faire passer un référendum constitutionnel qui portera atteinte à la stabilité du pays.

La différence d’approche est-elle due à la taille même de la RDC et au chaos que l’instabilité du pays pourrait entraîner ? Ou bien cela est-il dû au rôle décisif de leader joué par un important acteur ayant des intérêts existentiels, à savoir l’Angola ?

S’il est une chose sur laquelle on peut probablement compter, c’est que les Congolais maintiendront la pression pour des élections crédibles. Le fait que Kabila recule ne suffit pas à convaincre l’électorat que les élections seront libres et équitables.

Afin de stabiliser la RDC, la région ne doit pas se laisser distraire. Si l’Angola et l’Afrique du Sud souhaitent la stabilité en RDC, ils doivent continuer à faire pression sur le gouvernement pour que d’importants changements soient effectués immédiatement dans le processus électoral. L’une des questions majeures concerne la publication des listes électorales, qui devait être effectuée par la Commission électorale nationale indépendante avant le 10 juillet.

Puis, il y a la question des machines à voter électroniques dans un environnement déjà saturé de méfiance. L’introduction d’une nouvelle technologie complexe n’a fait qu’augmenter les craintes de manipulation des résultats électoraux. Enfin, aucune des mesures annoncées par le gouvernement dans l’Accord du 31 décembre 2016 pour ouvrir l’espace politique n’a été mise en œuvre.

Il y aura des moments cruciaux dans les semaines à venir – notamment la validation des candidats à l’élection présidentielle. Si la Commission électorale disqualifie le leader d’opposition de retour dans son pays, Jean-Pierre Bemba, pour des motifs fallacieux, la crédibilité du processus en sera ruinée. Beaucoup reste à faire afin que les efforts de la population congolaise et de la région n’aient pas été vains.

Stephanie Wolters, Chef du Programme de recherche Paix et Sécurité, ISS Pretoria

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