La canicule en Europe : un avertissement pour l’Afrique
L’imminence d’un super El Niño rappelle l’urgence pour l’Afrique d’amorcer sa transition vers un mix énergétique dominé par les renouvelables.
Publié le 07 septembre 2026 dans
ISS Today
Par
Dhesigen Naidoo
chercheur principal associé, Risques climatiques et sécurité humaine, ISS Pretoria
Cet été, la canicule a fait au moins 35 000 morts en Europe. D’autres parties du monde n’ont, elles non plus, pas été épargnées. Des vagues de chaleur en Inde, des incendies de forêt en Indonésie, ainsi que des inondations au Népal, dues à la fonte des glaciers, ont laissé des paysages de désolation.
Ces événements météorologiques extrêmes précèdent le « super El Niño » qui devrait s’abattre en été sur l’hémisphère sud, avec de graves conséquences pour le Sud global déjà vulnérable, en particulier pour l’Afrique.
L’été a été dévastateur dans l’hémisphère nord. Juillet 2026 a été le mois le plus chaud jamais enregistré, comparable à celui de juillet 2024, et les températures les plus élevées à la surface des océans ont été relevées le mois dernier. Ces hausses traduisent la présence dans l’atmosphère d’une quantité importante d’énergie, un catalyseur d’événements météorologiques extrêmes.
Outre les effets sur la santé, la canicule a eu un impact économique considérable et généré des défis nouveaux pour la sécurité énergétique de l’Europe. En raison de la rareté et des températures très élevées de l’eau, les centrales nucléaires ont réduit leur production d’électricité. La France et la Suisse ont adopté des mesures drastiques allant jusqu’à mettre hors ligne des centrales nucléaires, tandis que la Roumanie, la Hongrie et la Bulgarie ont opté pour l’arrêt ou la réduction de leur production.
Forte de son importante capacité solaire, l’Europe pourrait compenser le déficit dû à la baisse du nucléaire et à l’augmentation de la demande de climatisation et de ventilateurs. En effet, la production solaire a augmenté de 17 % les jours de canicule.
La canicule en Europe aurait causé 180 milliards € de pertes du PIB
Il n’existe certes pas de calculs précis de l’impact de la réduction de la disponibilité énergétique sur la production, l’industrie manufacturière et les services, mais les premières estimations sont stupéfiantes. La banque néerlandaise Triodos prévoit que la canicule de 2026 fera perdre à l’Union européenne 1 % de son produit intérieur brut (PIB), soit près de 180 milliards d’euros. C’est plus que le taux de croissance de 0,9 % prévu par le Fonds monétaire international (FMI).
Le secteur agricole a été le plus durement touché, les pertes globales variant entre 3 et 7 %. Dans plusieurs pays européens, les chiffres liés aux divers types de cultures et de produits d’origine animale sont nettement plus élevés.
La répétition des vagues de chaleur et des sécheresses année après année réduit ou supprime les possibilités de récupération. La plateforme de prévisions météorologiques WFY24 prévoit un maintien des températures élevées en septembre et une intense saison de crues éclairs sur le pourtour méditerranéen en septembre-octobre.
Pour l’Afrique, les leçons sont terribles. Le mois de juillet le plus chaud jamais enregistré dans l’hémisphère nord, combiné à l’attente d’un puissant phénomène El Niño, pourrait faire de l’été 2026-2027 dans l’hémisphère sud l’un des pires jamais observés.
L’Europe n’a pu éviter l’impact dévastateur de la canicule malgré son niveau élevé d’infrastructures, de capacités et de financements. Cela ne présage rien de bon pour une grande partie de l’Afrique qui en est peu dotée. La baisse du PIB, chiffrée à 1 % en Europe, pourrait-elle être pire en Afrique ?
L’Europe a été dévastée : qu’en sera-t-il de l’Afrique ?
