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Le sommet 2026 de la SADC doit aborder de front la question des migrations

Le 17 août à Durban, les États membres devront traduire leurs liens historiques et économiques en une action concertée contre la xénophobie.

Les récentes manifestations antimigrants, les actes de justice populaire et les rapatriements massifs observés en Afrique du Sud ont replacé la solidarité régionale au cœur des débats. La plupart des migrants africains pris pour cible par des groupes tels que « March and March » sont originaires de pays immédiatement voisins. Des discussions difficiles sont donc à prévoir lors du sommet de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), qui se tiendra ce mois-ci à Durban et où les dirigeants de la région devront aborder de front la montée des sentiments hostiles aux migrants.

À l’origine, le sommet était consacré à une industrialisation résiliente, durable et inclusive. Les États membres de la SADC doivent désormais examiner les moyens d’atteindre cet objectif dans un contexte de tensions croissantes entre pays voisins. Pour sa part, l’Afrique du Sud a réaffirmé son soutien à un dialogue continental sur les migrations.

Un échange régional constructif, axé sur la recherche de solutions, suppose de reconnaître l’histoire commune des États de la région, de répondre collectivement aux pressions économiques sous-jacentes, de dépasser les frictions diplomatiques et de se concentrer sur une promotion conjointe du développement et de l’intégration. 

La xénophobie touche les sociétés du monde entier depuis des siècles, de la représentation des étrangers comme des « barbares » dans la Grèce antique à la perception, par l’Empire romain, des peuples conquis comme des êtres inférieurs et dépourvus de civilisation. En 1983, les expulsions menées par le Nigeria sous le slogan « Ghana must go! » faisaient suite à l’expulsion, plus de dix ans auparavant, d’un grand nombre de ressortissants nigérians, nigériens, burkinabè et togolais par le Ghana. Plus récemment, les renvois massifs opérés par les États-Unis, ainsi que d’autres mouvements antimigrants à travers le monde, témoignent de la persistance de ce phénomène.

L’Afrique australe n’y échappe pas. Héritées de la période coloniale et de l’apartheid, les constructions fondées sur l’identité nationale et raciale ont servi de vecteurs d’exclusion. Elles ont influencé les politiques migratoires, les dispositifs de contrôle de l’espace et les hiérarchies raciales, contribuant à alimenter les sentiments anti-immigrés actuels.

La xénophobie en Afrique du Sud remonte à des affirmations publiques qui ont commencé en 1994

En Afrique du Sud, la xénophobie trouve ses origines en 1994, lorsque des figures publiques ont commencé à affirmer qu’il y avait trop d’étrangers dans le pays et que ceux-ci devraient rentrer chez eux. Au fil du temps, ce discours s’est renforcé et diffusé, en particulier dans les communautés peu habituées à vivre aux côtés de ressortissants d’autres pays africains.

Les citoyens africains avaient plus de difficultés à obtenir un visa d’entrée, même avec un contrat de travail, que les personnes originaires d’Europe occidentale, des États-Unis, d’Australie, de Nouvelle-Zélande ou de certains pays asiatiques. Cette différence de traitement était justifiée par le principe de réciprocité dans les relations que l’Afrique du Sud entretenait avec ces États. Pour les citoyens des pays voisins, comme le Mozambique, le Malawi ou le Zimbabwe, les démarches d’obtention d’un visa d’entrée ou de retour étaient coûteuses et contraignantes.

Au milieu des années 1990, les sentiments hostiles aux étrangers se sont intensifiés dans les communautés noires sud-africaines, nourris par l’idée que les Africains originaires d’autres pays privaient les populations locales d’emplois et d’avantages sociaux. Certains partis ont exploité cette perception à des fins électorales. Ces discours ont débouché en 2008 sur une vague de violences contre les étrangers qui a touché plus de 100 000 personnes.

En 2015, le roi zoulou Goodwill Zwelithini a déclaré que les ressortissants étrangers devaient quitter le pays, contribuant ainsi à encourager et à légitimer les violences xénophobes. Il est revenu par la suite sur ses propos, mais le mal était fait.

En 2026, la dégradation des services publics essentiels, les difficultés dans les secteurs de l’éducation et de la santé ainsi que la hausse de la criminalité, des violences et du chômage ont favorisé l’émergence de groupes d’autodéfense qui présentent les migrants comme les principaux responsables des maux qui touchent la société sud-africaine. Soutenus par certains acteurs politiques, ces groupes sont devenus les principaux vecteurs de cette rhétorique, mobilisant la population pour manifester et contraindre les autorités à expulser les étrangers en situation irrégulière.

