Coup de projecteur : L’intelligence artificielle pour devancer la corruption systémique
Conçu par l’ISS, ACTis repère les signes de captation de l’État et permet d’agir avant le pillage des institutions.
L’Institut d’études de sécurité (ISS) a développé et validé un nouvel outil puissant qui permet d’intervenir très tôt contre la corruption systémique et la captation de l’État au sein des institutions gouvernementales sud-africaines.
Le système d’information de suivi de la lutte contre la corruption (ACTis) utilise l’intelligence artificielle (IA) pour identifier des schémas et des signaux d’alerte à partir de données provenant de multiples sources publiques. Il s’agirait du premier système de ce type au monde.
ACTis permet d’évaluer les risques et la résilience institutionnelle de façon objective et d’intervenir avant que la corruption ne s’enracine. La détection précoce de la corruption est l’un des principes de la stratégie nationale de lutte contre la corruption de l’Afrique du Sud.
L’ISS partage les rapports d’ACTis avec diverses institutions, notamment le vérificateur général de l’Afrique du Sud. Ces rapports constituent également une riche source de renseignements pour l’Unité d’enquête spéciale (SIU), un organe indépendant établi par la loi qui enquête sur les cas graves de corruption au sein des institutions de l’État.
« ACTis est extrêmement utile au travail de la SIU, déclare Pranesh Maharaj, responsable en chef du portefeuille de programmes de la SIU. Il permet d’avoir un impact maximal en un temps record et constitue un moyen plus efficace d’aller au cœur du problème de la corruption.
» Il nous alerte rapidement sur les problèmes qui nécessiteraient une enquête et nous aide à identifier les domaines sur lesquels axer nos campagnes de prévention. Les enquêteurs consacrent traditionnellement beaucoup de temps à l’analyse des données. L’utilisation d’ACTis pour filtrer les données et identifier les risques et les anomalies libère des ressources qui peuvent ainsi être consacrées à des enquêtes plus ciblées.
» Le fait d’avoir l’ISS comme partenaire stratégique permet de concrétiser l’approche de la Stratégie nationale de lutte contre la corruption, qui consiste à impliquer l’ensemble de la société. »
La méthodologie d’ACTis s’appuie sur les conclusions de l’enquête Zondo sur la captation de l’État, sur des recherches internationales et sur les travaux du Conseil consultatif national de lutte contre la corruption.
« ACTis permet d’évaluer les risques de façon objective et d’intervenir avant que la corruption ne s’enracine »
« Zondo a mis en lumière le coût d’une intervention trop tardive contre la captation de l’État et la corruption systémique, déclare Nicky Prins, chef de projet chez ACTis. Des institutions affaiblies et dotées d’un contrôle insuffisant ont entraîné une corruption qui a coûté à l’Afrique du Sud entre 500 et 1 500 milliards de rands en quatre ans, de 2014 à 2018. »
Nicky Prins précise : « Une intervention précoce protège nos institutions publiques. Grâce à ACTis, nous n’avons pas à attendre qu’une institution soit pillée et s’effondre avant d’agir. »
ACTis s’appuie sur un outil d’IA développé sur mesure pour l’ISS, associé au jugement et à l’expertise d’analystes humains. Il a été mis au point par Murmur Intelligence, un cabinet de conseil sud-africain en analyse de données et en logiciels qui crée des outils pour cartographier et analyser des données non structurées. Murmur Intelligence et l’ISS avaient déjà collaboré, notamment lors de la surveillance de la désinformation en ligne au moment des élections sud-africaines et kényanes, ainsi que dans le suivi des foyers de xénophobie en Afrique du Sud.
Murmur Intelligence a utilisé des agents d’IA accessibles au public, tels que Claude et ChatGPT, pour créer ACTis. Le système est capable d’effectuer des recherches rapides dans des centaines de milliers de documents et de détecter avec précision les indicateurs de corruption et de captation de l’État, tels que définis par l’ISS.
« Nous donnons aux analystes de l’ISS les moyens d’accomplir un travail surhumain, explique Kyle Findlay, cofondateur de Murmur Intelligence. ACTis permet aux chercheurs de réaliser en quelques minutes ce que des analystes hautement qualifiés ne parviendraient peut-être pas à faire en plusieurs mois. Grâce à lui, nous pouvons avoir une vue d’ensemble des données désagrégées provenant de sources multiples. Il s’agit là d’une application de l’IA au service de l’intérêt public, sous un contrôle humain rigoureux. »
ACTis analyse des documents publics, notamment des dossiers juridiques, des rapports d’audit, des comptes rendus parlementaires, des articles de journalisme d’investigation et des rapports de la société civile. Les analystes de l’ISS évaluent ensuite la crédibilité, le contexte et la pertinence des éléments de preuve avant de signaler les schémas correspondant aux caractéristiques de la corruption systémique et de la captation de l’État. Il s’agit notamment de nominations abusives, d’un climat de peur ou de favoritisme, d’attributions de marchés frauduleuses, de malversations financières, d’entraves à la reddition de comptes et de réseaux parallèles.
« Les réponses actuelles à la corruption sont trop réactives, souligne Prins. Désormais, nous pouvons analyser les données et identifier des tendances en temps réel, puis en informer les défenseurs des institutions publiques. »
À ce jour, ACTis a analysé des centaines de milliers de documents, et l’équipe a produit 60 rapports institutionnels couvrant les administrations nationales, provinciales et locales. Une analyse réalisée en juillet sur dix institutions du secteur de l’eau a révélé que six d’entre elles présentaient des signes de nominations abusives à des postes de direction, avec peu de sanctions à la clé, des actes d’intimidation à l’encontre du personnel et des mesures de représailles envers des lanceurs d’alerte. Des indices de malversations financières ont été relevés dans neuf d’entre elles, et des indices d’attributions irrégulières de marchés dans sept.
Les rapports d’ACTis peuvent inciter les commissions parlementaires à interroger les dirigeants politiques au sujet d’une institution. Ils peuvent soutenir les interventions d’autorités telles que la Commission de la fonction publique, le ministère de la Gouvernance coopérative et des Affaires traditionnelles, ou le Trésor national. La société civile peut utiliser ces rapports pour plaider en faveur de réformes spécifiques ou d’une responsabilisation accrue.
Le lancement complet de la plateforme ACTis est prévu début décembre 2026. Le système devrait surveiller jusqu’à 200 institutions en Afrique du Sud d’ici fin 2027.
Pour plus d’informations, veuillez contacter :
Nicky Prins, ISS : [email protected]