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L’absence de gouvernance dans l’exploitation aurifère en Afrique centrale

Les efforts du Cameroun et de la RDC sont insuffisants pour améliorer la surveillance et la gestion des opérations extractives non réglementées.

En République démocratique du Congo (RDC) et au Cameroun, les revenus de l’extraction de l’or sont de moins en moins reversés dans les caisses de l’État. Entre 2021 et 2025, 44 tonnes d’or camerounais ont été acheminées clandestinement vers Dubaï, alors que seulement 148 kg étaient déclarés, représentant une fuite de capitaux de 3,4 milliards de dollars US. Outre la perte de revenus pour les deux pays, cette pratique alimente les conflits locaux et l’instabilité.

Au Cameroun, l’augmentation du nombre d’opérateurs sans titres d’extraction aurifère valides a entraîné une dégradation de l’environnement et accru les tensions sociales. Le pays fait désormais face à des problèmes d’ordre politique, économique et diplomatique.

En mars, le syndicat des orpailleurs a relevé que près de 200 sites sont exploités illégalement par des ressortissants chinois, illustrant ainsi l’ampleur du faible contrôle de l’État. La corruption joue un rôle central, plusieurs entreprises chinoises étant protégées par de puissantes élites.

Les autorités ont récemment durci leur position contre l’exploitation minière illicite. En avril, le ministre des Mines, Fuh Calistus Gentry, a exhorté tous les opérateurs miniers chinois, formels et informels (artisanaux), à se conformer à la réglementation. Les sites qui ne le feraient pas seraient fermés, les permis révoqués et les obligations environnementales du Code minier de décembre 2023 appliquées.

Les régions de l’Est et de l’Adamawa au Cameroun abritent des sites miniers aurifères mécanisés exploités en grande partie par des investisseurs étrangers, dont plusieurs sociétés chinoises. Des recherches de terrain réalisées en avril par l’Institut d’études de sécurité (ISS) ont montré que les opérateurs étrangers recouraient à des intermédiaires camerounais pour obtenir des permis d’exploitation minière. Leur démarche est facilitée par des hommes d’affaires camerounais aux accointances politiques, des autorités locales et des intermédiaires du secteur minier.

L’exploitation aurifère en zones fragiles sans régulation ni inclusion communautaire exacerbe l’insécurité

L’exploitation aurifère artisanale au Cameroun est caractérisée par l’intervention d’opérateurs chinois qui travaillent aux côtés de sociétés officiellement enregistrées. La plupart des sites ne sont pas régulés par l’État, les communautés ne participent pas et il n’y a pas de redistribution équitable des avantages.

Les terres arables et les équipements des communautés locales sont détruits et des substances toxiques, comme le mercure qu’on utilise pour extraire l’or, polluent des rivières et des terres agricoles. Les médias font état d’arrestations arbitraires et de violences contre les résidents et les mineurs artisanaux par les forces de sécurité, des opérateurs miniers ou des personnes liées aux activités minières.

Ce problème n’est pas nouveau. Déjà en 2022, un conflit dans un site minier du village Longa Mali, dans l’Est du Cameroun, a entraîné la mort d’un Camerounais, suivie de représailles au cours desquelles un mineur chinois est décédé.

En raison de ces violences, combinées à la contrebande d’or et aux pertes de recettes fiscales, les autorités ont déployé des forces de sécurité, expulsé des mineurs semi-mécanisés et artisanaux de certains sites et suspendu temporairement des activités minières. Cependant, ces interventions ponctuelles n’ont pas stabilisé les zones concernées.

En RDC, des préoccupations liées à l’implication de la Chine dans le secteur aurifère des provinces de l’Est sont documentées depuis des années, en particulier à Mwenga, au Sud-Kivu. En 2021, une commission parlementaire relève que plusieurs entreprises chinoises travaillent dans des conditions controversées. Les communautés locales et les organisations de la société civile parlent de pratiques abusives, de non-conformité aux normes environnementales et du non-respect des engagements en matière de responsabilité sociale des entreprises.