Le continent apporte des réponses. La Commission de l’Union africaine a organisé en juillet le 21e Forum africain sur les perspectives climatiques du continent pour s’assurer que les experts du climat et de la météorologie soient au fait des dernières évolutions. Mise au point par le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (ONU) et ses partenaires, l’alerte 2026, relative à la préparation à El Niño en Afrique australe, regroupe les pays de la sous-région en quatre catégories selon leurs niveaux de préparation (voir carte).
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Quatre niveaux de préparation à El Niño (Afrique australe)
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L’Afrique du Sud a tiré les leçons du précédent épisode El Niño à fort impact, qui avait entrainé une sécheresse continue pendant plusieurs années et suscité la peur d’une pénurie d’eau extrême au Cap. La récolte exceptionnelle de maïs et l’amélioration des réserves d’eau agricoles assurent une protection contre le phénomène, mais une mauvaise récolte en 2026-2027 entraînera une nouvelle inflation des prix des denrées alimentaires, les rendant moins accessibles.
Conscients de ces risques éventuels, le gouvernement et les parties prenantes ont appelé à la création d’une « cellule de crise ». Un financement spécifique est constitué, à l’instar de l’enveloppe de 12 millions de rands (751 458 dollars US) allouée en prévision de la saison des incendies au Cap-Occidental.
Tous ces efforts sont louables, mais les moyens dont dispose l’Afrique pour agir sont limités. Le soutien des bailleurs de fonds se réduit et les infrastructures sont insuffisantes. Les fonds disponibles couvriront à peine les coûts de gestion des catastrophes, et encore moins les mesures visant à renforcer la résilience. Les vagues de chaleur répétées en l’Europe n’ont hélas pas suscité en Afrique des investissements plus importants dans la résilience climatique et la réduction des catastrophes.
L’Afrique doit renoncer aux combustibles fossiles au profit d’une trajectoire sobre en carbone
Les mutations météorologiques et climatiques que l’on connaît ne sont pas progressives et lentes. Elles participent d’un changement climatique qui évolue par paliers. Le seuil de 1,5°C par rapport aux niveaux préindustriels, fixé par l’Accord de Paris comme limite critique du réchauffement, constituera la nouvelle norme au cours de la prochaine décennie, même si le pic des émissions et la neutralité carbone sont atteints plus tôt.
L’épisode de canicule en Europe en 2026 et son équivalent dans l’hémisphère sud lors des trois prochains mois nous rappelleront cette réalité. Peut-être allons-nous vivre un autre été chaud, sec et insupportable, alors même que nous envisageons un avenir encore plus chaud.
La nécessité d’un saut climatique est plus qu’urgente. Il faut abandonner la phase de développement intermédiaire fortement dépendante des combustibles fossiles, au profit d’une trajectoire rapide à faibles émissions de carbone, dominée par les énergies renouvelables.
Ce « saut » devra intégrer deux nouvelles dimensions. La première est la mise en place d’infrastructures et de capacités de gestion des catastrophes à mesure que les phénomènes météorologiques extrêmes deviendront à la fois plus fréquents et plus intenses. La seconde est l’accélération du développement d’une industrie africaine d’adaptation au climat.
Le septième rapport « L’avenir de l’environnement mondial » (GEO-7) du Programme des Nations unies pour l’environnement présente un aperçu réaliste, quoiqu’effrayant, du monde en 2050, en supposant qu’il n’y ait pas de changements majeurs dans l’économie mondiale dépendante des combustibles fossiles. Des températures plus élevées à la surface des terres et des mers provoquent des tempêtes plus intenses, des sécheresses plus fréquentes, une perte de biodiversité, des déclins agricoles et des migrations humaines massives, certaines parties du monde devenant invivables.
Ce scénario semble d’autant plus probable que, dans une grande partie du Nord global, les politiques de droite relèguent l’action climatique en bas des priorités. La prééminence du Sud est nécessaire. Faire du passage d’El Niño 2026 en Afrique un épisode moins catastrophique que la dernière canicule en Europe serait un début encourageant.
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