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Maurice peut-elle préserver sa note souveraine ?

La réputation est un atout essentiel pour une petite économie ouverte ; le temps presse et des mesures décisives s’imposent.

Petit État insulaire à l’impact mondial, Maurice a toujours su se démarquer et a bâti sa réputation sur sa compétence, sa crédibilité et son intelligence stratégique. Cependant, elle connaît aujourd’hui un ralentissement économique.

La pandémie de COVID-19 a révélé des failles structurelles et l’absence de mise en œuvre rapide des réformes promises après les élections de 2024 nourrit l’impatience des citoyens.

Le moral des investisseurs est également fragile. Sous perspective négative chez Moody’s et avec un examen du GAFI prévu en 2027, Maurice peut-elle conserver sa notation souveraine de qualité d’investissement ?

Malgré un mandat solide et une opinion favorable, la nouvelle administration ne s’est pas rendu service : après avoir imputé les difficultés à ses prédécesseurs, elle a laissé s’installer une période de vide administratif. Le retard dans les nominations clés au sein des organismes parapublics a entraîné un manque de pilotage institutionnel, tandis que les signaux politiques restaient ambigus.

Les entreprises ont suspendu leurs décisions d’investissement et les frustrations se sont accumulées. Même avant la pandémie, Maurice était en détresse avec une population vieillissante qui fragilisait le marché du travail, un système social pesant, une bureaucratisation excessive et un secteur financier en quête de repères.

La prospérité du tourisme, l’expansion du marché immobilier et une fiscalité avantageuse avaient temporairement amorti ces pressions, mais la pandémie a brisé cet équilibre. Le tourisme, principale source de devises étrangères, s’est effondré, entraînant une contraction économique de plus de 11 %. Plutôt que de laisser la roupie s’ajuster de manière significative, les autorités ont puisé dans les réserves pour maintenir la stabilité.

 

En l’absence de source structurelle de recettes excédentaires, l’État est revenu à ses leviers habituels : relancer le tourisme, attirer les flux liés à l’immobilier et maintenir les transferts sociaux. L’économie s’est stabilisée, mais à un certain prix. À l’arrivée du nouveau gouvernement en 2024, dans un contexte de pressions budgétaires caractérisées par des déficits supérieurs à 9 % pour 2023-2024 et 2024-2025, des vulnérabilités structurelles ont émergé.

La pénurie de main-d’œuvre, de devises étrangères et d’énergie domine désormais le débat national. Le marché du travail, autrefois un atout crucial, est aujourd’hui fragilisé par la diminution de la main-d’œuvre, le déclin de la productivité et l’exode des jeunes par manque de perspectives. Le pays dépend toujours plus des travailleurs étrangers, mais le processus de recrutement est inadapté aux besoins économiques.

Le marché des changes suit une tendance similaire. D’abord déclenchée par la pandémie, la pénurie s’est transformée en déséquilibre structurel, caractérisé par la thésaurisation, l’approvisionnement à l’étranger et l’émergence d’un marché parallèle. La confiance dans la roupie s’est effritée, et l’instabilité de la banque centrale n’a rien arrangé.

La Banque de Maurice intervient principalement pour atténuer la volatilité sans rétablir l’équilibre. Les établissements hôteliers, principaux acteurs de la conversion de devises, se montrent réticents et les particuliers limitent leurs conversions au minimum. Les autorités doivent laisser la monnaie s’ajuster librement ou intervenir de manière agressive. Les deux options sont risquées sur le plan politique.

Malgré un mandat solide et une opinion favorable, la nouvelle administration s’est mise en difficulté

Les services publics sont défaillants, avec des pénuries d’eau et d’électricité fréquentes. Mi-2025, le gouvernement a annoncé qu’il était nécessaire d’augmenter l’approvisionnement énergétique afin d’éviter les coupures prévues pour 2026.

Le changement climatique accentue cette pression, avec des cyclones plus violents qui suivent des trajectoires inhabituelles. Le dessalement est envisagé, mais Maurice manque d’une stratégie pérenne pour assurer son avenir énergétique et hydrique alors que la sécurité énergétique est essentielle à la compétitivité de l’économie insulaire.

L’ensemble de ces facteurs constitue la toile de fond du débat sur la notation souveraine. Pour certains observateurs, une baisse de la notation serait gérable, la dette étant principalement nationale, et Maurice ne serait pas le seul pays africain à se trouver dans cette situation. Cependant, cela ternirait l’histoire mauricienne car la réputation, la connexion, la solidité des institutions et la sécurité sont indispensables pour cette petite économie.

L’épisode de l’inscription sur la liste grise du GAFI et des scandales de corruption ont déjà ébranlé la confiance institutionnelle. La récente affaire Tiger Global a secoué le secteur offshore et relancé les interrogations sur l’attrait de Maurice en tant que centre financier international.

Maurice manque de stratégie pour assurer son avenir énergétique et hydrique

Les États-Unis ont récemment mis en garde leurs citoyens voyageant à Maurice contre la criminalité, un avertissement préoccupant pour une économie dépendante du tourisme. L’augmentation du trafic de drogues et les préoccupations liées à la criminalité ont accentué le sentiment d’insécurité.

Face à une politique fiscale aléatoire, avec des hausses brutales et des règles ambiguës, les institutions financières étrangères se demandent si la juridiction offre encore les mêmes avantages. Le problème n’est pas tant la dégradation de la notation que les raisons qui la sous-tendent.

Pendant des décennies, le modèle était simple : tourisme, centre financier fiable et notation de la qualité d’investissement, soutenu par une gouvernance solide. Ce modèle est aujourd’hui affaibli.

Toutefois, il reste de l’espoir. La réforme des retraites, bien que coûteuse, représente une avancée vers une viabilité budgétaire à long terme. Le secteur touristique, certes résilient, même en basse saison, devrait se réinventer pour rester compétitif face aux pays qui avaient une meilleure croissance en 2025.

La vision 2050 pourrait établir un nouveau consensus national. De plus, l’accord sur les Chagos pourrait être transformateur et offrir un répit budgétaire grâce à un versement annuel de 165 millions de livres sterling sur les trois premières années, ce qui permettrait de stimuler le PIB.

Cependant, il en faut plus. Tout d’abord, la connexion doit être une priorité stratégique, tant maritime qu’aérienne. L’île gagnerait à moderniser ses infrastructures portuaires et à rendre son accès aérien compétitif et fiable. Une économie insulaire ne peut prospérer avec une circulation limitée des biens, des capitaux et des talents.

L’épisode de l’inscription sur la liste grise du GAFI a ébranlé la confiance

Ensuite, il convient de mieux gérer les services publics essentiels, en particulier l’électricité et l’eau, car ils conditionnent la confiance des investisseurs et la crédibilité opérationnelle. Enfin, la politique du travail doit être claire, notamment pour les travailleurs étrangers et spécialisés. Pour rester compétitif, il est indispensable de disposer de systèmes efficaces de délivrance des permis de travail.

Surtout, il faut restaurer la confiance institutionnelle et le respect de la discipline fiscale. La cohérence des politiques, la crédibilité réglementaire et la stabilité des cadres fiscaux constituaient autrefois des atouts majeurs.

La dégradation n’est pas inévitable, à condition de maintenir l’effort budgétaire, de relancer la croissance et de prendre des décisions pour restaurer la confiance. L’alarme a sonné, Maurice répondra-t-elle à temps ?

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