Les villes africaines doivent se mobiliser face à la crise climatique

Les villes africaines subissent de plein fouet le changement climatique et ne peuvent pas attendre une solidarité internationale incertaine.

L'action multilatérale en faveur du climat et son financement a connu un sérieux coup d’arrêt la semaine dernière lorsque les États-Unis ont annoncé leur retrait de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) et de 65 autres cadres internationaux.

Ils s'étaient déjà retirés de l'Accord de Paris et du Fonds d’intervention en cas de pertes et dommages (FRLD) en mars 2025, et n'avaient pas envoyé de délégation à la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques qui s'est tenue l'année dernière au Brésil (COP30). 

Les États-Unis ont toujours contribué à hauteur d'environ 20 % au budget de base de la CCNUCC. La note de service de la semaine dernière indiquait qu’ils mettraient fin à leur adhésion, leur participation et leur financement « dans la mesure prévue par la loi ».

Cela renforce encore l'approche « America First » de Trump, qui accentue le glissement vers les intérêts économiques et sécuritaires des États-Unis au détriment de la traditionnelle diplomatie et de l'aide multilatérale. Conjugué à l'augmentation des dépenses de défense et à la réduction des budgets de développement des autres pays de l'Organisation de coopération et de développement économiques, cela pourrait compromettre les progrès durement acquis en matière de justice climatique.

Les villes africaines sont les plus touchées par les effets du changement climatique et doivent agir rapidement et de manière stratégique pour renforcer la résilience de leurs populations et de leurs pôles économiques. Les gouvernements locaux et nationaux ne peuvent se permettre d'attendre une solidarité internationale qui pourrait ne jamais se concrétiser. L'efficacité des mesures dépendra de la gouvernance, des capacités, des cadres juridiques, des mécanismes financiers et des actions de sensibilisation des villes.

Près de 80 % du produit intérieur brut (PIB) mondial et plus de la moitié de la population mondiale (56 %) sont concentrés dans les zones urbaines, qui sont responsables de près de 70 % de l’ensemble des émissions.

La densité, les activités et la situation géographique des villes les rendent vulnérables

La densité démographique, l'activité économique et la situation géographique des villes à proximité des océans ou des cours d’eau les rendent vulnérables au changement climatique. Celui-ci a des conséquences directes et cumulatives là où la population, les infrastructures, les biens économiques et les services publics sont les plus concentrés.

Les effets en cascade sur le logement, la sécurité alimentaire, les écosystèmes, la santé, l'éducation et les moyens de subsistance touchent de manière disproportionnée les groupes marginalisés, notamment les femmes, les enfants, les personnes âgées, les migrants et les pauvres.

Les villes sont des moteurs essentiels de la prospérité économique et du développement. L'urbanisation offre des opportunités considérables si elle est bien gérée, mais, dans le cas contraire, présente des risques sérieux. La plupart des villes africaines (83 %) sont classées comme présentant un « risque extrême » en termes de vulnérabilité au changement climatique.

L'Afrique affiche un taux de croissance urbaine annuel d'environ 3,5 %. Parmi les 100 villes à la croissance la plus rapide au monde, 86 sont africaines. Le pourcentage de personnes vivant dans les zones urbaines africaines est passé de 15 % dans les années 1960 à 43 % en 2018 et devrait dépasser les 50 % d'ici 2030.

Plus de 265 millions de personnes en Afrique subsaharienne habitent dans des quartiers informels. L’habitat informel représente 53 % des logements et connaît la croissance la plus rapide au monde. En raison de son absence de planification, l’urbanisation informelle aggrave les vulnérabilités : il s’agit le plus souvent de structures inadéquates situées sur des terrains indésirables qui ne sont pas destinés à cet usage.

La pauvreté, la surpopulation et la médiocrité des infrastructures et des services aggravent la vulnérabilité. Les chocs climatiques poussent les gens un peu plus dans la pauvreté et vers des stratégies d'adaptation négatives, comme la vente de leurs biens, la réduction de leur alimentation, la dégradation des ressources environnementales, le retrait des enfants de l'école ou le déménagement.

Sur le plan climatique, 83 % des villes africaines sont classées comme à « risque extrême »

Les gouvernements locaux, proches des populations, devraient mener des actions transformatrices. Cependant, les villes ne sont pas parties aux conventions internationales et doivent faire preuve de créativité pour influencer et accéder aux instruments pertinents.

Les « pertes et dommages » désignent les impacts climatiques qui dépassent les capacités d'adaptation. En 2025, les besoins des pays en développement dans ce domaine ont été estimés entre 128 et 937 milliards de dollars.

Grâce à l’action de trois entités chargées des pertes et dommages, la CNUCC progressent. Il s'agit du Mécanisme international de Varsovie, qui coordonne les politiques et les connaissances ; du Réseau de Santiago, qui met en relation les pays et les communautés avec une assistance technique ; du FRLD, qui fournit des financements. Le FRLD comble les lacunes des systèmes de financement climatique qui sont largement inaccessibles aux communautés vulnérables.

En novembre 2025, seuls 817 millions de dollars avaient été promis au FRLD, dont moins de la moitié a été versée. Le FRLD a lancé son premier appel à financement lors de la COP30 au Brésil et accepte jusqu'en juin 2026 les demandes de subventions visant à renforcer les réponses nationales aux catastrophes climatiques. Au moins 50 % des fonds doivent être alloués aux petits États insulaires en développement et aux pays les moins avancés.

Beaucoup de points restent à préciser concernant la couverture du FRLD, notamment s'il disposera d'une fenêtre réservée aux impacts urbains et comment les pertes et dommages seront finalement calculés. Les montants sont généralement basés sur les pertes du PIB national, même si les villes y participent à environ 80 %.

Il n'existe pas encore d'outils fiables pour évaluer et prévoir les pertes et dommages urbains. On réclame de plus en plus une « science des pertes » afin d'élaborer des politiques spécifiques, mais celle-ci a largement oublié les villes.

Les villes ne sont pas parties aux conventions internationales et doivent faire preuve de créativité

Malgré ces inconnues – ou à cause d'elles –, les villes africaines ne peuvent pas attendre que la situation s'éclaircisse ou que des dirigeants lointains prennent des mesures pour agir sur les pertes et dommages. Une récente Note d’analyse de l'Institut d'études de sécurité recommande des mesures à prendre par les autorités municipales et nationales.

Elle suggère que les villes mènent des évaluations de vulnérabilité incluant les pertes et dommages économiques et non économiques, qu’elles élaborent des messages clairs sur les pertes et dommages et renforcent le plaidoyer. Elle recommande d’optimiser la solidarité entre les villes au niveau international et national, et que celles-ci s'engagent plus activement dans les réseaux urbains existants afin d'influencer les décisions de haut niveau.

Les programmes d'action des pays en matière de pertes et dommages devraient être intégrés verticalement entre les différents niveaux de gouvernement et horizontalement avec les autres parties prenantes. Ils doivent également inclure les pertes et dommages urbains dans les contributions déterminées à l’échelle nationale et dans les plans d'adaptation nationaux afin d'améliorer la planification, le financement et la mise en œuvre.

Pour aller plus loin sur ce sujet, consultez la Note d’analyse de l’ISS : « Les villes africaines ont la solution face aux pertes et dommages climatiques ».

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