Candidature de Macky Sall à l’ONU : un test de résistance pour l’UA ?
Loin d’une désunion, l’issue de la démarche montre que l’UA a respecté ses procédures d’approbation aux postes internationaux.
Publié le 07 avril 2026 dans
ISS Today
Par
Djiby Sow
chercheur principal, bureau régional pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel
Un projet de décision visant à approuver la candidature de l’ancien président sénégalais Macky Sall au poste de secrétaire général des Nations unies (ONU) a été rejeté par l’Union africaine (UA). Dans un communiqué publié le 27 mars, l’organisation indique que 20 de ses 55 États membres ont soit formulé des objections, soit demandé une extension du délai de 24 heures.
Loin de traduire des divisions, cette issue illustre la capacité de l’UA à encadrer et réguler le soutien apporté aux candidatures africaines à des postes internationaux.
L’épisode semble, à ce stade, refermer une séquence diplomatique atypique autour de l’approbation africaine de la candidature de Macky Sall à la succession d’António Guterres. Cette dynamique s’explique en grande partie par l’absence de soutien formel du Sénégal, pays d’origine du candidat, où son héritage politique reste contesté.
Le Burundi a déposé la candidature auprès des Nations unies le 2 mars, dans un contexte où son président, Évariste Ndayishimiye, assure la présidence tournante de l’UA depuis le 14 février. Cette initiative a entretenu l’ambiguïté entre une initiative relevant d’un État et une démarche portée au niveau continental. Son calendrier, deux semaines après le sommet de l’UA, a pu renforcer l’impression d’un soutien formel de l’UA, alimentant des interrogations à Addis-Abeba.
Les procédures de l’UA prévoient que les candidatures soient examinées par le Comité des représentants permanents (COREP), puis par le Comité ministériel, avant d’être soumises au Conseil exécutif pour décision par consensus ou à la majorité des deux tiers. Ce processus garantit un examen collectif fondé sur des consultations entre États membres.
Le projet du Burundi s’apparente à une tentative tardive d’obtenir l’aval officiel du continent
La candidature de Macky Sall n’avait pas été examinée par le Conseil exécutif lors du sommet de février, ni discutée formellement au niveau des chefs d’État. Le projet de décision soumis le 26 mars par le Burundi s’apparente ainsi à une tentative tardive d’obtenir l’aval officiel du continent.
La démarche reposait sur une « procédure de silence », un mécanisme courant dans les enceintes multilatérales qui permet d’adopter des décisions en l’absence d’objection dans un délai donné. Généralement réservée à des questions administratives, elle vise à fluidifier les processus plutôt qu’à trancher des questions de fond ou des enjeux politiques.
En l’occurrence, le projet fixait un délai de 24 heures et un seuil d’un tiers des États habilités à voter, soit les pays à jour de leurs contributions et non suspendus. Selon une haute responsable sénégalaise, ils étaient 49.
Vingt États ont rompu le silence, dont l’Algérie, l’Afrique du Sud, le Libéria, le Nigéria et le Rwanda : quatorze ont émis une objection, six ont demandé une prolongation du délai de 24 heures. Le Sénégal s’est désolidarisé du processus, affirmant ne pas avoir été associé à l’initiative. L’Égypte et le Libéria se sont ensuite rétractés, sans effet sur l’issue.
Les objections ont été essentiellement d’ordre procédural. Plusieurs États ont jugé la procédure de silence inadaptée à une décision de fond, en raison du délai contraint et de l’absence d’espace de discussion. L’exigence d’un seuil d’un tiers s’écarte en outre de la pratique usuelle, dans laquelle une ou plusieurs objections suffisent.
Face à une tentative d’approbation implicite, les mécanismes de l’UA ont évité une issue contestée
Au-delà de ces aspects, la procédure de silence appliquée à une candidature politique a introduit une ambiguïté : elle a contraint les opposants à se signaler, tout en assimilant les 35 États restés silencieux à des soutiens, malgré la diversité de leurs positions, qui oscillent entre appui actif, adhésion tacite ou réserves non exprimées.
Cette incertitude a été exacerbée par le principe informel de rotation régionale aux Nations unies qui, dans ce cycle, favorise les candidats d’Amérique latine et des Caraïbes pour succéder à Guterres, comme l’a rappelé l’objection du Nigéria.
De fait, la procédure de silence a restreint le débat autour de la candidature de Macky Sall. Un processus plus ouvert aurait permis aux États de mettre en balance ses atouts et les aspects controversés de son bilan, à l’aune des normes de gouvernance de l’UA, et d’évaluer le coût diplomatique d’un soutien non approuvé par le Sénégal.
Macky Sall dispose d’un profil politique et diplomatique de premier plan. Ancien chef d’État, il a présidé l’Union africaine en 2022, où il a porté le plaidoyer pour une meilleure représentation de l’Afrique dans la gouvernance mondiale, contribuant à l’obtention d’un siège de l’UA au G20. Après son départ du pouvoir, il a été nommé envoyé spécial du président français Emmanuel Macron pour le Pacte de Paris pour les peuples et la planète.
Parallèlement, son bilan national reste contesté. Son dernier mandat (2019–2024) a été marqué par de fortes tensions politiques et des controverses liées à la judiciarisation de la vie politique. Après son départ, des interrogations ont également émergé sur sa gestion des finances publiques.
L’attachement aux procédures de l’UA constitue un signal encourageant
L’échec du projet de décision a été largement perçu comme un rejet de la candidature de Macky Sall, voire comme un signe des difficultés de l’Afrique à parler d’une seule voix. Si des considérations liées à l’alignement perçu de Macky Sall avec le Maroc ou à la rotation régionale à l’ONU ont pu jouer, cet épisode souligne surtout la résilience des processus de sélection de l’UA.
Face à une tentative d’approbation implicite, les mécanismes internes de l’UA ont permis d’éviter une issue contestée, susceptible de diviser les États membres et d’ouvrir une crise institutionnelle.
En permettant au président en exercice de l’UA d’approuver un candidat hors procédure, cette démarche risquait de créer un nouveau précédent préjudiciable au fonctionnement décisionnel de l’organisation. En 2025, l’Angolais João Lourenço avait déjà nommé le président du Burundi envoyé spécial pour le Sahel, une prérogative relevant du président de la Commission plutôt que du président de l’UA.
L’échec de l’initiative burundaise a ainsi préservé l’intégrité du multilatéralisme de l’UA et conforté le rôle du Comité ministériel comme canal privilégié pour porter les candidatures africaines. À l’heure où le multilatéralisme est sous pression, cet attachement aux procédures constitue un signal encourageant. En définitive, l’UA a démontré sa capacité à résister à ce test.
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