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L’Afrique du Sud a besoin d’une nouvelle politique migratoire

Un régime de visas tenant compte du flux migratoire entre pays limitrophes réduirait la migration irrégulière à moindre coût.

La plupart des migrants « sans papiers » en Afrique du Sud sont arrivés des pays voisins par les voies officielles, munis d’un passeport, mais ont dépassé la durée de séjour autorisée ou travaillent sans permis.

Le gouvernement subit des pressions de la part de la population pour endiguer la migration. Sa réponse se concentre de manière disproportionnée sur le renforcement de la sécurité aux frontières et le rapatriement des étrangers.

Si la modernisation des infrastructures frontalières pouvait réguler la migration et faciliter les échanges commerciaux, le renforcement de la sécurité serait coûteux. Il risque d’entraver les déplacements et les échanges qui se font en toute légitimité, de détourner les fonds publics au profit d’entreprises privées et de ne pas empêcher la migration irrégulière. Un régime de visas qui reconnaîtrait qu’une certaine migration entre pays voisins est inévitable serait plus efficace.

La densité de migrants en Afrique du Sud (nombre de migrants par rapport à la population totale) est de 4 % ; la moyenne mondiale est de 3,6 %. Selon le recensement de 2022, 83,5 % des 2,4 millions de migrants présents dans le pays proviennent de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) et en particulier des pays voisins. Le Zimbabwe est le premier pays d’origine, représentant 48,5 % de la totalité des migrants, suivi du Mozambique (20 %), du Lesotho (10,9 %) et du Malawi (9,5 %).

 

L’Afrique du Sud autorise l’entrée sans visa aux ressortissants de 22 pays africains, dont ses pays voisins. Ceux-ci peuvent séjourner entre 30 et 90 jours, selon leur nationalité. La plupart des migrants viennent de ces pays en empruntant les voies officielles. Par conséquent, le renforcement de la sécurité aux frontières ne les empêchera pas – et ne devrait pas les empêcher – d’entrer sur le territoire sud-africain.

 

À l’échelle mondiale, les dépenses consacrées à la sécurité des frontières ont explosé, pendant que les discours prônaient des frontières fortes. Ce secteur représentait environ 48 milliards de dollars US en 2022 et devrait atteindre 81 milliards d’ici 2030.

En juillet, le ministère sud-africain de l’Intérieur a présenté un calendrier pour la création d’un partenariat public-privé de 12,5 milliards de rands qui doit renforcer et moderniser six postes-frontières terrestres. Le projet a démarré en 2023 et son achèvement est prévu pour 2030. La sécurité aux frontières a été renforcée grâce à l’utilisation de drones et de technologies de surveillance ainsi qu’à des patrouilles, et les infrastructures le long des 4 862 km de frontière terrestre seront modernisées.

Parallèlement, l’Afrique s’emploie à mettre en place la zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) et son Protocole sur la libre circulation. Leur mise en œuvre complète permettrait d’augmenter le produit intérieur brut de l’Afrique de 10 % et donnerait aux entreprises sud-africaines accès à 1,4 milliard de consommateurs. Ces politiques reposent sur l’efficacité des frontières et la réduction des obstacles à la circulation des personnes et des marchandises. Les propositions de modernisation des frontières sont les bienvenues, mais risquent de ralentir les déplacements et les échanges commerciaux si elles visent à dissuader les migrants.

En juin, le président Cyril Ramaphosa a annoncé un plan en cinq points afin de lutter contre les infractions à la législation sur l’immigration, sécuriser les frontières, renforcer le système d’immigration, combler les lacunes des lois et politiques en matière de migration, et collaborer avec d’autres pays. Il a mis en place un Comité interministériel sur la migration (IMCM).

L’Afrique du Sud autorise l’entrée sans visa aux ressortissants de 22 pays africains

Priorité a été donnée à la législation et à l’inspection du travail. Le 6 juillet, le ministère de l’Intérieur a annoncé une augmentation de 35 % des effectifs chargés de l’application de la législation sur l’immigration. Le recrutement de personnel supplémentaire nécessite une réaffectation de fonds qui n’a pas encore été précisée.

