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L’UA a-t-elle repris le flambeau africain au G20 après l’Afrique du Sud ?

Les priorités de l’Afrique reculent au G20 sous la présidence américaine, sans réelle opposition de l’UA ni des autres membres attachés au développement.

L’Union africaine (UA) s’est-elle emparée du flambeau africain à la suite de l’Afrique du Sud, après que le président américain Donald Trump a écarté Pretoria du G20 ? L’UA, qui n’a rejoint le groupe qu’en 2023, s’est ainsi retrouvée seule à représenter l’Afrique au sein du G20, dont l’Afrique du Sud est pourtant membre depuis sa création en 1999.

Après avoir boycotté la présidence sud-africaine du G20 en 2025 pour des motifs spécieux, les États-Unis ont tiré un trait cette année sur presque tout l’agenda de Pretoria en matière de développement pour l’Afrique, qui s’inscrivait dans la lignée des présidences indonésienne, indienne et brésilienne.

L’Afrique du Sud avait formulé des propositions pour lutter contre les inégalités, accroître l’inclusion financière, améliorer l’accès des pays africains aux capitaux, instaurer un taux d’imposition mondial minimum sur les sociétés et traiter le fardeau insoutenable de la dette africaine. Puis l’administration Trump a pris la présidence en décembre dernier, déclarant qu’elle ramènerait le G20 à sa mission essentielle : stimuler la croissance économique et la prospérité.

Ce recentrage se lit clairement dans le calendrier. L’année dernière, l’Afrique du Sud a présidé environ 130 réunions officielles, dont 25 rencontres ministérielles de haut niveau, avant le sommet des dirigeants de novembre. Le programme américain en compte nettement moins, avec seulement quatre réunions ministérielles aboutissant au sommet des dirigeants de décembre.

Selon Paul-Simon Handy, directeur régional de l’Institut d’études de sécurité (ISS) à Addis-Abeba, l’UA tente manifestement de combler le vide laissé par l’Afrique du Sud en articulant son action au G20 avec Pretoria, forte d’une expérience beaucoup plus approfondie du groupe. « L’Afrique du Sud a [...] aidé l’UA à structurer sa contribution au G20. Les réunions de l’UA [pour le G20] sont organisées avec l’Afrique du Sud, [qui] joue un rôle important. »

L’UA s’est également réunie en retraite stratégique à Malabo, en Guinée équatoriale, en avril dernier en vue d’harmoniser les positions du continent face au G20 américain et de définir une feuille de route pour son action.

L’éviction de l’Afrique du Sud du G20 par Trump a laissé l’UA seule représentante du continent

Lors de cette rencontre, le diplomate burundais Willy Nyamitwe, sous-sherpa de l’UA auprès du G20, a indiqué que la réussite de l’adhésion permanente de l’organisation continentale africaine au G20 ne se jugerait pas à sa seule participation, mais à ses « retombées tangibles » concernant l’industrialisation du continent, l’allègement de la dette et une croissance économique inclusive.

Le chef de la diplomatie équato-guinéenne, Simeón Oyono Esono Angüe, a souligné que les thématiques américaines axées sur la croissance, la dérégulation, le commerce, l’innovation et l’abondance énergétique « présentent un intérêt majeur pour [l’Afrique]. Elles rejoignent directement les ambitions de développement du continent, au premier rang desquelles figurent l’industrialisation, le renforcement des infrastructures, la transition numérique et la diversification économique. »

Pour autant, l’UA ne semble avoir publié ni la feuille de route escomptée, ni le moindre document final issu de ces travaux.

Priyal Singh, chercheur principal à l’ISS, estime que cette rencontre témoigne de la volonté de l’UA de définir une stratégie plus articulée dans le cadre de ses engagements au sein du G20. « Cela a notamment abouti à l’élaboration d’une feuille de route pour l’organisation [continentale]. Cependant, ce qui a fait défaut, c’est une communication publique régulière sur ces priorités, les objectifs de négociation et les résultats concrets obtenus. »

La déclaration de la présidence du G20 à l’issue de la réunion des ministres des Finances et des gouverneurs des banques centrales cette semaine à Asheville, en Caroline du Nord, illustre le contraste avec la présidence sud-africaine et soulève des doutes quant à l’impact de l’UA.

