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Le Soudan du Sud retrouvera-t-il la stabilité d’ici les prochaines élections ?

À l’approche d’élections cruciales, l’ancien président tanzanien Jakaya Kikwete saura-t-il ramener la paix ?

Le Soudan du Sud prévoit d’organiser, en décembre 2026, des élections qui pourraient remodeler considérablement l’avenir du pays. Il s’agira de la troisième tentative visant à mettre un terme à la période de transition définie dans l’Accord revitalisé de 2018 sur le règlement du conflit au Soudan du Sud (R-ARCSS). Compte tenu de la fragilité de la situation politique et économique du pays, trois initiatives de paix ont vu le jour, chacune visant à éviter une guerre à grande échelle. Toutefois, la question centrale n’est pas de savoir si les élections auront lieu, mais si ces initiatives, prises séparément ou collectivement, permettront d’instaurer la paix là où les efforts précédents ont échoué.

Un scrutin incertain

Les premières élections organisées au Soudan du Sud depuis son indépendance devaient avoir lieu en décembre 2015. Mais un conflit a éclaté en décembre 2013, donnant lieu à un laborieux processus de paix qui a conduit à l’Accord pour la résolution du conflit au Soudan du Sud en 2015. Cet accord a volé en éclats en 2016, déclenchant une nouvelle série de négociations conclues par le R-ARCSS, qui prévoyait initialement la tenue d’élections en décembre 2022 afin de clore, en février 2023, le mandat du gouvernement de transition.

À l’approche de cette échéance, la transition a été prolongée jusqu’en février 2025 en raison d’insuffisances dans les préparatifs, de l’insécurité qui régnait dans le pays et du manque de financement. En septembre 2024, un nouveau report a été annoncé du fait de désaccords au sein du gouvernement et entre les principaux groupes politiques. Le gouvernement de transition est depuis soumis à une pression intense, tant au niveau national qu’international, pour organiser des élections en décembre 2026, sans nouveau report.

Un accord de paix précaire

Début 2025, des inquiétudes concernant le scrutin de 2026 ont commencé à se faire jour. La Commission mixte de suivi et d’évaluation reconstituée, chargée de superviser le processus de paix, a alors tiré la sonnette d’alarme face à la montée de l’insécurité dans le pays. Des milices ethniques telles que l’Armée blanche et des organisations comme le Front de salut national ont intensifié leurs opérations armées, provoquant des représailles de la part des Forces de défense populaires du Soudan du Sud.

Trois initiatives de paix visent à empêcher le déclenchement d’un conflit à grande échelle

Cette escalade a culminé avec le tristement célèbre incident de Nasir, que les Forces de défense du peuple ougandaises ont utilisé pour justifier leur intervention, affirmant vouloir sécuriser la capitale du Soudan du Sud et protéger les intérêts de l’Ouganda. Dans le même temps, le blocage au sein du gouvernement d’union nationale s’est intensifié lorsque le Mouvement populaire de libération du Soudan en opposition, principal allié politique du président Salva Kiir Mayardit au sein du R-ARCSS, s’est scindé en factions favorables ou opposées au dirigeant, Riek Machar, actuellement en prison.

Parmi les erreurs politiques commises à Juba, on peut citer le remaniement inattendu des hauts fonctionnaires par Mayardit, l’incitation à la défection au sein de l’opposition et l’incapacité à mettre en œuvre efficacement le R-ARCSS. Ces éléments, conjugués au déclin économique et à l’aggravation de la situation humanitaire, ont placé le pays sur une trajectoire dangereusement instable et jeté le doute sur la tenue d’élections. En décembre 2025, le risque pour le pays de replonger dans un conflit à grande échelle s’était accru, les tentatives de paix telles que l’Initiative Tumaini menée par le Kenya et le Comité ad hoc de haut niveau (C5) de l’Union africaine (UA) ayant perdu leur élan et s’étant fragmentées.

