L'Afrique doit être à l’avant-garde de l’application de l'accord BBNJ
En prenant quelques mesures essentielles, l'Afrique profiterait de son effectif au sein de l'accord pour influencer les futures négociations.
Publié le 19 janvier 2026 dans
ISS Today
Par
David Willima
chargé de recherche, sécurité maritime, ISS Pretoria
L'accord BBNJ sur la conservation et l’utilisation durable de la biodiversité marine des zones ne relevant pas de la juridiction nationale, qui couvre 64 % de la surface des océans, est entré en vigueur le 17 janvier. Bien que ces ressources communes soient vitales pour la santé de la planète et le bien-être humain, elles restent fortement surexploitées, polluées et mal utilisées en l'absence d'un cadre global.
L'Accord comble les principales lacunes en matière de gouvernance et de réglementation, de la haute mer jusqu'aux fonds marins internationaux.
À l'heure actuelle, seuls 18 pays africains (sur 54) sont parties à cet accord et 36 l'ont signé. Cela signifie que l'Afrique représente un cinquième de l'ensemble des États parties et près d'un quart de la totalité des signataires. Le continent devrait être en mesure d'exercer une influence plus forte sur le nouveau système.
L'Afrique représente le plus grand bloc régional des Nations unies (ONU), pourtant son poids relatif ne s'est pas traduit dans le cadre de l'accord BBNJ. Le groupe Asie-Pacifique compte désormais 26 parties et 39 signataires dans la politique de coalition en pleine évolution entourant cet accord.
Selon les règles de l'ONU, seuls les États et les organisations économiques régionales qui ont signé, ratifié, approuvé, accepté ou adhéré à l'accord peuvent participer pleinement à la Commission préparatoire (PrepCom), l'organe intérimaire chargé de préparer sa mise en œuvre. La PrepCom se réunira pour la troisième fois en mars afin de définir les modalités opérationnelles qui seront examinées lors de la première réunion de la Conférence des Parties (COP1) à l’accord BBNJ, qui se tiendra dans le courant de cette année.
Plus les principales puissances de l’Afrique tarderont à être parties à l’accord, moins le continent aura la chance d'influencer la gouvernance mondiale des océans. Si on considère la puissance économique, navale et scientifique, les pays concernés sont l'Égypte, le Nigeria et l'Afrique du Sud. L'Angola et la Tanzanie sont des chefs de file politiques, du fait de leur présidence respective de l'Union africaine (UA) et de la Convention de Nairobi, un accord régional sur la gouvernance des océans.
Les 38 États côtiers africains comprennent des petits États insulaires en développement, des pays les moins avancés (PMA) et des pays à revenu intermédiaire (PRI). Seize autres États sont des pays en développement sans littoral (PDSL), la plupart appartenant aux PMA et trois aux PRI. Cette diversité unique confère au continent un large éventail de compétences en matière de conservation, de transport maritime, de pêche, d'exploitation minière en haute mer et de sécurité maritime.
Les puissances de l’Afrique doivent être parties à l’accord pour influencer la gouvernance des océans
Une coordination étroite et continue sera nécessaire de la part des membres du bureau de la PrepCom de l’Afrique : la Sierra Leone, l'île Maurice et l'Afrique du Sud. Tous les États africains parties au BBNJ peuvent participer pleinement afin que les règles du traité reflètent et fassent progresser cet éventail de perspectives.
L'entrée en vigueur du BBNJ marque le début d'une nouvelle phase dans la lutte menée depuis des décennies pour conserver et exploiter de manière durable les zones situées au-delà de la juridiction nationale, et pour promouvoir l'équité, l'accès et le développement. Pour mettre en œuvre ces objectifs dans un climat géopolitique tendu, l’Afrique doit combiner le poids de ses États, de ses scientifiques, de ses experts juridiques et d’autres parties prenantes.
Il est essentiel que d’autres États africains deviennent parties au BBNJ. Les parties actuelles comprennent des puissances mondiales, telles que la France et la Chine (qui se portent candidates pour accueillir le secrétariat de l'accord), ainsi que des contributeurs importants au budget de l'ONU, comme le Japon et le Brésil. Le Royaume-Uni et l'Allemagne ont l'intention d'adhérer avant la COP1.
