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La rivalité Chine – États-Unis met à l’épreuve la diplomatie climatique africaine

Les tensions géopolitiques actuelles pourraient avoir des conséquences catastrophiques sur la transition de l’Afrique vers les énergies renouvelables.

L’action climatique, en particulier la transition vers les énergies renouvelables et bas carbone, se retrouve prise dans le feu croisé de la rivalité géopolitique entre la Chine et les États-Unis. Cette nouvelle guerre froide pourrait accélérer le réchauffement de la planète dont l’Afrique risque d’être l’une des principales victimes, illustrant ainsi le vieil adage : « Quand les éléphants se battent, c’est l’herbe qui souffre ».

Le président chinois Xi Jinping aurait proposé en mai dernier au président américain Donald Trump de contourner le « piège de Thucydide », ce mécanisme qui conduit une puissance dominante à entrer en conflit avec une puissance émergente. Bien qu’inutile, celui-ci semble toutefois inévitable.

Plusieurs lignes de fracture sont aujourd’hui à l’œuvre. Le différend sino-américain trouve son origine principale dans l’analyse des risques réalisée par les États-Unis en 2021, qui identifiait l’ascension de la Chine comme la prochaine grande menace pour la prééminence mondiale américaine. Cette perception a été confirmée par une enquête menée en 2025 par le Pew Research Center auprès des Américains. Si les inquiétudes se concentraient initialement sur les domaines économique et militaire, l’ascension de la Chine au rang de puissance politique mondiale s’est accentuée au cours des vingt dernières années.

De nouveaux fossés se sont également creusés, notamment au sein de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN). Ils résultent d’un ensemble de désaccords concernant l’Alliance, des vues américaines sur le Groenland, des divergences entre les États-Unis et l’Europe au sujet de la guerre en Ukraine, ainsi que des offensives américaines sur les droits de douane qui pèsent sur l’économie mondiale. Cependant, les divisions les plus explosives découlent de la séquence impliquant les pays du Golfe, les États-Unis, Israël et l’Iran, dont les répercussions pourraient, à long terme, modifier l’équilibre des pouvoirs à l’échelle régionale et mondiale.

L’impact de ces dissensions sur la progression de l’action climatique pourrait être catastrophique. En effet, depuis la COP de 1995, première Conférence des Nations unies sur le climat, le discours mondial sur le changement climatique s’est largement articulé autour de ce face-à-face entre Pékin et Washington. Alors que la Chine, après un départ discret, s’est rapidement imposée comme un leader mondial de la transition énergétique, les États-Unis ont toujours affiché une position très audible, tantôt favorable, tantôt hostile à l’action climatique.

Depuis la COP de 1995, le discours sur le changement climatique s’articule autour de Pékin et Washington

En 1998, les États-Unis de Bill Clinton ont signé le Protocole de Kyoto, dans lequel les pays industrialisés s’engageaient à fixer des objectifs juridiquement contraignants de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre. Mais la résolution Byrd-Hagel a conduit le Sénat américain à rejeter à l’unanimité sa ratification. Trois ans plus tard, George W. Bush officialisait le retrait des États-Unis du protocole. À l’inverse, la Chine a discrètement ratifié le Protocole de Kyoto en 2002.

L’approche des deux superpuissances vis-à-vis de l’Accord de Paris sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre et la limitation du réchauffement climatique suit un schéma similaire. L’administration de Barack Obama a joué un rôle déterminant dans l’élaboration de l’accord, que les États-Unis ont rejoint en 2015 en s’engageant à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre de 26 à 28 % par rapport à leur niveau de 2005 d’ici à 2025.

Les États-Unis se sont retirés de l’accord sous la première administration Trump. L’administration de Joe Biden l’a réintégré en 2021, en s’engageant cette fois à réduire les émissions de 50 à 52 % d’ici à 2030. La seconde administration Trump s’est de nouveau retirée de l’accord en 2026.

Dans l’intervalle, la Chine a maintenu une ligne constante. Elle a rejoint l’Accord de Paris, qui est devenu un élément central de son cadre politique en matière d’énergie et de transport. Cet engagement s’est accompagné de contributions déterminées au niveau national visant à réduire de 60 à 65 % les émissions de carbone par unité de produit intérieur brut, afin d’atteindre un pic d’émissions avant 2030 et la neutralité carbone d’ici à 2060. En 2025, la Chine s’est engagée à réduire l’ensemble de ses émissions de gaz à effet de serre de 7 à 10 % d’ici à 2035.

