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Le Conseil de paix de Trump marginalise un peu plus l’Afrique subsaharienne

Aucun pays de la région n’a été convié au conseil, ce qui pourrait fragmenter les systèmes mondiaux de réponse aux conflits, y compris l’UA.

Créé le mois dernier à l’initiative du président américain Donald Trump, le Conseil de paix suscite de nombreuses critiques, car il est perçu comme une duplication du Conseil de sécurité des Nations unies. Pour l’Afrique subsaharienne, sa formation est d’autant plus frustrante qu’aucun de ses États n’y a été invité, isolant davantage la région.

Même selon les critères de Trump, ce Conseil est d’une prétention démesurée. Trump a sollicité l’adhésion d’une soixantaine de pays dont vingt-six ont accepté. L’objectif initial était de mettre en œuvre le plan de paix américain pour Gaza, un rôle approuvé par le Conseil de sécurité des Nations unies en novembre 2025. Cependant, le Conseil est rapidement devenu un organisme chargé de résoudre les conflits mondiaux, dont seul Trump détient le pouvoir de veto.

Du fait de son mandat initial, le Conseil compte plusieurs pays du Moyen-Orient, dont l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, la Turquie, l’Égypte, la Jordanie, le Koweït, Bahreïn, le Qatar, et Israël auxquels s’ajoutent l’Argentine, la Biélorussie, la Bulgarie, l’Indonésie, le Pakistan, le Vietnam et le Cambodge.

À l’exception de la Hongrie, les pays européens et les autres pays occidentaux n’ont pas reçu d’invitation ou l’ont tout simplement déclinée. La France, le Royaume-Uni, l’Allemagne, la Norvège, la Suède, l’Espagne et la Slovénie appartiendraient à la deuxième catégorie. Le Canada s’est vu retirer son invitation après les critiques du premier ministre Mark Carney à Davos. La Chine et la Russie ont été invitées, mais ne se sont pas encore engagées.

En Afrique, seuls l’Égypte et le Maroc, pays d’Afrique du Nord, en sont membres et le Maroc participe également aux accords d’Abraham de Trump.

Le Conseil confère à Trump un droit de veto absolu, en dehors de son statut de chef d’État

L’Afrique du Sud, en désaccord avec les États-Unis, n’a manifestement pas été conviée. Zane Dangor, directeur général du département des relations internationales et de la coopération, a publié sur X : « Soutenir un système multilatéral réformé et efficace dont l’ONU est le pilier est incompatible avec l’adhésion à un Conseil de paix privé composé de milliardaires insouciants dont l’objectif est de substituer à l’ONU un système de mandats de type colonial ».

Pour Priyal Singh, chercheur principal à l’Institut d’études de sécurité (ISS), le Conseil compte en majorité des pays du Moyen-Orient impliqués dans des rivalités en mer Rouge, dans la Corne de l’Afrique et dans le golfe d’Aden. Il précise : « L’Afrique subsaharienne est marginalisée et à ma connaissance, aucun de ses pays n’a reçu d’invitation. »

Il estime que l’objectif du Conseil est « de créer un semblant de légitimité pour justifier l’action unilatérale des États-Unis ». Ses règles confèrent à Trump un droit de veto absolu, indépendamment de son statut de président.

Singh estime que Gaza sera un test pour le Conseil et, s’il s’avère concluant, il pourrait « affaiblir le dispositif mondial de réponse aux conflits coordonné par l’ONU et d’autres instances » dont l’Union africaine (UA). « En fin de compte, cela revient simplement à créer une structure parallèle pour contourner l’ONU. »

Singh pensait que le Conseil œuvrerait en faveur de la paix comme Trump l’avait fait jusqu’à présent. Toutefois, à en croire un article de Richard Gowan et Daniel Forti, de l’International Crisis Group, le Conseil ne « mettra probablement pas en place l’appareil institutionnel destiné à soutenir les efforts de médiation et de maintien de la paix [...] que l’ONU a mis des décennies à développer ».

Ce Conseil, en concurrence avec l’ONU, l’UA et le multilatéralisme, nuirait surtout à l’Afrique

Ils soulignent que Trump, malgré sa prétention à avoir résolu huit conflits, de la République démocratique du Congo à l’Asie du Sud-Est, tend à « privilégier des accords rapides sans se soucier de leur application. [Plusieurs guerres qu’il aurait fait cesser] persistent. Le Conseil de paix ressemble davantage à une plateforme pour sa diplomatie débridée qu’un mécanisme soigneusement conçu pour garantir la pérennité des accords de paix. »

Pour Jakkie Cilliers, président du conseil d’administration de l’ISS et responsable du groupe Afriques futures et Innovation, le Conseil sera effectivement en concurrence avec l’ONU et l’UA. Il affaiblira le multilatéralisme tout en fragmentant l’architecture de consolidation de la paix, au détriment de l’Afrique :

« Trump pense que les accords de paix fonctionnent comme une transaction immobilière : une signature et tout le monde respecte les termes. En réalité, la signature d’un accord entre la RDC et le Rwanda n’est pas un gage de réussite sans engagement réel, ni mécanisme d’application ou de reddition de comptes. »

Selon Cilliers, les institutions sont indispensables pour veiller au respect des accords.

Il concède néanmoins que Trump a « provoqué un électrochoc [et] remis en question bon nombre des dogmes que nous prenions pour acquis », notamment les efforts de consolidation de la paix, surtout en Afrique.

La plupart des observateurs prennent le Conseil de paix suffisamment au sérieux pour s’en inquiéter

Pour Cilliers, l’approche transactionnelle de la politique étrangère de Trump et du Conseil s’illustre notamment par la sous-traitance d’opérations de maintien de la paix à certains États — un phénomène qui a déjà débuté. La France finance (via l’UE) la défense par le Rwanda de ses installations gazières au nord du Mozambique, tandis que les États-Unis, le Canada et d’autres pays financeront la mission de sécurité du Kenya contre les gangs en Haïti.

Il est difficile de savoir quel crédit accorder au Conseil de paix tout comme aux nombreuses initiatives de Trump en matière de politique étrangère. Les observateurs semblent prendre cela suffisamment au sérieux pour s’en inquiéter. En revanche, Bruce Jones, expert en affaires étrangères à la Brookings Institution, considère le Conseil comme un « double non-évènement », suggérant qu’il s’agit là d’un projet présomptueux et d’une occupation post-présidentielle de Trump que peu de pays prennent au sérieux hormis pour Gaza.

Compte tenu de la paralysie du Conseil de sécurité des Nations unies, il est nécessaire de former selon les besoins des coalitions pour résoudre des conflits comme celui de Gaza. Néanmoins, confier le destin du monde entier à un groupe de pays désignés par un seul homme pourrait conduire au despotisme.  

Si le système de paix multilatéral dirigé par l’ONU est supplanté et que l’ONU et l’UA sont mises à l’écart, quelle instance interviendra pour résoudre les conflits qui n’ont aucun intérêt pour les membres du Conseil ? Et si la Russie accepte l’invitation, quel espoir restera-t-il pour l’Ukraine ?

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