La guerre civile au Soudan révèle la paralysie du système multilatéral
Quelles options envisager après l'échec des sanctions et les efforts de médiation contre la machine de guerre soudanaise ?
Publié le 05 mars 2026 dans
ISS Today
Par
Maram Mahdi
chercheuse, Gouvernance africaine de la paix et de la sécurité, ISS
La guerre civile a provoqué des ravages sans précédent au cours des 70 années d'histoire du Soudan. Près de trois ans après le début du conflit, les solutions africaines et internationales, notamment les sanctions et les efforts de médiation, n'ont pas réussi à mettre fin à la guerre. Les parties opposées campent davantage sur leurs positions.
Mis à l’épreuve par la recherche de solutions dans cette guerre, le multilatéralisme se perd.
La semaine dernière, un rapport des Nations unies (ONU) a conclu que la prise de contrôle d'El-Fasher, la capitale du Darfour-Nord, par les Forces de soutien rapide (FSR) présentait les caractéristiques d'un génocide. Le rapport fait état d'attaques aveugles, de tortures, d'exécutions arbitraires et extrajudiciaires, de meurtres à caractère ethnique et de violences sexuelles liées au genre et au conflit contre les civils.
Le Conseil de sécurité de l'ONU a sanctionné quatre membres des FSR, leur imposant des interdictions de voyager et gelant leurs avoirs. Depuis le début du conflit en avril 2023, le Conseil a sanctionné huit personnes responsables d'avoir alimenté la machine de guerre.
Des organisations régionales et certains pays ont également imposé des sanctions. Avant de prendre la présidence du Conseil de sécurité en février, le Royaume-Uni a sanctionné les deux parties au conflit, ciblant les hauts commandants des FSR et des Forces armées soudanaises (SAF) soupçonnés de fournir des équipements et des mercenaires. L'Union européenne a sanctionné sept membres des FSR et des SAF.
Ces mesures sont prises sous le couvert de la résolution 1591 (2005) des Nations unies, adoptée pour prévenir et gérer le génocide de 2003 au Darfour. De manière générale, les sanctions ont eu peu d'impact sur les parties belligérantes et leurs milices, qui les contournent et créent de nouvelles chaînes d'approvisionnement plus secrètes.
Les sanctions ont eu peu d'impact sur les chaînes d'approvisionnement des belligérants
D'autres solutions multilatérales ont également donné des résultats limités. Les efforts de médiation ont connu des hauts et des bas, avec trois périodes d’activités intenses.
Au début du conflit, le processus de Djeddah, mené par l'Arabie saoudite et les États-Unis, a d’abord abouti à des résultats positifs, comme la déclaration humanitaire, même si ses conclusions n'ont pas été mises en œuvre.
Le deuxième tournant décisif est survenu avec le Quad/Quintet (les États-Unis, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, l’Égypte et, récemment, le Royaume-Uni). L'équilibre des pouvoirs au sein du Quad lui a permis de faire pression sur les deux parties belligérantes. Les négociations qui ont abouti à la feuille de route du Quad pour la paix ont suscité un certain espoir.
Le troisième tournant a été El-Fasher, marqué par les atrocités que les RSF y ont commises et par la pression diplomatique exercée sur les deux parties belligérantes, qui s'en est suivie pour qu'elles s'engagent dans des négociations. Cet épisode a révélé la brutalité de l'administration des FSR et l'incapacité des SAF et de ses forces alliées à protéger les citoyens.
Cependant, les espoirs de paix suscités par ces développements a commencé à s'estomper.
Le chef des SAF, Abdel Fattah al-Burhan, a rejeté la proposition de paix du Quad en raison du double rôle de facilitateur et de financeur du conflit des Émirats arabes unis. Les divergences croissantes entre les États du Golfe, les Émirats arabes unis et l'Arabie saoudite ont rendu incertain l'avenir de l'initiative du Quad.
La légitimation des administrations des belligérants cache leur intention de prolonger les combats
Malgré les signes de génocide à El-Fasher, la pression sur les parties belligérantes, en particulier les FSR, s'est dissipée à mesure que le conflit s'est déplacé vers de nouvelles frontières dans le Sud-Kordofan et le Nil Bleu.
De plus, le conflit, après El-Fasher, est entré dans une nouvelle phase. Les deux camps poursuivent une double approche en combattant sur le terrain, notamment dans le Sud-Kordofan et le Nil Bleu, et en asseyant une légitimité politique et juridique par le contrôle administratif et la reconstruction de leurs capitales, Nyala et Khartoum.
Depuis qu'il a repris Khartoum en avril 2025, le « Gouvernement de l'espoir » dirigé par les SAF s'est efforcé d'assurer le statut de la capitale sur le plan opérationnel et symbolique. Ce gouvernement de facto a promis de reconstruire des écoles et des hôpitaux et d'améliorer la fourniture d'électricité, d'eau et de services d'assainissement.
Plus d'un million de personnes sont progressivement revenues à Khartoum à mesure que le gouvernement de transition déployait ses campagnes. Les efforts pour créer un conseil législatif témoignent d'une volonté de garantir un statut de jure et de facto.
Les FSR ont tenté de se reconstruire à Nyala, dans l'ouest du Soudan, mais avec moins de succès. Depuis la formation du gouvernement parallèle en février dernier, les FSR ont créé quelques services publics informels afin de gagner le cœur et l'esprit des populations sur ses territoires.
En mettant l'accent sur la légitimation de leurs administrations, les parties belligérantes montrent leur intention de prolonger les combats. Elles font preuve de peu de bonne foi et d'engagement en faveur d'un cessez-le-feu permanent, ce qui réduit les perspectives de paix.
Les dialogues intra-soudanais visant à limiter la fragmentation sociale et politique sont prometteurs
Les autres solutions au conflit comprennent le financement humanitaire, les conférences et les dialogues intra-soudanais. En sauvant des vies, les interventions humanitaires peinent à inciter indirectement les FSR et les SAF à poursuivre les négociations. La Conférence de Berlin du 15 avril, dont les enjeux sont considérables, pourrait déboucher sur des cessez-le-feu localisés et une augmentation de l'aide humanitaire, mais a peu de chances d’aboutir à un accord de paix national.
Le Panel de haut niveau de l'Union africaine (UA) sur le Soudan reste inactif et doit être reconstitué avec l'expertise technique nécessaire. En reliant le panel aux dialogues intra-soudanais et au mécanisme élargi de l'UA, on pourrait contribuer à rationaliser les efforts.
Ces dialogues sont prometteurs. Ils réunissent des membres civils de l'élite politique, des partis politiques et d'autres parties prenantes. Ils doivent limiter la fragmentation sociale et politique et établir un consensus commun qui pourra être utilisé dans un gouvernement civil d'après-guerre. La mise à disposition d'une expertise technique, d’une meilleure coordination et d’une gestion de la diversité pourrait en améliorer les résultats.
Les tentatives pour mettre fin à la guerre au Soudan se sont intensifiées au cours de l'année écoulée. Si les sanctions pourraient être prolongées, les promesses humanitaires augmentées, la médiation et le dialogue renforcés, les résultats tangibles semblent avoir atteint leur limite d'efficacité.
Alors que le système multilatéral mondial s'effondre, le Soudan est un autre exemple de sa paralysie. Il est important de repenser fondamentalement l’utilisation du système de sanction-récompense. Il faudrait cependant peut-être accorder davantage d'attention à l'autonomie et aux initiatives locales.
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