Paul Kagame/Flickr

Le sommet de l’UA à Luanda doit produire des résultats concrets

Après les échecs précédents de l’Union africaine, le sommet doit prendre des mesures concrètes pour appliquer ses décisions.

président angolais João Lourenço, sera consacré au renforcement des mécanismes de prévention et de résolution des conflits. Ce sommet constitue un aveu sans détour de la part des dirigeants africains : l’architecture africaine de paix et de sécurité peine à prévenir les crises, à jouer son rôle de médiation et à instaurer la paix comme elle le devrait.

Le président Lourenço a été nommé en 2022 « champion de l’UA pour la paix et la réconciliation en Afrique » lors du sommet extraordinaire de l’UA consacré au terrorisme et aux changements anticonstitutionnels de gouvernement (CAG). Ayant occupé la présidence tournante de l’UA en 2025, Lourenço a constaté les limites des réponses collectives de l’organisation, ce qui l’a convaincu de l’urgence de redynamiser ses mécanismes d’intervention.

La prévention et la résolution des conflits sont au cœur des discussions de l’UA et font l’objet de débats lors de chaque sommet depuis la création de l’organisation en 2002. Le Conseil de paix et de sécurité tient au moins cinq réunions mensuelles sur les questions de sécurité et les mécanismes d’intervention, y compris leurs méthodes de travail. La plupart des sommets extraordinaires de l’UA sont également consacrés aux questions de paix et de sécurité, ce qui reflète leur impact déterminant sur les perspectives de développement de l’Afrique.

Entre 2004 et 2026, l’UA a organisé 18 sommets extraordinaires. Les ordres du jour couvraient des thèmes tels que la réforme institutionnelle et financière de l’UA, l’intégration commerciale de l’Afrique via le lancement de l’Accord de libre-échange continental, les crises humanitaires, le terrorisme, les menaces non étatiques, la santé publique et les cadres de paix et de sécurité. Neuf de ces sommets ont été organisés pour répondre à des problèmes de paix, de sécurité et de gouvernance, et définir les mécanismes nécessaires pour y remédier.

Une analyse de ces sommets révèle la volonté de l’UA de lutter contre ces menaces, mais met également en évidence son incapacité récurrente à atteindre ses objectifs.

Faire de la paix une réalité

Le premier sommet consacré à la paix et à la sécurité, qui s’est tenu en février 2004, a adopté la Déclaration solennelle sur une politique africaine commune de défense et de sécurité, qui définissait les menaces pesant sur le continent.

Les 18 sommets extraordinaires témoignent de la volonté de l’UA de lutter contre les menaces sécuritaires

Le sommet de Tripoli d’août 2009 a été l’une des premières réunions au cours desquelles les dirigeants africains ont discuté des moyens de mettre fin aux conflits africains et de promouvoir une paix durable.

Ce sommet répondait à des préoccupations liées à la récurrence des conflits et à la résurgence des groupes armés non étatiques, notamment en Mauritanie (2008), en Guinée (2008) et à Madagascar (2009), une situation qui n’est pas sans rappeler les tendances actuelles.

Ce sommet a eu lieu environ deux ans avant le Printemps arabe, qui a conduit au renversement de certains gouvernements d’Afrique du Nord, notamment à l’assassinat du président libyen Mouammar Kadhafi.

Il a abouti à la Déclaration de Tripoli sur l’élimination des conflits en Afrique et la promotion d’une paix durable. Cette déclaration et son plan d’action ont fait de 2010 « l’Année de la paix et de la sécurité » et ont donné lieu au lancement de la campagne de l’UA « Faire de la paix une réalité », à l’occasion de la Journée internationale de la paix, le 21 septembre. Les sommets extraordinaires de 2013 et 2016 ont respectivement porté sur les tensions avec la Cour pénale internationale et sur la sécurité maritime.