Les priorités financières de l’Afrique du Sud comprenaient la viabilité de la dette, la réduction du coût du capital, en particulier pour les pays africains, ainsi que la mobilisation de financements pour des transitions justes vers les énergies renouvelables et une plus grande résilience face au changement climatique.

L’UA ne semble avoir publié ni feuille de route ni document final à l’issue de sa retraite à Malabo

Elles prévoyaient également l’augmentation des prêts et des réformes plus larges des banques multilatérales de développement, davantage de financements pour les secours en cas de catastrophe, notamment celles dues au changement climatique, une imposition mondiale minimum sur les sociétés et une plus grande inclusion financière.

La réunion d’Asheville cette semaine s’est plutôt concentrée sur « l’engagement du secteur privé, la croissance de la productivité, les déséquilibres mondiaux, la culture financière, la dette souveraine, les actifs numériques et les enjeux du secteur financier ».

Le seul point véritablement consacré au développement a été la réaffirmation de l’engagement à renforcer la mise en œuvre du Cadre commun du G20 pour la restructuration des dettes devenues insoutenables.

Même dans ce contexte, l’accent a été mis sur un partage équitable des charges entre les créanciers, la Chine étant accusée de ne pas avoir assumé sa juste part des abandons de créances lors des précédents accords de restructuration conclus sous l’égide du Cadre commun.

Pékin a, semble-t-il, saisi le message et refusé d’approuver ce paragraphe du document final. Le pays a adopté la même attitude concernant trois autres paragraphes, le document final ressemblant ainsi davantage à une déclaration de la présidence qu’à un communiqué consensuel.

La Chine s’est également opposée à un accord visant à résorber les déséquilibres mondiaux, selon lequel les pays présentant des excédents extérieurs excessifs et persistants devraient augmenter leur consommation intérieure et réduire leurs exportations. Cette mesure visait clairement la surproduction chinoise, qui inonde les marchés internationaux de produits à bas prix et contribue à la désindustrialisation d’une grande partie du monde.

L’UA fait peut-être par choix ce à quoi l’Afrique du Sud a été contrainte : laisser passer la présidence américaine

La Chine a refusé d’approuver un paragraphe exprimant des inquiétudes quant aux perturbations du commerce de l’énergie, au blocage du détroit d’Ormuz et la nécessité de mettre fin aux guerres en cours.

Tous les autres membres, y compris l’UA, ont approuvé l’ensemble de la déclaration.

L’UA n’avait guère de raisons de s’opposer à l’amélioration du Cadre commun du G20 ou d’exiger un traitement équitable pour tous les créanciers. On peut aussi imaginer qu’elle partage le point de vue selon lequel la surproduction chinoise crée des déséquilibres et des distorsions préjudiciables à d’autres pays.

Mais l’UA ne partageait-elle pas l’indignation affichée de la Chine face à l’hypocrisie manifeste des États-Unis, qui déplorent les perturbations du commerce de l’énergie causées par les blocages du détroit d’Ormuz tout en appelant à mettre fin aux guerres en cours, alors qu’ils ont eux-mêmes joué un rôle clé dans cette situation en attaquant l’Iran ? Là encore, aucun autre membre du G20, à l’exception de la Chine, ne s’est opposé à cette déclaration.

Et l’UA était-elle également satisfaite du passage saluant la « rationalisation réussie » de l’agenda financier du G20 sous la présidence américaine et son recentrage sur les priorités économiques et financières fondamentales ? Cela ne revenait-il pas à applaudir l’abandon de la quasi-totalité de l’agenda sud-africain consacré au financement du développement ?

Certains membres du G20, principalement occidentaux, se sont plaints en privé du fait que l’agenda de l’Afrique du Sud était lourd et difficile à gérer. Le réduire n’est donc peut-être pas une mauvaise chose en soi. Cela pourrait même encourager de nouvelles approches du financement du développement, notamment en renforçant la mobilisation des ressources nationales. Les coupes effectuées par Trump sont néanmoins à coup sûr excessives.

Peut-être l’UA et d’autres membres attachés aux enjeux de développement font-ils par choix ce à quoi l’Afrique du Sud a été contrainte : laisser passer la présidence américaine et se tenir prêts à reprendre le combat l’année prochaine, sous la présidence du Royaume-Uni. Le risque est toutefois qu’une année de silence devienne la norme de ce que l’Afrique peut attendre du G20.

 

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