Le conflit persiste au Soudan du Sud, déstabilisant certains États fédérés tels que le Haut-Nil, Unité et Jonglei. Dans la seule région de Jonglei, les affrontements récents ont provoqué le déplacement de plus de 280 000 personnes, portant le nombre de déplacés internes à plus de deux millions. La Commission électorale nationale du Soudan du Sud, déjà confrontée à des problèmes de crédibilité, manque cruellement de fonds, d’infrastructures techniques et de cadres réglementaires nécessaires pour organiser les élections. Même si des ressources étaient débloquées, comme suggéré lors du Conseil des ministres du 27 mars 2026, il est peu probable que les élections de décembre aient lieu en raison des inondations saisonnières qui perturberaient davantage la logistique.

Dans ce contexte, les signataires du R-ARCSS ont entamé des discussions fin 2025 sur la manière de sauver l’accord désormais caduc et d’organiser des élections d’ici décembre. La faction du gouvernement d’union nationale de Mayardit et ses alliés ont proposé, entre autres mesures, de dissocier le R-ARCSS du processus d’élaboration de la Constitution et de réduire son importance au sein du cadre juridique du Soudan du Sud avant les élections. Cette proposition a reçu un accueil mitigé tant au Soudan du Sud qu’auprès de ses partenaires de développement, qui l’ont perçue comme une tentative de discréditer définitivement le R-ARCSS.

Le C5+ et Tumaini ignorent la rivalité entre Kiir et Machar, jugeant les deux acteurs indispensables

Éviter une rechute

La première de ces initiatives de paix, le Comité de dialogue sur les élections, a été créée par Mayardit le 30 janvier et regroupe les signataires du R-ARCSS ainsi que d’autres parties prenantes essentielles. Ce groupe de haut niveau a pour objectif de parvenir à un consensus sur les questions électorales, en s’appuyant sur des propositions antérieures visant à suspendre certaines dispositions du R-ARCSS. Bien que cette approche soit largement considérée comme douteuse et illégitime, elle reste la solution privilégiée par les puissants alliés de Mayardit, même si celui-ci ne la favorise pas.

L’initiative Tumaini, relancée fin janvier 2026, prône la mise en place d’une charte nationale de consensus pour la paix et la démocratie. Elle s’appuie sur un cadre visant à axer les négociations sur la stabilisation, la protection des civils, l’accès humanitaire, l’instauration d’un climat de confiance, la tenue d’élections et la fin des hostilités. Une nouvelle version de l’initiative, déjà accueillie avec méfiance par les groupes dissidents, devait être lancée le 9 février, mais a été reportée dans l’attente des résultats du 39e sommet de l’UA.

La troisième initiative est le processus C5+ de l’UA, lancé lors du sommet de l’UA et fondé sur la primauté du R-ARCSS. Elle appelle à un cessez-le-feu immédiat, préconise la tenue d’une rencontre entre les dirigeants sud-soudanais en Afrique du Sud et prévoit la nomination d’un ancien chef d’État pour servir de médiateur entre Mayardit et Machar.

Le 22 mars, Mayardit est revenu d’un voyage en Afrique du Sud, présenté par son bureau comme une contribution aux efforts du C5+. D’autres y ont vu un simple séjour médical de routine, le Moyen-Orient, destination habituelle pour ses soins, étant désormais inaccessible. Le 27 mars, le conseil des ministres de Mayardit a approuvé les propositions du C5+, en les combinant avec les siennes, mais n’a pas précisé publiquement si Machar serait libéré ou si les élections seraient financées sans délai.

Bien que chaque proposition ait une portée différente, toutes visent à remédier à l’impasse politique, à l’insécurité et aux crises humanitaires. Mais elles souffrent d’un défaut commun, à savoir qu’elles entérinent une élection extra-constitutionnelle et reportent jusqu’après l’élection certaines tâches fondamentales du R-ARCSS, telles que l’unification des forces armées dirigées par les milices, la rédaction d’une constitution permanente et la mise en œuvre de réformes en matière de justice transitionnelle.

Kikwete devra faire libérer les prisonniers politiques, élaborer un calendrier électoral et obtenir des financements

Par conséquent, si les élections ont lieu, le vainqueur pourrait revendiquer un nouveau mandat, sans garantie qu’il s’engage à mettre en œuvre les dispositions restantes du R-ARCSS. Les plans du C5+ et de Tumaini ne parviennent pas non plus à s’attaquer efficacement à la principale ligne de fracture du pays — la rivalité entre Kiir et Machar — en envisageant pour chacun des deux hommes un rôle dans la vie politique avant et/ou après les élections.