Ensemble, ces pays peuvent fournir à l'ONU le financement nécessaire au bon fonctionnement de l'accord. Par conséquent, la charge budgétaire qui pèsera sur les gouvernements africains, un problème financier majeur à surveiller, sera gérable, ce qui leur permettra de se concentrer sur la gouvernance et non sur les coûts.
Afin de continuer à façonner le traité pour qu’il serve les intérêts sécuritaires et économiques de l'Afrique et renforce la résilience écologique, les pays disposant des capacités techniques, juridiques et politiques nécessaires doivent convertir leur statut de signataire en statut de partie.
L'Afrique doit combiner le poids de ses États, de ses scientifiques et de ses experts juridiques
La plupart des États qui n'ont pas signé ou ratifié l’accord appartiennent soit aux PMA ou sont des pays en proie à des conflits intenses et à une grande fragilité économique. Leur manque d'accès à l'océan et leurs priorités doivent être pris en compte par les acteurs internationaux qui cherchent à obtenir une ratification universelle.
Néanmoins, le fait que le Malawi et le Botswana, pays sans littoral, soient parties à l’accord, et que le Lesotho, la Zambie et le Zimbabwe en soient signataires, montre que les décideurs politiques des PMA africains ne considèrent pas le BBNJ comme un simple « club côtier ».
Un pays comme la Somalie, confronté à des problèmes de sécurité intérieure et régionale, pourrait trouver ce traité utile pour renforcer les capacités de surveillance et de contrôle pour lutter contre la piraterie et la pêche illégale, non déclarée et non réglementée.
Dans un contexte mondial fracturé, les pays confrontés à de graves problèmes de sécurité peuvent hésiter à s'engager dans des processus multilatéraux sur d'autres questions. Les pays voisins signataires et parties à l'accord doivent leur montrer que celui-ci offre plus qu'une protection environnementale mondiale : il constitue un atout stratégique pour la sécurité maritime nationale et l'économie bleue.
Les décideurs politiques africains doivent également dissiper le « flou juridique » qui entoure les frontières maritimes et les demandes en attente auprès de la Commission des limites du plateau continental, un organe des Nations unies chargé d'examiner les requêtes des États souhaitant étendre leur plateau continental. La plupart de ces demandes empiètent sur des zones situées au-delà de la juridiction nationale.
Avec la participation de puissances mondiales, la charge budgétaire pour l’Afrique sera gérable
L'accord BBNJ ne porte pas atteinte aux droits des États en vertu de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer. Les pays qui s'inquiètent d'un préjudice à leurs revendications relatives au plateau continental devraient donc consulter leurs pairs qui sont parties à l'accord BBNJ et ont des revendications similaires afin d'obtenir les garanties nécessaires pour aller de l'avant.
Pour que l'Afrique ne rate pas le coche, trois étapes doivent être franchies avant la COP1.
Premièrement, les signataires africains et les États parties potentiels peuvent tirer parti des ressources environnementales internationales pour accélérer la ratification et donner la priorité aux intérêts nationaux, en particulier dans les domaines des sciences marines et de la sécurité.
Deuxièmement, les États parties à l’accord BBNJ doivent travailler au sein de leurs communautés économiques régionales pour aider leurs voisins. Cela concerne la Sierra Leone et le Nigeria pour la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest, les Seychelles et l'Afrique du Sud pour la Communauté de développement de l'Afrique australe, et le Kenya pour la Communauté de l'Afrique de l'Est. Ces organismes ont pour mandat de faciliter l'apprentissage entre pairs.
En outre, le Kenya, en tant qu'hôte de la prochaine conférence Our Ocean, et l'Angola, en tant que président de l'UA, devraient harmoniser les stratégies continentales.
Troisièmement, l'Afrique ne doit pas laisser des intérêts extérieurs dicter l'agenda de l’accord BBNJ. Les États doivent résoudre les différends internes au continent concernant les frontières maritimes qui menacent de fracturer le bloc. Un front uni peut garantir que le traité répond aux priorités africaines.
Avec une COP1 partielle prévue en fin 2026, la marge de manœuvre se réduit rapidement. Les pays africains doivent embarquer ou rester à terre. Tout retard dans les ratifications risque de laisser la tête de la gouvernance mondiale des océans entre les mains des puissances riches habituelles.
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