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Cabo Delgado : l’armée mozambicaine perd la bataille de la confiance

Des formations étrangères ont aguerri les soldats, mais leurs exactions contre les civils les privent d’un soutien populaire décisif.

Lorsque des terroristes ont attaqué la province de Cabo Delgado le 5 octobre 2017, il y a neuf ans, les Forces armées de défense du Mozambique (FADM) ont été prises au dépourvu, malgré trente ans d’expérience des conflits armés internes.

Jusqu’alors, contrairement à d’autres pays africains, le Mozambique avait été largement épargné par la menace terroriste. Les FADM n’exerçaient qu’un contrôle limité sur Cabo Delgado et n’étaient pas préparées à une guérilla rurale menée par des djihadistes locaux bénéficiant d’un soutien extérieur. Elles manquaient de capacités de combat, de logistique, d’équipements modernes, de moyens aériens et de renseignement militaire.

Depuis, les FADM ont bénéficié d’importantes formations dispensées par des partenaires étrangers, et des efforts ont été engagés pour améliorer leur logistique et leur équipement. Ces progrès ne se traduisent pas encore sur le terrain, où les populations subissent toujours l’insécurité et les exactions des forces de l’État. Or, c’est précisément au sein de ces communautés que se joue la victoire contre les insurgés.

En 2021, la prise de chefs-lieux de district par les insurgés et la suspension, dans la foulée, du projet gazier de TotalEnergies, d’un montant de 20 milliards de dollars US, ont contraint le gouvernement à solliciter une aide extérieure, dont une partie a profité aux FADM.

La Mission de la Communauté de développement de l'Afrique australe au Mozambique (SAMIM) a aidé les FADM à démanteler des bases terroristes et à neutraliser leurs chefs, à rétablir l'autorité de l'État, à renforcer la sécurité maritime et à sécuriser les axes de circulation de la province. Les Forces rwandaises de défense (RDF) ont contribué à la reconquête de territoires stratégiques pour la logistique de l’industrie gazière. Elles ont également formé les FADM à la lutte antiterroriste, tout comme l’Union européenne (UE), l’Algérie, les États-Unis et d’autres partenaires.

Les progrès des FADM ne se traduisent pas encore sur le terrain, où les populations subissent toujours l’insécurité

Le programme de l’UE a eu le plus grand impact : quelque 89 millions d’euros ont été consacrés à la formation et à l’acquisition d’équipements non létaux. L’UE a formé plus de 1 600 militaires, répartis dans 11 compagnies de la force de réaction rapide des FADM. Les formations portaient sur le commandement et le contrôle, la communication, la coopération civilo-militaire, les droits humains et le droit international humanitaire.

Le Mozambique a relancé sa coopération militaire avec l’Algérie, axée sur la formation opérationnelle, la lutte contre le terrorisme et le renforcement des capacités techniques du personnel de l’armée. Un bataillon des FADM y suit actuellement une formation spécialisée qui devrait comporter un volet tactique.

Dans le cadre du programme américain Joint Combined Exchange Training, les FADM bénéficient d’une formation aux tactiques des petites unités, à la planification opérationnelle, aux soins médicaux de combat et à la protection des civils.

Ces initiatives transforment progressivement les capacités des FADM et améliorent le taux de survie des soldats. Toutefois, l’insuffisance de la logistique et des équipements, en grande partie d’origine russe et chinoise, reste une faiblesse opérationnelle majeure. Des militaires font état d’armes obsolètes ou hors d’usage, à l’origine de pertes humaines au combat, ainsi que d’un manque de moyens de transport pour les troupes et l’évacuation des blessés.

En réponse, le ministère de la Défense nationale a noué des partenariats afin de garantir la logistique, les approvisionnements et l’équipement des FADM. En mars, le Mozambique a signé avec l’Inde un accord portant sur la fourniture d’équipements de défense et le transfert de technologies pour l’assemblage et la réparation d’aéronefs, de véhicules terrestres et de navires de patrouille.

Malgré une formation de l’UE axée sur les droits humains, les FADM sont toujours accusées de tuer des civils

En 2024, le Conseil des ministres a ratifié un accord de coopération en matière de défense avec la Turquie, visant à développer une industrie de l’aviation militaire, de l’armement, des véhicules de combat et des équipements navals.

Les États-Unis consacrent par ailleurs 1,5 million de dollars US à un nouveau programme visant à renforcer la capacité du Mozambique à gérer et à stocker en sécurité ses armes et munitions, et à réduire le risque de détournement d’armes conventionnelles vers des groupes criminels et terroristes.

Ces partenariats n’ont pourtant pas encore produit d’effets sur le terrain. Depuis le retrait de la SAMIM à la mi-2024, les FADM mènent seules des offensives, patrouillent le long des principaux axes routiers et ont établi des positions défensives pour contenir l’avancée des terroristes. Mais des faiblesses sont apparues.

Les groupes terroristes sont sortis de leurs bases isolées pour attaquer les grands axes routiers, voler de la nourriture et enlever conducteurs et passagers contre rançon. Les escortes conjointes de la police et des FADM mises en place en réponse sont tombées dans des embuscades meurtrières, qui ont coûté la vie à des policiers, des soldats et des civils.

Les violations des droits humains imputées aux FADM posent un autre problème. Les troupes mozambicaines ont été accusées à plusieurs reprises d’exploiter sexuellement des femmes déplacées, de tuer des civils soupçonnés de collaborer avec des groupes terroristes et de commettre des crimes de guerre contre des captifs suspectés de terrorisme. Malgré une formation de l’UE axée sur les droits humains, les FADM sont toujours accusées de tuer des civils.

Tant que les FADM n’auront pas gagné les communautés de Cabo Delgado, les insurgés continueront de prospérer

La multiplicité des partenaires expose les FADM à des doctrines militaires différentes, ce qui entrave une approche cohérente des droits humains. Les dirigeants mozambicains n’ont pas non plus clarifié la question : dans son discours de septembre pour le 62e anniversaire des FADM, le président Daniel Chapo n’a pas évoqué la nécessité de respecter les droits humains lors des opérations antiterroristes.

C’est sur ce terrain-là que le Mozambique est en train de perdre la guerre contre le terrorisme. Tant que les FADM n’auront pas gagné les communautés de Cabo Delgado, les insurgés continueront de prospérer. Organisés en petites unités de guérilla légèrement armées, ceux-ci n’ont pas besoin d’être militairement supérieurs aux troupes gouvernementales.

Il leur suffit de rester hors de portée des forces gouvernementales, ce que permettent le relief accidenté, le mauvais état des routes et l’éloignement des centres du pouvoir. Ils bénéficient en outre du soutien de communautés locales qui s’abstiennent de les dénoncer.

Une lutte anti-insurrectionnelle efficace exige que les forces gouvernementales fassent la distinction entre les insurgés actifs et les civils non combattants. Plutôt que d’être pris pour cible ou tués par les forces de sécurité, ces derniers devraient être encouragés à coopérer en signalant la présence des insurgés.

La création récente d’un centre de lutte contre le terrorisme laisse espérer une meilleure coordination interinstitutionnelle dans la planification et la conduite des opérations anti-insurrectionnelles. Encore faut-il que les FADM rompent avec leur culture de violations des droits humains envers les communautés touchées et favorisent une véritable coopération civilo-militaire.

 

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