Dans les faits, cette divergence s’est traduite par des rythmes d’investissement différents dans la transition vers une industrialisation bas carbone au sein des deux pays. Leurs niveaux d’influence respectifs ont également pesé sur la transition énergétique mondiale, créant deux dilemmes pour l’Afrique dans sa volonté d’aller vers une économie industrialisée bas carbone au titre d’une transition énergétique juste.

L’Afrique doit rester favorable à l’action climatique malgré l’hostilité de Washington sur le sujet

Le premier est d’ordre politique. En effet, l’Afrique constitue un terrain de compétition majeur entre puissances. Si de nombreux acteurs sont présents, notamment l’Inde, la Turquie, la Corée du Sud, les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite, c’est entre les États-Unis et la Chine que se joue la principale lutte d’influence mondiale sur le continent.

À travers l’Union africaine (UA), les États doivent tracer une voie diplomatique étroite afin de tirer le meilleur parti de cette rivalité tout en évitant de s’aliéner des partenaires sensibles. Le défi consiste à préserver un environnement politique favorable à l’action climatique tout en composant avec la position hostile de Washington sur le sujet.

Le second dilemme est d’ordre économique. L’Afrique souhaite renforcer la sécurité énergétique pour remédier à sa pauvreté en la matière, garantir un accès universel à l’énergie et concrétiser ses ambitions de développement et d’industrialisation énoncées dans l’Agenda 2063 de l’UA.

Lorsque les États-Unis et la Chine se disputaient le leadership mondial sur les énergies propres, l’Afrique était l’un des principaux bénéficiaires de leur course à l’influence sur le continent. Mais depuis le revirement américain sur l’action climatique, le développement fondé sur les combustibles fossiles a repris de la vigueur, ralentissant la transition de l’Afrique vers une économie bas carbone.

Selon un rapport du projet Chine-Sud global publié en 2025, la Chine a investi, entre 2020 et 2024, 33 milliards de dollars dans des projets répartis dans 30 pays africains et permettant de produire 32 GW d’énergie, principalement à partir de sources renouvelables. Sur les 84 projets recensés, 35 se situaient en Afrique australe, 22 en Afrique de l’Ouest, 16 en Afrique de l’Est, six en Afrique centrale et cinq en Afrique du Nord.

Les partenariats sont essentiels et la transition mettra à l’épreuve la diplomatie climatique africaine

Les États-Unis ont, eux aussi, joué un rôle majeur dans ce domaine. En 2013, Barack Obama a lancé l’initiative Énergie pour l’Afrique, avec un investissement de 1 milliard de dollars qui a permis de mobiliser 29 milliards de dollars supplémentaires auprès d’autres acteurs. L’initiative a financé 150 projets qui ont assuré la production de 15,5 GW d’électricité et amélioré l’accès à l’énergie de 219 millions d’Africains, tout en facilitant la participation de plus de 100 entreprises.

La perspective était prometteuse : une course entre éléphants qui, pour une fois, aurait permis à l’herbe de pousser. Mais le démantèlement de l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) par la seconde administration Trump a mis fin au programme. Heureusement, le retrait des États-Unis de l’initiative Énergie pour l’Afrique et du Partenariat pour une transition énergétique juste (JETP) en Afrique du Sud n’a pas affecté les autres partenaires du JETP.

Il est plus difficile qu’auparavant de prédire si les États-Unis renoueront avec une politique favorable à l’action climatique en cas de retour d’un démocrate à la Maison-Blanche.

L’Afrique a néanmoins réalisé des progrès dans le développement des énergies renouvelables. L’Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA) défend l’idée que l’Afrique peut faire l’impasse sur le modèle fondé sur les combustibles fossiles pour passer directement à une économie dominée par les énergies renouvelables. Une telle trajectoire pourrait contribuer à éviter une catastrophe climatique à l’heure où les besoins énergétiques de l’Afrique connaissent une croissance exponentielle. Les partenariats restent toutefois essentiels, et la réussite de cette transition mettra à rude épreuve la capacité de l’Afrique à conduire une diplomatie climatique efficace.

 

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