Les sommets extraordinaires de l’UA sur le thème de la paix

Année Thématique Pays-hôte Décisions importantes et suivi
Février 2004 Deuxième session extraordinaire de la Conférence de l’UA Syrte, Libye
  • A adopté la Déclaration solennelle sur une politique africaine commune de défense et de sécurité, définissant les menaces partagées de l’Afrique
  • A ouvert la voie au Pacte de non-agression et de défense commune adopté en 2005
Août 2009 Sommet extraordinaire consacrée à l’examen et au règlement des conflits en Afrique Tripoli, Libye
  • A adopté la Déclaration de Tripoli et son plan d’action
  • A proclamé 2010 comme étant l’« Année de la paix et de la sécurité »
  • A invité les États membres à financer le Fonds pour la paix de l’UA et à rendre pleinement opérationnelle l’Architecture africaine de paix et de sécurité
Octobre 2013 Sommet extraordinaire consacrée aux relations entre l’Afrique et la Cour pénale internationale Addis Abeba, Ethiopie
  • A décidé qu’aucun chef d’État ou de gouvernement en exercice de l’UA ne devrait comparaître devant une juridiction internationale pendant la durée de son mandat
  • A accéléré les efforts visant à doter la Cour africaine d’une compétence pénale, ce qui a abouti au Protocole de Malabo de 2014 sur l’immunité des chefs d’État et des hauts responsables gouvernementaux
Octobre 2016 Sommet extraordinaire sur la sécurité et la sûreté maritimes et le développement en Afrique Lomé, Togo
  • A adopté la Charte africaine sur la sécurité et la sûreté maritimes et le développement (Charte de Lomé)
Novembre 2018 11e sommet extraordinaire consacré à la réforme institutionnelle de l’UA Addis Abeba, Ethiopie
  • A adopté l’ensemble des mesures de réforme issues du rapport Kagamé
  • A fusionné les portefeuilles des affaires politiques et de la paix et de la sécurité au sein du département Affaires politiques, paix et sécurité
  • A réformé le processus de sélection des hauts responsables
6 décembre 2020 14e sommet extraordinaire sur le désarmement en Afrique Virtuel (sous la présidence de l’Afrique du Sud)
  • A adopté la Déclaration de Johannesburg intitulée « Faire taire les armes », prolongeant ainsi la feuille de route principale de 2020 à 2030, avec des examens bisannuels
  • S’est félicité des mesures prises en vue de la mise en œuvre opérationnelle de la Force africaine en attente
27 mai 2022 15e sommet humanitaire extraordinaire et conférence des donateurs Malabo, Guinée équatoriale
  • A adopté la Déclaration de Malabo, qui appelait à des promesses de contributions en faveur de l’aide humanitaire
  • A donné des instructions pour la mise en place de l’Agence humanitaire africaine
28 mai 2022 16e sommet extraordinaire consacré au terrorisme et aux groupes criminels organisés Malabo, Guinée équatoriale
  • A adopté la Déclaration de Malabo sur le terrorisme et les changements anticonstitutionnels de gouvernement, réaffirmant ainsi sa tolérance zéro envers les coups d’État
  • A ordonné la mise en place d’une Force africaine en attente pleinement opérationnelle et la création, sous son égide, d’une unité spéciale de lutte contre le terrorisme
29 - 30 août 2026 Sommet extraordinaire sur le renforcement des mécanismes de prévention et de résolution des conflits en Afrique Luanda, Angola A venir

 

Une fusion pour renforcer les liens

Le 11e sommet extraordinaire consacré à la réforme institutionnelle de l’UA en 2018 s’est inscrit dans le prolongement du processus de réforme de l’UA lancé en 2017. Cette réforme vise une transformation globale de l’organisation afin d’en renforcer l’efficacité sur un large éventail de priorités, notamment la paix et la sécurité. Elle a officiellement fusionné en une seule entité les départements des affaires politiques et de la paix et de la sécurité. L’objectif était de renforcer les liens entre la prévention et la résolution des conflits grâce à la mise en place d’un seul et unique département chargé de régler les questions politiques avant qu’elles ne dégénèrent en menaces sécuritaires.

