L'Afrique peut-elle concrétiser ses ambitions climatiques en 2026 ?
Les États africains doivent établir des mécanismes mesurables liant les pertes et dommages, le financement du développement et l’allègement de la dette.
Publié le 20 janvier 2026 dans
ISS Today
Par
Dhesigen Naidoo
chercheur principal associé, Risques climatiques et sécurité humaine, ISS Pretoria
La COP30 de 2025 au Brésil a marqué un tournant dans l’agenda climatique mondial, pour des raisons inattendues.
Les États-Unis n’ont pas participé à la Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) et ont annoncé ce mois-ci leur retrait de la Convention, ainsi que de 30 autres organes des Nations unies.
Il s’agit pour le pays qui a les niveaux les plus élevés de gaz à effet de serre jamais observés de ne plus relever de la compétence de la CCNUCC, dont les membres se sont engagés à abandonner les combustibles fossiles, dans le cadre de la transition énergétique. La première économie au monde ne sera donc plus un partenaire dans la lutte contre le changement climatique à l’échelle mondiale.
Les États-Unis absents, la COP30 a vu un rééquilibrage entre les principaux blocs de puissance et les pays les plus prometteurs pour le monde en développement, en particulier pour l’Afrique. Combiné aux résultats prometteurs du Sommet du G20 de 2025 en matière de climat, ce réajustement définit l’agenda climatique de l’Afrique et ouvre des voies pour faire avancer ses priorités.
Lors de la « COP de la vérité », les pays du Sud ont collectivement souligné l’évidence : le monde est loin de limiter le réchauffement à 1,5 °C. La gouvernance climatique pourrait entrer dans une phase plus honnête, qui reconnaît les capacités différenciées et privilégie la mise en œuvre plutôt que la rhétorique.
L’Afrique entame 2026 avec des ambitions climatiques clairement affichées mais à l’avenir incertain
Malheureusement, les dirigeants mondiaux n’ont pas pris au mot le défi du président Lula da Silva de prouver leur engagement envers la planète. Les progrès vers un accord international sur les émissions, une meilleure protection de la planète et des contributions plus importantes à l’action climatique ont été limités.
Parmi les points importants de la COP30, on peut citer un changement dans la dynamique du pouvoir, le G77 + Chine ayant montré très tôt son hégémonie, ce qui lui a valu le premier « Ray of the Day » du Climate Action Network. Il s’agit d’une victoire importante pour les pays en développement. L’Accord sur le mécanisme de transition juste est essentiel pour accélérer la transition vers une économie à faible émission de carbone sans pour autant sacrifier le développement.
L’Afrique a identifié des lacunes importantes, notamment le manque d’ambition des actions climatiques, la lenteur de la mise en œuvre et le soutien insuffisant au financement, à la technologie et au renforcement des capacités nécessaires pour aider les pays en développement à lutter contre le changement climatique. Cela a joué un rôle essentiel dans l’orientation des décisions finales de la COP30.
Les principaux résultats ont été le Mécanisme d’action de Belém et l’accord sur 59 indicateurs de suivi des progrès de l’objectif mondial en matière d’adaptation. Il y a eu des avancées en ce qui concerne l’objectif de financement climatique, qui s’élève désormais à 1 300 milliards de dollars US par an d’ici 2035, le financement de l’adaptation ayant triplé.
Le Brésil a également relevé le niveau de ses actions en faveur de la nature et de la biodiversité, avec une déclaration commune des présidences des conventions sur le climat (CCNUCC), sur la diversité biologique et la désertification. Une autre victoire, dans un contexte de montée en puissance des mouvements anti-scientifiques et climatosceptiques, a été l’engagement pour lutter contre la désinformation.
Les pays en développement peuvent tester la pertinence du Fonds pour les pertes et dommages
L’Afrique aborde l’année 2026 avec des ambitions climatiques clairement affichées sur le papier, mais dont la réalisation reste incertaine. Ceci alors que l’Organisation météorologique mondiale rapporte que les phénomènes climatiques extrêmes en cascade frappent les économies, mettent à mal les moyens de subsistance et perturbent le développement à l’échelle mondiale.