La SADC doit élaborer un protocole régional contre la xénophobie et s’engager pour le développement

Forte des liens historiques forgés au sein de la région durant les luttes contre le colonialisme et l’apartheid, à une époque où les frontières étaient plus perméables et où l’accueil mutuel de réfugiés était pratique courante, ainsi que d’un espace propice à une action concertée, la SADC dispose des atouts nécessaires pour répondre collectivement à ces tensions. 

Les migrations sont intrinsèquement liées aux disparités économiques régionales. Les traiter comme un simple enjeu sécuritaire localisé, plutôt que comme une réalité partagée du développement, ne permet pas d’agir sur leurs causes profondes. Une approche unifiée de la SADC en faveur d’un essor économique et d’une mobilité régulée contribuera à préserver l’intégration régionale, qui constitue l’une des ambitions fondamentales du continent africain en vue de stimuler la croissance, la prospérité et le développement.

La prévention de la xénophobie passe par un ensemble de mesures, notamment juridiques, visant à mieux encadrer les migrations dans la région ainsi qu’à renforcer la coopération et les avantages mutuels. L’une de ces mesures consisterait à ériger la xénophobie en infraction pénale et à adopter une législation prévoyant des sanctions sévères contre les personnes qui s’y livrent, l’encouragent ou en font la promotion. Une approche similaire existe déjà contre le racisme et d’autres crimes motivés par la haine.

L’article 4(c) du Traité de la SADC engage les États membres à respecter les droits humains, la démocratie et l’état de droit. Il constitue ainsi le fondement juridique de la lutte contre les discriminations, y compris la xénophobie. Certains pays de la SADC ont déjà érigé en infraction pénale les discours et actes de haine fondés sur l’origine ethnique. En Zambie, la législation réprime notamment l’incitation à la violence, les discours de haine, les troubles à l’ordre public et la diffusion de fausses informations susceptibles d’attiser les haines sociales ou ethniques. Elle institue également un comité chargé de veiller à l’intégrité des services d’immigration afin que leurs agents répondent de tout comportement xénophobe.

En Afrique du Sud, le Plan d’action national de 2019 contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et les formes connexes d’intolérance, complété par la loi sur la prévention et la répression des crimes de haine et des discours de haine, prévoit notamment la pénalisation des violences xénophobes et des discours qui les accompagnent.

Plus qu’un enjeu sécuritaire localisé, les migrations sont liées aux disparités économiques régionales

La prochaine étape devrait être l’élaboration, par les États membres de la SADC, d’un protocole régional de lutte contre la discrimination et la xénophobie.

Il est tout aussi essentiel que les pays de la SADC s’engagent à promouvoir le développement. Si de nombreux migrants vont chercher ailleurs de meilleures perspectives de vie, c’est parce qu’ils ne les trouvent pas dans leur pays d’origine. Cet instinct de survie persiste malgré les frontières et les mesures répressives. Lorsque des personnes choisissent de migrer, il devrait s’agir d’une décision volontaire, et non d’une nécessité dictée par le manque d’avenir sur place.

Les États de la SADC doivent mener une réflexion sur leurs propres réalités nationales, évaluer les conditions locales et définir des approches visant à garantir la stabilité et un développement économique inclusif. Cette démarche ne relève pas uniquement des gouvernements. Elle nécessite une collaboration entre les secteurs public et privé afin de stimuler l’emploi et de renforcer les économies.

Les activités transrégionales, notamment le commerce, le tourisme et les échanges techniques, doivent être encouragées. Cela suppose une coopération renforcée entre les administrations publiques, les organisations non gouvernementales, la société civile et les établissements d’enseignement.

Seul un climat de dialogue constructif, intégrant des consultations régulières, permettra de lever les interrogations suscitées par la montée des sentiments antimigrants en Afrique du Sud. Ces échanges devront aller au-delà du Dialogue sur les migrations pour l’Afrique australe, soutenu par l’Organisation internationale pour les migrations.

C’est grâce à un dialogue inclusif et franc entre pays voisins que les bases de la SADC ont été posées en 1980. Cet esprit de concertation a toujours guidé l’organisation régionale. Il peut, une fois encore, aider à surmonter les obstacles à la réalisation d’un développement résilient, durable et inclusif.

 

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