Un changement de perspective stimulant ?

Le 24 mars, le président de l’UA a nommé l’ancien président tanzanien Jakaya Kikwete au poste de haut représentant pour la Corne de l’Afrique et la mer Rouge, conformément aux demandes formulées en ce sens par l’UA. M. Kikwete a choisi de consacrer l’essentiel de son attention au Soudan du Sud, semblant ainsi éluder l’Érythrée et l’Éthiopie, qui constituent pourtant des éléments clés de son mandat, mais où les négociations politiques tardent à s’engager. Cette hiérarchisation des priorités reflète une préférence pour les situations « gérables » et met en évidence le désir de l’UA d’obtenir des résultats rapides et tangibles afin de désamorcer les tensions dans le paysage conflictuel déjà complexe de la Corne de l’Afrique.

Les visites de M. Kikwete en Afrique du Sud, en Ouganda, au Soudan du Sud et au Kenya reflètent également une volonté de dynamiser la médiation. Cependant, elles auront pour effet involontaire de préserver les intérêts de ces pays au Soudan du Sud. Il convient aussi de noter que l’Ouganda exerce une influence significative sur la politique sud-soudanaise en plus d’y maintenir une présence militaire. Cela rend le soutien de l’Ouganda au C5+ et à l’initiative Tumaini essentiel au succès de tout accord, ainsi qu’à la stabilité du pays que M. Kikwete espère préserver de l’effondrement.

Les priorités de Kikwete

Alors que le Conseil de paix et de sécurité de l’UA se prépare à se rendre au Soudan du Sud, M. Kikwete doit coordonner et unifier les différents efforts de médiation mentionnés dans la déclaration C5+. Il doit tout d’abord concevoir et mettre en place une plateforme unique de médiation ou de facilitation à plusieurs niveaux, associant l’UA, l’Autorité intergouvernementale pour le développement et la communauté internationale, et dotée d’un mécanisme transparent permettant la participation des populations du Soudan du Sud. Cette approche devrait délibérément décourager le « forum shopping » (mise en concurrence des initiatives de médiation par les parties prenantes à des fins de négociation), surmonter le blocage causé par les tensions entre Kirr et Machar, et préparer la mobilisation de l’aide humanitaire pour les populations à l’approche du mois de décembre.

À court terme, M. Kikwete doit obtenir des résultats rapides et concrets, tels que la libération des prisonniers politiques ou, à tout le moins, l’élaboration d’une feuille de route électorale crédible tout en garantissant le financement nécessaire pour les élections. Ce faisant, il doit garder à l’esprit que la population sud-soudanaise nourrit de grandes attentes à son égard alors même que la tenue des élections reste incertaine.

Deuxièmement, M. Kikwete devrait adopter une approche pragmatique qui intègre les propositions de la société civile, des groupes armés d’opposition, des partis politiques et de la population sud-soudanaise dans un seul et même texte. Cette approche est essentielle pour préserver son indépendance et sa crédibilité, d’autant plus que le gouvernement de Kiir, qui s’est réuni pour la dernière fois le 18 avril 2026, a approuvé des modifications à l’accord du R-ARCSS, amenant subtilement M. Kikwete davantage sous son influence.

Sans cette approche, les efforts de M. Kikwete risquent de s’essouffler et le pays de retomber dans l’engrenage des erreurs politiques menant à la violence, à la médiation et à la rechute. En effet, les élites du Soudan du Sud sont des négociateurs chevronnés qui ont su exploiter avec brio les failles des processus de médiation ou les vulnérabilités perçues des médiateurs potentiels. Par exemple, elles pourraient prolonger les discussions sur la légalité de la libération de détenus politiques, qu’elles considèrent comme des criminels. Cette stratégie servirait à justifier le report des élections, au motif que Kikwete et son processus sont la cause du blocage.

Néanmoins, M. Kikwete doit éviter l’effondrement total du Soudan du Sud en misant sur des progrès constants plutôt que de hâter la tenue d’élections, sources de nombreux défis. Cela pourrait malheureusement impliquer de négocier un accord entièrement nouveau fondé sur le R-ARCSS et Tumaini.

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