La corruption a un rôle central : de puissantes élites locales protègent des entreprises chinoises

La situation s’est aggravée depuis que l’Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 mars a pris le contrôle de Goma et de Bukavu au début de 2025. L’autorité du gouvernement congolais ne s’exerce plus sur l’exploitation minière, bien qu’il tente de maintenir le contrôle des mines de Mwenga.

Ces dynamiques soulignent le rôle croissant de groupes armés dans les réseaux de commerce illicite de minéraux et l’affaiblissement de la surveillance de l’État dans l’Est de la RDC. L’exploitation aurifère illicite est un vecteur important de conflits dans la région. Elle enrichit des groupes armés, des acteurs économiques et des segments des forces de sécurité congolaises.

Les cas du Cameroun et de la RDC montrent que le l’essor de l’exploitation aurifère dans des contextes fragiles, sans réglementation efficace ni inclusion communautaire, stimule l’insécurité. Plusieurs facteurs sont des sources de tensions entre les communautés locales et les opérateurs miniers.

L’exclusion des communautés des opportunités économiques et de l’exploitation des terres constitue le premier facteur. L’expansion des opérations minières aurifères semi-mécanisées et mécanisées réduit l’accès des riverains aux terres et marginalise les mineurs artisanaux.

Au Cameroun, les opérateurs étrangers et les intermédiaires locaux exploitent de manière irrégulière des centaines de sites miniers semi-mécanisés, alimentant un sentiment de dépossession au sein des communautés environnantes. La faiblesse de la gouvernance, le contrôle de l’élite sur les licences et la responsabilité limitée exacerbent la situation.

Le deuxième facteur est le non-respect par les exploitants miniers nationaux et étrangers de leurs obligations environnementales et sociales. Les cadres juridiques sont peu appliqués. Des enquêtes révèlent que l’eau, l’air et les sols sont pollués et que des forêts et des terres agricoles sont détruites, mettant à rude épreuve les moyens de subsistance locaux.

Les communautés ont peu de voies de recours et l’octroi de permis d’exploitation reste opaque

Le troisième facteur est lié aux mauvaises relations entre civils et militaires et à la sécurité sur les sites miniers. Au Cameroun, l’expulsion des mineurs artisanaux par les forces de défense est souvent perçue comme un service rendu aux mineurs mécanisés. En RDC, des groupes armés étatiques et non étatiques exploitent des ressources naturelles sans protéger les mineurs ni les communautés locales.

Quatrièmement, certaines entreprises minières violent leurs contrats en exerçant au-delà des zones délimitées. Dans la région de l’Adamaoua, en particulier le long de la frontière avec la République centrafricaine, des mineurs ont modifié les cours de rivières transfrontalières pour accéder à des dépôts aurifères. Ces pratiques perturbent les écosystèmes et les moyens de subsistance en aval et pourraient entraîner des tensions diplomatiques entre les deux pays.

Enfin, les communautés touchées disposent de peu de voies de recours efficaces, tandis que les procédures d’octroi de permis d’exploitation aurifère restent floues. La corruption et l’influence d’acteurs économiques puissants, en particulier des sociétés minières chinoises qui opèrent à travers des réseaux politiques et économiques locaux, complexifient davantage le problème.

Il est nécessaire de réaliser des audits indépendants et transparents des activités minières, assortis de sanctions pour les contrevenants. Les deux gouvernements devraient renforcer la surveillance des activités minières, en particulier le respect des réglementations environnementales, des lois du travail et des procédures d’octroi de licences. Il faut réformer le système de délivrance des permis pour limiter les dispositifs informels et mieux superviser les intermédiaires.

Les pays concernés, la Communauté économique des États de l’Afrique centrale et les partenaires au développement pourraient appuyer le suivi communautaire des activités minières, en tirant parti d’expériences en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale. Cependant, il pourrait s’avérer difficile de soutenir ces initiatives dans les zones en conflit, surtout dans l’Est de la RDC.

Gérés conjointement par des organismes de réglementation minière et des représentants communautaires, les fonds de développement local pourraient atténuer les impacts sociaux et environnementaux. Les sociétés minières doivent se conformer aux normes nationales de restauration écologique et aux obligations de responsabilité sociale des entreprises, de concert avec les gouvernements locaux et les communautés concernées.

 

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