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Des retours volontaires, sûrs et dignes pour les réfugiés burundais de Tanzanie ?

À l’approche des élections de 2027, le rapatriement forcé des réfugiés burundais risque de reproduire des cycles de déplacement.

Depuis décembre 2025, des dizaines de milliers de réfugiés burundais, en provenance pour la plupart du camp de Nduta fermé en avril, ont quitté la Tanzanie pour rentrer au Burundi. Ils avaient fui leur pays après la décision de l’ancien président Pierre Nkurunziza de briguer un troisième mandat, qui avait déclenché de violentes manifestations en 2015, suivies d’un coup d’État manqué et d’une vague de répression.

Les retours se sont accélérés après novembre 2025, lorsque la commission tripartite Tanzanie-Burundi-Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a convenu de fermer les camps de Nduta et de Nyarugusu d’ici mi-2026, qui accueillaient environ 142 000 réfugiés burundais.

Les réfugiés, les organisations humanitaires et les organisations de la société civile (OSC) ont fait état d’actes d’intimidation de la police tanzanienne à l’encontre des réfugiés. Au Burundi, les arrestations arbitraires et les disparitions forcées de civils accentuent les craintes des réfugiés pour leur sécurité. Les membres ou sympathisants de l’opposition politique burundaise redoutent tout particulièrement d’être persécutés s’ils devaient rentrer au pays.

Le moment choisi pour ce rapatriement est délicat du point de vue politique. Les prochaines élections présidentielles au Burundi sont prévues pour 2027 et le déplacement de population et les retours de réfugiés vont interférer avec la dynamique électorale. Avant les élections de 2020, le gouvernement burundais avait encouragé le retour des réfugiés, des dirigeants de l’opposition et des responsables d’OSC afin de légitimer le processus électoral. La répression a affaibli l’opposition politique et a contribué à l’organisation d’élections sans protestation ouverte.

Pour la plupart des jeunes adultes, « le retour » signifie se rendre dans un pays inconnu

Depuis 2017, et avec un dynamisme nouveau après 2020, la commission Tanzanie-Burundi-HCR se réunie chaque année pour évaluer les conditions de vie des réfugiés en Tanzanie et délibérer sur les moyens d’assurer un rapatriement dans la dignité.

Près de 184 000 réfugiés avaient été renvoyés chez eux en novembre 2025. Trois facteurs ont favorisé cette augmentation des retours. Premièrement, le Burundi s’est efforcé de promouvoir le rapatriement comme preuve de la stabilité nationale. Deuxièmement, l’action du HCR est passée d’une simple facilitation à une promotion active des retours volontaires. Troisièmement, un financement international qui est insuffisant, en raison de la politique restrictive de la Tanzanie en matière de réfugiés, caractérisée par des mesures strictes dans les camps et des moyens de subsistance limités.

Les Burundais ont une longue histoire d’exil forcé et de procédure de rapatriement, avec plus ou moins de succès. Depuis son indépendance en 1962, le pays a connu des épisodes répétés de violence et de guerre civile, le plus récent étant la crise liée aux élections de 2015. Chacun d’entre eux a généré de nouveaux flux de réfugiés, principalement vers la Tanzanie, mais aussi vers le Rwanda et la République démocratique du Congo (RDC).

Ces mouvements se sont formés au gré de la violence politique, des tensions ethniques, de la répression, des difficultés économiques et des catastrophes climatiques comme les inondations et les glissements de terrain, qui ont laissé des séquelles psychosociales.

La crise politique de 2015, à elle seule, a entraîné le déplacement de plus de 400 000 personnes vers les pays voisins, principalement la Tanzanie. Beaucoup d’entre elles étaient déjà d’anciens réfugiés. Cela souligne le caractère cyclique des déplacements et la fragilité des processus passés qui privilégiaient le nombre de réfugiés au détriment des conditions de rapatriement.

 

En 2012, la Tanzanie a révoqué le statut de réfugié aux burundais arrivés après 1993, forçant environ 34 000 d’entre eux à retourner dans leur pays d’origine, souvent sans soutien adéquat à la réintégration et parfois malgré des dossiers de réinstallation en cours. Cela a alimenté la méfiance à l’égard du rapatriement.