Pour l’Afrique, l’adaptation au changement climatique et la résilience sont essentielles à la stabilité économique et à la sécurité humaine. La mise en œuvre nécessite un financement climatique dont l’ampleur, la prévisibilité et l’accessibilité sont hors de portée pour la plupart des pays africains. Les pertes et dommages sont sous-capitalisés et la mobilisation de capitaux privés est insuffisante et peu encline au risque.
La résilience climatique de l’Afrique nécessite des flux de financement pluriannuels, une mise en œuvre à grande échelle pour l’adaptation et des infrastructures résilientes. La question clé en 2026 sera de savoir si les pays africains pourront transformer toutes leurs ambitions en stratégies crédibles et en jeter les bases avant que les contraintes ne deviennent insurmontables.
La COP30 a permis une consolidation institutionnelle des pertes et dommages, mais n’a pas abouti à une avancée financière décisive. Les pays ont achevé le troisième examen du Mécanisme international de Varsovie et renforcé la coordination avec le Réseau de Santiago et le Fonds pour répondre aux pertes et dommages. Cependant, le financement reste insuffisant.
L’Afrique doit définir la manière dont les pertes et dommages seront mesurés, encadrés et liés au développement, à la dette et à la sécurité humaine. Le fonds lancera cette année ses premières opérations d’une valeur de 250 millions de dollars US, ce qui permettra d’effectuer les premiers décaissements et de tester les modalités d’accès. C’est l’occasion pour les pays en développement de soumettre des demandes de financement et de vérifier si le fonds peut améliorer l’équité et l’accessibilité à grande échelle.
2026 devra traduire le travail préparatoire en actes
La COP30 espérait traduire les engagements en progrès tangibles, et bien que certaines mesures aient été prises, elles n’ont pas permis de combler le fossé entre l’ambition et l’action. Ce qui a fait naître un sentiment d’urgence et de reconnaître que cette année est celle où le travail préparatoire doit se concrétiser.
La conférence s’est également déroulée dans un contexte géopolitique difficile. Le retrait des États-Unis de l’Accord de Paris et de la CCNUCC pourrait entraîner un réalignement des priorités, avec d’autres grandes économies, comme l’Union européenne et la Chine, voire des acteurs régionaux africains, assumant des rôles clés dans la conduite de l’action climatique.
Les pays africains devraient plaider en faveur d’une plus grande autonomie dans l’action climatique et renforcer leurs liens avec d’autres partenaires mondiaux.
Le sommet des dirigeants du G20 en 2025 a fait progresser plusieurs développements climatiques et a réaffirmé les engagements de l’Accord de Paris qui donnent la priorité à l’adaptation dans un contexte de tensions mondiales. Les dirigeants ont approuvé le triplement des énergies renouvelables, le doublement de l’efficacité énergétique d’ici 2030 et l’accélération des transitions énergétiques justes. L’importance du Pacte avec l’Afrique au G20 a été renforcée lors de la COP30, qui a pris note des réformes entreprises par les partenaires pour améliorer le climat d’investissement.
L’Afrique peut se servir du G20 pour promouvoir le développement durable, nouer des alliances, attirer des investissements et favoriser le transfert de technologies. Cela sera difficile sous la présidence américaine du G20 en 2026, mais pourrait connaître un regain d’intérêt sous la présidence britannique en 2027.
Lors de la COP31 en Turquie, l’Afrique devrait faire avancer ses priorités clés avant la COP africaine de 2027 qui sera sous la présidence de l’Éthiopie, afin de s’assurer que l’Afrique influence l’agenda climatique mondial en cette période d’incertitude géopolitique.
Les nations africaines pourraient profiter de ce moment de réajustement avec l’évolution des positions dominantes dans le domaine du climat et la formation de nouvelles coalitions. Il sera essentiel de traduire les avancées institutionnelles de la COP30, notamment le mécanisme pour une transition juste, la coordination renforcée en matière de pertes et dommages et les dispositions d’adaptation, en une préparation opérationnelle et des progrès tangibles.
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