L’IMCM a rapidement mis en place des tribunaux spécialisés dans les questions d’immigration. Entre le 1er et le 9 juillet, les tribunaux du KwaZulu-Natal ont statué sur 2 640 dossiers d’immigration en vue d’expulsions. Un tribunal est en cours de réorganisation au centre de rapatriement de Lindela, dans la province du Gauteng, parallèlement à l’ouverture d’un autre tribunal en collaboration avec la société gestionnaire des aéroports.

Depuis le mois de juin, des dizaines de milliers de migrants sont rentrés chez eux. Au 11 juillet, 53 449 ressortissants étrangers avaient fait l’objet d’une procédure d’expulsion et de rapatriement. Le rapatriement est « volontaire » contrairement à l’expulsion.

Les Malawiens représentaient plus de 80 % des rapatriés, suivis des Zimbabwéens et des Mozambicains. Seules 2 615 personnes ont été rapatriées hors de la SADC, vers le Nigeria (1 159), le Kenya (431), l’Ouganda (939) et la République démocratique du Congo (86).

Le centre de Musina, un exemple de tentative d’outrepasser l’accord du parlement ?

La plupart ont été prises en charge à Musina, près du poste-frontière de Beitbridge qui marque la séparation avec le Zimbabwe. Les centres de rapatriement ont été fermés et en quatre jours un centre de prise en charge temporaire a été construit, à 20 km de Musina. Les opérations ont débuté le 1er juillet et, le 13 juillet, plus de 20 000 personnes avaient été prises en charge.

Le ministère de l’Intérieur affirme que la « plupart » des personnes traitées dans ce centre ne disposaient pas de passeports valides ou que la durée de validité de leurs visas et permis de séjour avait expirée. Selon des témoignages, des interdictions de séjour de cinq ans ont été prononcées à l’encontre de ces personnes, qui ont été déclarées « indésirables », y compris celles qui disposaient de documents valides leur permettant de rentrer dans leur pays.

Le gouvernement affirme que ce centre est temporaire et s’attend à une baisse du nombre de rapatriements. Toutefois, les chercheurs craignent qu’il ne s’agisse que d’une occasion d’atteindre un objectif de longue date : construire un camp de réfugiés sans l’autorisation parlementaire requise.

Le Livre blanc de 2026 sur la citoyenneté, les migrations internationales et les réfugiés propose la création d’un centre de traitement unique à la frontière, mais cette mesure n’a fait l’objet d’aucun débat ni d’aucune législation. De nombreuses organisations de la société civile (OSC) mettent en garde contre leur création et s’inquiètent des conditions de vie au sein du centre de Musina. Le ministère de l’Intérieur affirme que les obligations humanitaires du pays sont respectées et qualifie cette approche de « à la fois ferme et humaine ».

L’absence de voies d’accès légales peut conduire à la migration irrégulière

Dans un Livre blanc de 2017 sur les migrations internationales, le ministère de l’Intérieur reconnaissait que l’absence de voies d’accès légales pouvait favoriser la migration irrégulière. Si l’Afrique du Sud souhaite véritablement réduire cette dernière, elle devrait régulariser les migrants déjà présents sur son territoire et donner des possibilités de régularisation aux migrants en situation irrégulière.

Il existe des exemples en la matière. En 2009, l’Afrique du Sud a lancé le projet « Dispensation of Zimbabweans », devenu le « Zimbabwean Special Permit » en 2014, puis le « Zimbabwe Exemption Permit » en 2017. Alors qu’environ 178 000 Zimbabwéens ont renouvelé leur permis et ont pu rester, aucune nouvelle dispense n’a été délivrée.

L’Espagne est l’un des principaux pays d’accueil en Europe, tant pour l’immigration globale que pour les arrivants irréguliers. Le 30 juin, elle a mis fin à une période de régularisation qui avait permis à 1,2 million de migrants de demander un statut légal.

Un régime de visas permettant à certains migrants de régulariser leur séjour – sous certaines conditions ou dans le cadre de quotas – est la solution la plus prometteuse pour réduire la migration irrégulière à un coût relativement faible. Cela favoriserait également l’intégration régionale et le libre-échange, et permettrait de consacrer les ressources de l’État à la lutte contre les crimes et menaces réels qui pèsent sur les Sud-Africains.

 

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