Parallèlement, des solutions alternatives ont été largement acceptées. Les programmes de réinstallation mis en place dans les années 2000 ont permis à plusieurs familles de s’établir aux États-Unis, au Canada, en Norvège, en Suède et ailleurs. En 2014, la Tanzanie a proposé la naturalisation à environ 162 000 réfugiés burundais arrivés avant 1993.

Les conditions qui attendent les rapatriés au Burundi ne leur inspirent guère confiance. L'exil dure depuis des générations, et certains jeunes adultes nés dans des camps tanzaniens ne connaissent pas le Burundi. D'autres l’ont brièvement découvert avant d'être contraints de fuir à nouveau. Pour eux, « le retour » signifie aller vers l’inconnu – un endroit qui n'a jamais été le leur. Leurs souvenirs et la crainte d'une nouvelle détérioration de leurs conditions de vie renforcent leurs inquiétudes.

Le problème structurel de la dépendance à long terme à l’aide humanitaire est rarement pris en compte dans les débats sur le rapatriement. Pour les réfugiés qui ont passé des décennies à dépendre de l’aide humanitaire, voire toute leur vie dans certains cas, retourner au Burundi sans un soutien concret pour subvenir à leurs besoins représente un risque de misère plutôt qu’une solution.

Dans les conditions actuelles, le retour au Burundi risque d’être une autre forme de déplacement forcé

Privés de la possibilité de travailler et n’ayant pas accès à une formation professionnelle appropriée dans les camps tanzaniens, beaucoup n’ont jamais eu les moyens de faire vivre leur famille de manière autonome. Cette situation est particulièrement difficile au Burundi, l’un des pays les plus pauvres du monde, où les possibilités limitées de générer des revenus, les conflits fonciers non résolus, l’instabilité politique et les faiblesses institutionnelles freinent le développement.

Le processus de retour accéléré depuis la Tanzanie a également coïncidé avec un afflux, en décembre 2025, de réfugiés congolais au Burundi, fuyant la guerre dans l’est de la RDC. Ces réfugiés mettraient à rude épreuve les ressources locales et des capacités d’intervention déjà limitées.

Le sous-financement de l’aide au rapatriement et à la réintégration pose également problème. Elle se limite à un versement unique de 150 dollars US sans accès au logement, à des activités génératrices de revenus ni aux services de base.

Dans ces conditions, le retour au Burundi risque d’être simplement une autre forme de déplacement forcé. Un processus de retour précipité et coercitif ne compromettra pas seulement la réintégration. Il pourrait exacerber les tensions communautaires, les conflits fonciers et les pressions économiques, ce qui risque de renforcer les cycles de déplacement au lieu de les résoudre, en particulier à l’approche des élections de 2027.

Le rapatriement doit être véritablement volontaire, sûr et digne, et non un simple objectif politique ou administratif. Ceci nécessite trois mesures.

Le rapatriement doit être volontaire, sûr et digne, et non un simple objectif politique ou administratif

Premièrement, les pratiques coercitives doivent faire l’objet d’un suivi indépendant et être condamnées, conformément au principe fondamental de non-refoulement inscrit dans le droit international des réfugiés. Un mécanisme solide de suivi de la protection est nécessaire, assorti de rapports transparents sur les conséquences du retour, notamment les litiges fonciers et les nouveaux déplacements.

Deuxièmement, l’aide à la réintégration doit tenir compte des vulnérabilités structurelles engendrées par la dépendance à l’aide humanitaire dans les camps. Les donateurs, le HCR et les gouvernements de la Tanzanie et du Burundi doivent reconnaître que de nombreux rapatriés arrivent sans les compétences ni les ressources nécessaires pour se construire de manière autonome des moyens de subsistance durables. Le soutien à long terme, l’aide aux frais de scolarité, la formation professionnelle, les activités génératrices de revenus et l’accès au microcrédit pourraient les aider à se réintégrer.

Troisièmement, le rapatriement ne doit pas être présenté comme la seule solution pour ceux qui ne souhaitent pas rentrer. De nombreux réfugiés burundais sont confrontés à un choix difficile entre un retour risqué et un séjour de plus en plus intenable.

Ouvrir des voies de réinstallation et d’intégration locale n’est pas une alternative au rapatriement : c’est un complément nécessaire dans une région dévastée par des décennies de déplacements. Pour que les retours soient véritablement volontaires, les réfugiés ont besoin de réelles alternatives.

 

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