Faire taire les armes

Le 14e sommet extraordinaire de décembre 2020 s’est concentré sur l’objectif de Faire taire les armes, l’UA n’ayant pas atteint son objectif d’un continent pacifié à l’horizon 2020. Ce programme a été lancé en 2017, environ une décennie après la Déclaration de Tripoli et la campagne « Faire de la paix une réalité », et a ensuite été prolongé jusqu’en 2030, avec des bilans bisannuels.

Le « Mois de l’amnistie », pour la restitution volontaire des armes, peine à être appliqué

L’une des principales initiatives issues de la campagne « Faire taire les armes » est le Mois de l’amnistie de l’UA (en septembre), dédié à la remise volontaire des armes illicites. Très peu de pays l’ont toutefois mise en œuvre. Les conflits armés qui perdurent aujourd’hui au Soudan, au Soudan du Sud, en République démocratique du Congo et en République centrafricaine sont complexes et nécessitent des réponses adaptatives et décisives. Les acteurs extérieurs jouent un rôle de plus en plus important en tant que médiateurs clés dans ces crises.

Coups d’État et extrémisme violent

Malgré la fusion des départements, le nombre de groupes armés non étatiques (GANE) a connu une forte augmentation entre 2019 et 2025. Cette situation a exacerbé l’instabilité politique et l’insécurité, comme on a pu le constater au Sahel, où la légitimité politique est contestée tandis que les groupes terroristes et les mouvements rebelles armés prospèrent dans un contexte marqué par des solutions essentiellement militaires.

Ainsi, l’UA a consacré son 16e sommet extraordinaire au terrorisme et aux GANE à Malabo, le 28 mai 2022. Les dirigeants africains ont adopté une déclaration réaffirmant leur attachement aux valeurs démocratiques. Cette déclaration faisait suite au forum de réflexion multipartite sur les groupes criminels organisés (GCO), qui s’est tenu le 17 mars 2022 et au cours duquel la Déclaration d’Accra sur les GCO a été adoptée.

Le 16e sommet extraordinaire a également abordé la montée de l’extrémisme violent au-delà du mouvement al-Shabaab en Somalie. Al-Qaïda et ses groupes affiliés au Sahel et dans le bassin du lac Tchad, ainsi que le mouvement à caractère islamiste au Mozambique, constituent des menaces importantes pour la sécurité du continent.

Les réformes institutionnelles n’ont pas donné à l’UA les moyens nécessaires pour traiter les conflits

En juillet 2026, l’UA a adopté le Plan d’action stratégique continental de lutte contre le terrorisme en Afrique pour la période 2026-2030, qui avait été proposé lors du sommet de Malabo en 2022. Ce plan est conçu comme une feuille de route unifiée pour lutter contre l’expansion des menaces extrémistes, le financement illicite et les nouvelles tactiques technologiques. Cependant, l’UA n’a pas encore mis en place l’unité antiterroriste de la Force africaine en attente, dont la création avait été envisagée en 2020, alors que cette force avait été déclarée pleinement opérationnelle et renforcée lors du sommet de 2022.

Quelles perspectives pour Luanda ?

Les résultats des précédents sommets extraordinaires de l’UA consacrés à la paix reflètent la volonté de voir la paix régner sur le continent et la nécessité pour ce faire de mettre en œuvre des engagements de longue date. Pourtant, l’UA continue de souffrir d’une influence limitée sur les situations de conflit réelles. Les réformes institutionnelles et politiques de l’UA n’ont pas permis à l’organisation de lutter contre les causes et les manifestations des conflits, y compris les problèmes de gouvernance.

À Luanda, les dirigeants africains pourraient renverser la tendance, mais pas par des gestes symboliques. Au lieu de se contenter de réaffirmer leur attachement aux normes et aux mécanismes et d’appeler à la révision des documents d’orientation, les participants à ce sommet doivent déterminer comment les dirigeants africains peuvent parvenir à des résultats positifs en s’appuyant sur les cadres et mécanismes existants. Les réponses résident principalement dans la volonté des États membres de l’UA de soutenir de manière cohérente les décisions et les interventions de l’Union.

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